Trente ans… avec grâces !

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Édito RG 30 ans André Gagnon Alain Bouchard

C’est à travers RG que j’ai découvert la communauté gaie, un monde qui m’attirait, m’intriguait, mais qui, je le savais, bouleverserait ma vie si j’y mettais le pied. Comme pour des milliers d’entre nous, les magazines gais furent mon premier outil de découverte d’une vie encore largement underground dans la ville. Il suffisait de trouver un lieu de diffusion et de ramasser le magazine pour se garder en contact avec une communauté largement virtuelle.

C’était avant Internet, avant le Village, quand les rencontres se faisaient encore par petites annonces interposées. Le refus des grands médias comme La Presse de les publier, a incité Alain Bouchard à lancer cette publication. Car avant d’être RG, celle-ci était dédiée aux Rencontres Gaies… d’où son nom.

Une bougie dans la nuit

Quand on tourne les pages des 348 numéros de la revue depuis sa fondation, on revoit l’émergence de tous les débats qui ont mené aux avancées dont nous jouissons aujourd’hui. On découvre le Sida, on entreprend de contrer la stigmatisation et de combattre la maladie. Le nouveau Village de l’Est dame peu à peu le pion au « Village de l’Ouest » pour devenir tout simplement le Village.

L’idée fait tranquillement son chemin non seulement de demander la reconnaissance de nos couples, mais même le droit au mariage, même si on craint d’être récupéré par cette institution patriarcale. On se rend alors compte comment ce modeste magazine imprimé a été comme une bougie dans la nuit, quand l’homosexualité était un tabou presque partout.

Alors, au moment de célébrer le 30e anniversaire d’un magazine qui partage avec le magazine Tels Quels à Bruxelles le titre de doyen de la presse gaie francophone dans le monde, je veux lever mon chapeau à son fondateur Alain Bouchard et à tous les collaborateurs qui ont rendu possible son existence.  Si, aujourd’hui, le Québec se trouve à l’avant-garde dans le monde en matière de droits GLBT, c’est grandement à cause de magazines comme RG qui ont refusé de tomber dans la facilité du consumérisme et de la fuite devant les difficultés de la vie gaie dans une société encore largement homophobe. Des magazines qui ont pourfendu sans relâche les préjugés et démystifier nos réalités tout en permettant de nous mettre en contact.

Tout au long de son existence, comme le rappelle Alain Bouchard dans l’entrevue publiée dans ce numéro, la publication d’une revue gratuite financée par la publicité  mais refusant de lui accorder la priorité, est restée un défi important. C’est encore vrai en 2011…

Edito André Gagnon RG Alain Bouchard

Un numéro historique

Depuis que je suis à la barre de RG, toutes nos énergies ont été mobilisées pour que le magazine arrive à ses 30 ans fidèle à ses origines, mais renouvelé et sans aucune ride apparente. On est gai ou on ne l’est pas, après tout !

Pour célébrer cet anniversaire historique, nous vous présentons le numéro le plus important jamais publié dans notre histoire, un numéro de 100 pages avec un tirage exceptionnel de 30.000 exemplaires et des cahiers thématiques rappelant tout le chemin parcouru dans ces 30 dernières années. Pour la majeure partie de notre équipe, cela a été l’occasion de plonger dans une histoire qui s’est largement déroulée alors que nous avions la couche aux fesses ou que nous usions les bancs d’école. Tout cela a permis un voyage des plus instructifs dans ce passé pas si lointain, mais combien étranger aux réalités d’aujourd’hui.

Pour ces 30 ans, nous nous sommes laissé inspirer par les Trois Grâces avec, en couverture, trois modèles représentant les trois générations de lecteurs de RG. Évidemment nous avons réinterprété de façon très gaie ce thème de la mythologie romaine cher aux peintres classiques. En souhaitant que ce magazine continue pour longtemps encore à inspirer notre communauté, comme les mythiques Trois Grâces, en beauté, en sensualité et en créativité.

En terminant, je tiens à féliciter toute notre équipe pour le travail accompli depuis trois ans de nécessaire mise à jour du magazine et pour ce nouveau développement que représente le site web partagé avec le magazine Être, mis à jour quotidiennement depuis un an.

Les temps changent, RG aussi. Pour ma part, je renouvelle mon engagement à continuer de produire ce magazine avec le même souci de servir notre émancipation qui l’a animé depuis ses premiers jours. Puisse ce magazine continuer à s’épanouir en grâces pour de nombreuses années.

Crédits photo: Robert Gilbert.

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