Visa refusé pour des militants ougandais à la conférence du World Pride sur les droits humains

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Le Canada a refusé de délivrer des visas à 10 Ougandais alléguant qu’ils pourraient en profiter pour demander l’asile au pays. La nouvelle nous vient du journaliste Nicholas Keung du Toronto Star et elle est choquante!

Le Canada a donc refusé de délivrer des visas de visiteurs pour 10 militants ougandais invités à la conférence sur les droits humains du World Pride de Toronto qui se déroulera en juin, prétextant qu’ils pourraient rester sur le territoire en demandant l’asile.

Les défenseurs des droits LGBT affirment que les décisions prises par les bureaux canadiens des visas de Nairobi et de Londres prouvent l’hypocrisie du gouvernement de Stephen Harper, qui en février dernier, a rejoint d’autres pays occidentaux qui condamnent l’adoption par l’Ouganda d’une des plus sévères lois anti- homosexuelles dans le monde.

« Nous sommes choqués et consternés. Ces militants de l’Ouganda font partie des personnes héroïques les plus courageuses », a déclaré Andrea Houston de la coalition ENDhatelaws , une coalition fondée en réponse à l’homophobie et à la transphobie dans le monde, au milieu de la controverse sur les lois anti-homosexuelles de la Russie avant les Jeux olympiques d’hiver .

« Ils sont ici pour partager leurs histoires et ont bien l’intention de rentrer à la maison après la conférence, car ils ont tous du travail à faire en Ouganda. L’hypothèse voulant qu’ils sont ici pour demander l’asile est gratuite. Mais la vraie question est : pourquoi ne pourraient- ils pas demander asile, provenant de l’endroit le plus hostile dans le monde pour les personnes LGBT »?

Les 10 hommes et femmes – qui travaillent toutes dans des conditions précaires à soutenir la communauté LGBT en Ouganda – sont parmi 160 conférenciers et 400 délégués de plus de 40 pays invités à la conférence du 25 au 27 juin à l’Université de Toronto.

Brenda Cossman, co-présidente de la conférence, avoue que le premier refus de visa a été signalé au début avril, mais des préoccupations ont augmenté quand les autres invités ougandais ont tous vu leur demande rejetée.

Frank Mugisha, un important défenseur ougandais LGBT et récipiendaire du Prix Robert F. Kennedy des droits de l’Homme, est le seul à avoir un visa valide pour la conférence en tant qu’orateur principal, un visa de ses précédents voyages à entrées multiples.

Frank Mugisha, important activiste LGBT ougandais. (photo: facebook)

Frank Mugisha, important activiste LGBT ougandais. (photo: facebook)

« La conférence est une rencontre mondiale LGBT sur les droits humains. Il est vraiment important pour les Ougandais d’être présents, afin que nous puissions les entendre et comprendre ce qui se passe sur le terrain en Ouganda », a déclaré Brenda Cossman . « Et nous voulons construire un mouvement mondial en devenant des alliés efficaces pour eux… Sinon nous risquons de perdre leur voix. »

Houston a rappelé que plus de 80 pays criminalisent l’homosexualité, y compris une dizaine d’entre eux qui appliquent la peine de mort. La loi anti-gaie en Ouganda est l’un des plus radicales, avec peine de prison à vie pour les homosexuels et des sentences d’emprisonnements pour ceux qui ne dénoncent pas les homosexuels.

Cette loi anti-gaie signée par le président Yoweri Museveni en février a provoqué les protestations de groupes humanitaires et la condamnation de l’Organisation des Nations Unies et des gouvernements occidentaux , dont le Canada .

« Cette loi est un sérieux revers pour les droits humains, la dignité et dls libertés fondamentales, elle mérite d’être largement condamnée. » avait déclaré le ministre des Affaires étrangères John Baird. «Notre engagement en matière de droits de l’homme sera encore plus active. Nous allons continuer à soutenir les efforts visant à dépénaliser l’homosexualité et combattre la violence contre les personnes sur la base de leur orientation sexuelle »

Les visas ont été refusés pour diverses raisons : l’absence d’antécédents de voyage, les liens familiaux au Canada et en Ouganda, et l’insuffisance de fonds pour le voyage. Les fonctionnaires du bureau des visas ont conclu qu’ils ne croyaient pas que les requérants avaient un but professionnel légitime au Canada. Les officiers ont déclaré que les demandeurs n’ont pas assez d’argent pour « mener à bien leur objectif pour aller au Canada, être autonome sur place et effectuer leur départ. « 

Nancy Caron, porte-parole du ministère de l’Immigration, indique que les responsables comprennent la déception des gens au rejet de leurs demandes, mais il leur incombe de prouver qu’ils répondent aux exigences.

« Les décisions sont prises par des fonctionnaires hautement qualifiés. Toutes les demandes venants du monde entier sont évaluées de manière égale avec exactement les mêmes critères, indépendamment de leur pays d’origine », dit-elle.

« Les agents des visas tiennent compte de nombreux facteurs pour déterminer si un demandeur est un véritable résident temporaire. »

Le député néo-démocrate Craig Scott (Toronto-Danforth) travaille en collaboration avec le bureau du ministre de l’Immigration Chris Alexander qui évalue la question des visas.

«Ils font ce qu’ils peuvent pour relancer le processus », a déclaré Scott, ajoutant que le groupe ougandais prépare une nouvelle demande.