Yvonne, princesse de Bourgogne : le code a changé

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yvonne princesse de Bourgogne Louis Karl Tremblay

Être. Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce texte de Witold Gombrowicz ?

Louis-Karl Tremblay. Il me permettait de réfléchir sur notre société, remettant en question les identités sociales et collectives. Il y a là une remise en perspective des classes. C’est une pièce anticonformiste, sur l’être et le paraître, ce qu’on désire projeter et ce qu’on est en réalité.

Être. La pièce a été écrite en 1935, alors que les nazis étaient au pouvoir et que la Pologne connaissait un régime autoritaire. En quoi Yvonne, Princesse de Bourgogne peut-elle marquer les spectateurs en 2011 ?

L-K.T. Cette pièce reste d’actualité et s’adresse à tout le monde. On appartient tous à une classe où il y a ce genre d’ostracisme. Le texte nous permet de penser à ce à quoi on se conforme aujourd’hui. Au début de la pièce, on parle notamment de la mode. Prenez les hipsters, beaucoup essaient aujourd’hui d’appartenir à ce groupe. Qu’est-ce qui fait qu’on en arrive là ? Pourquoi on se met à critiquer celui qui cherche de mettre des T-shirts amples ou ceux qui avaient la cote dans les années 80 ?

Louis-Karl Tremblay

Être. En lisant le sujet de la pièce, on peut se demander comment un metteur en scène s’y prend pour convaincre votre actrice de jouer une femme laide et sans saveur…

L-K.T. (Rire) Au contraire, beaucoup d’actrices voulaient jouer ce rôle ! Il ne faut pas forcément une actrice moche (rire). Les comédiennes adorent s’enlaidir pour un rôle. C’est lorsqu’on leur demande de poser, de faire la femme fatale, qu’elles ne sont pas contentes. J’ai choisi Ariane Lacombe pour le rôle car j’ai senti qu’elle avait le désir de se transformer et de relever le défi. Elle est cette actrice tout en stabilité que je cherchais pour interpréter Yvonne, un personnage qui représente la pureté dans ce monde, la vérité, un être contemplatif.

Être. On parle beaucoup de Yvonne, mais contrairement à ce que laisse entendre le titre de la pièce, le personnage principal reste le jeune prince Philippe…

L-K.T. Oui, il est à mi-chemin entre l’adolescence et l’âge adulte. Il couche à gauche et à droite, il séduit toutes les femmes, c’est facile pour lui. Mais il trouve ça finalement lassant, il veut quelque chose de nouveau. Il voit passer Yvonne, cette femme moche et molle, il la trouve détestable, ça le rend agressif. Et pourtant, c’est elle qu’il choisit. Il veut savoir ce qui se passe quand on tente de changer les codes. Et du coup… tout fout le camp, ça agit comme un miroir qui montre les perversions qui se cachent derrière les apparences.

Yvonne, princesse de Bourgogne
Du 29 novembre au 17 décembre
Mise en scène de Louis-Karl Tremblay
Texte de Wiltold Gombrowicz
Avec Ariane Lacombe, Francis-William Rhéaume, Marktia Boies…
Au théâtre Prospero
1371 rue Ontario est, à Montréal

Crédits photos: Ariane Lacombe (photo de Louis-Karl Tremblay), Simon Belleau (affiche de la pièce)