Subventions aux organismes LGBT – Les chiffres stagnent, les besoins augmentent

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Financement organismes GLBT

En 2009-2010, le gouvernement du Québec, tous ministères confondus, subventionnait environ 5 000 organismes communautaires, pour une somme totale de 844 millions de dollars. Il est très difficile de mesurer, à partir de ce montant, la proportion exacte accordée aux organismes LGBT, mais elle pourrait se trouver sous les 1 % du budget global.

En février 2008, le président-directeur général du Conseil québécois des gais et lesbiennes (CQGL), Steve Foster, publiait une lettre ouverte ayant pour titre Les groupes communautaires gais, lesbiens et transidentitaires sous respirateur artificiel, où il déplorait le sous-financement des organismes communautaires qui se consacrent aux clientèles gaies, lesbiennes et transsexuelles de Montréal et d’ailleurs.

Sa missive faisait état des résultats d’un sondage réalisé auprès de 80 groupes LGBT. On y apprenait que 50 % des répondants reçoivent moins de 5 000 $ chaque année pour répondre à l’ensemble des besoins de leur clientèle et que 37,5 % des groupes reçoivent de l’aide gouvernementale, mais que les sommes versées ne représentent que 1 % de l’enveloppe budgétaire.

Sous-financement

Trois ans plus tard, la situation n’a guère changé : « L’enveloppe budgétaire allouée aux organismes communautaires LGBT a stagné depuis quelques années. Les différents ministères ne peuvent pas subventionner de nouveaux groupes, comme les groupes ethniques, les groupes jeunesse ou trans », explique M. Foster. « Les organismes jouissant d’une subvention récurrente annuelle continuent de la recevoir, mais à moins que l’un de ces organismes cesse d’exister, il est très rare qu’un nouveau montant soit accordé à un organisme », ajoute-t-il.

Pourtant, en 2010, l’ensemble des subventions bénéficiait d’une augmentation de 6,2 % par rapport à l’année 2008-2009. Le problème ? Cette augmentation ne concerne aucunement les organismes LGBT. « Tous les organismes subventionnés sont sous-financés », affirme Steve Foster. « Aucun n’est assuré d’avoir les subventions nécessaires pour garantir sa viabilité. La moyenne provinciale des subventions est de 119 000 $ par organisme et les organismes LGBT sont toujours bien en deçà de ce montant. »

Les « heureux élus »

Le ministère de la Santé et des Services sociaux est doté du Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC), créé en 1973 pour « reconnaître et promouvoir l’action des organismes communautaires ». En 2009-2010, seuls cinq organismes à vocation exclusivement LGBT ont été subventionnés par ce ministère, les mêmes depuis des années, à quelques exceptions près.

Les « heureux élus » sont Gai Écoute (273 482 $), G.R.I.S. Montréal (47 653 $), Jeunes Adultes GAI-E-S (71 724 $), le Centre communautaire des gais et lesbiennes de Montréal (56 470 $) et l’Association de jeunes allosexuels de Lanaudière, le Néo (50 175 $). On exclut ici les organismes de prévention contre le VIH/SIDA, dont une grande majorité n’est pas destinée exclusivement à la communauté LGBT. En considérant que ce même ministère a subventionné 2 876 organismes communautaires en 2009-2010, pour un total d’un peu plus de 378 M$, il est évident que les organismes LGBT bénéficient d’une très maigre portion.

Le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale est aussi doté d’un programme spécial, le Secrétariat à l’action communautaire autonome et aux initiatives sociales (SACAIS). En 2009-2010, quatre organismes LGBT recevaient des subventions : la Coalition des familles homoparentales (40 000 $), le Conseil québécois des gais et lesbiennes (50 750 $), la Fondation Émergence (40 000 $) et le Réseau des lesbiennes du Québec (50 243 $), pour un total de 180 993 $. Pendant la même année, le SACAIS accordait du soutien à la mission de 401 organismes, pour un total de plus de 22 M$.

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La politique québécoise de lutte contre l’homophobie

Le ministre de la Justice Jean-Marc Fournier a annoncé, le 20 mai dernier, les modalités du plan quinquennal (2011-2016) prévu par le gouvernement québécois pour combattre l’homophobie. L’augmentation de l’aide aux associations figure parmi les quatre mesures phares mises de l’avant dans le plan. Sur les 7,1 millions de dollars –répartis sur cinq ans – alloués pour l’ensemble des mesures, 3,6 millions sont destinés à une vingtaine d’« organismes de promotion et de défense des droits des personnes de minorités sexuelles », a expliqué M. Fournier. Cette somme s’ajoute aux 1,4 millions de dollars déjà accordés chaque année par les pouvoirs publics québécois.

Il s’agit d’une augmentation d’environ 50%. Une bonne nouvelle selon Steve Foster du CQGL. Néanmoins, certains organismes GLBT qui ne s’occupent pas spécifiquement de la lutte contre l’homophobie ne sont pas concernées par cet apport financier. « Bien sûr que j’aimerais pouvoir donner de l’argent à tous les organismes, mais nous n’en avons pas les moyens. Nous en avons donc privilégié certains selon les objectifs prévus par le Plan », s’est défendu le ministre de la Justice.

En outre, le ministre s’est engagé à ce que ces aides ne fassent l’objet d’aucune coupure budgétaire pour des cinq prochaines années.

Harper et ses compressions

« Stephen Harper a réduit considérablement les subventions accordées aux organismes de défense des droits », explique Steve Foster du CQGL. Il précise que ça ne touche pas seulement les organismes LGBT. Entre autres, les organismes de coopération internationale et les groupes de femmes ont aussi été touchés par ces coupures.

En 2009, on évoquait dans les manchettes la décision du gouvernement fédéral de ne pas accorder sa subvention au festival Divers/Cité. Suzanne Girard, directrice générale de ce festival, explique la situation : « Effectivement, le dossier de Divers/Cité avait été accepté pour une subvention provenant d’Industrie Canada. Et à la dernière minute, nous avons su que cette subvention ne nous serait pas accordée. Toutefois, Divers/Cité n’était pas le seul festival touché par cette décision du gouvernement fédéral. »

On a aussi mis sur la glace d’autres subventions octroyées par le fédéral, par exemple celle de Développement économique Canada, utile uniquement pour la promotion hors Canada, et celle de Patrimoine Canada, ce qui a nui à la semaine de la fierté gaie de Toronto.

En 2011, les subventions fédérales, provinciales et municipales représentent de 18 à 20 % du budget d’ensemble du festival Divers/Cité. « Même si on est aussi un organisme à but non lucratif, nous faisons nos demandes de financement différemment des organismes communautaires, puisque nous sommes dans l’événementiel. Du côté du gouvernement provincial, Tourisme Québec nous a accordé une subvention récurrente. Malheureusement, nous n’avons pas accès aux subventions accordées au domaine des arts. Et nous souffrons aussi du fait que notre événement est gratuit et que l’on accorde plus souvent des subventions aux événements ayant une billetterie », affirme Mme Girard.

Demande en hausse, subvention en baisse

En 2004, G.R.I.S. Montréal obtenait une subvention récurrente à la mission. Marie Houzeau, directrice générale de cet organisme fondé en 1994, confirme que même si les besoins de l’organisme ont énormément changé depuis 2004, le montant reçu annuellement n’a pas suivi (un peu plus de 47 000 $).

« En effet, nos besoins changent et augmentent, mais les subventions stagnent. Au départ, les subventions gouvernementales représentaient de 40 à 50 % de notre budget, alors qu’aujourd’hui, elles n’en représentent qu’à peine 17 à 18 %. Ce n’est pas suffisant, mais au moins nous avons la chance d’être l’un des rares organismes LGBT à être subventionnés », soutient-elle.

Pour sa part, l’organisme SIDA-Bénévoles, qui existe depuis 1987, a reçu une réponse favorable à sa demande de subventions récurrentes en 2009. Alex Wysocki-Najar, coordonnateur au financement et aux communications, abonde dans le même sens que Mme Houzeau. « Le montant de la subvention est resté sensiblement le même au fil des ans, affirme-t-il. Le problème, c’est que le nombre de personnes atteintes du VIH et de l’hépatite C ne cesse d’augmenter, contrairement aux subventions. »

M. Wysocki-Najar explique aussi que le processus est à refaire chaque année : « Naturellement, pour continuer à recevoir l’argent, nous devons chaque année prouver que le travail est bien fait et que nous atteignons nos objectifs. Nous devons faire un sommaire et expliquer comment nous avons atteint ces objectifs. »

Montréal offre du financement par projet

Les subventions accordées par la Ville de Montréal sont plus liées au financement de projets spéciaux qu’au financement d’un organisme en particulier. « De notre côté, nous avons reçu des subventions de la Direction de la santé publique de Montréal pour des projets comme ATOM-C », explique Alex Wysocki-Najar. « Il faut expliquer de façon très détaillée les effets que ce projet aura sur la municipalité. Nous devons effectuer des études, expliquer le contexte. La municipalité demande beaucoup de détails, mais généralement, si le projet est réalisable et si les objectifs sont précis, elle accorde un petit montant ».

Suzanne Girard, de Divers/Cité, précise qu’en ce qui concerne l’événementiel, le soutien financier de la Ville est plutôt fourni sous forme d’effectifs. « La Ville va, entre autres, fournir des blocs de béton, du renfort policier, des barricades ou des assurances. Elle peut aussi s’engager à nettoyer les lieux après l’événement. Tous ces services de logistique ne sont pas comptabilisés, mais ça représente une valeur totale approximative de 65 000 $. Toutefois, les arrondissements n’accordent pas de subventions aux événements. Il y a toujours le Bureau des festivals, mais l’enveloppe y est bien mince pour fournir tous les festivals se déroulant à Montréal. »

La Ville peut aussi financer d’autres organismes privés à but non lucratif qui ont pour mission de soutenir des événements publics. Le meilleur exemple est l’organisme Tourisme Montréal qui assure la promotion touristique de la métropole. « Tourisme Montréal a maintenant un volet LGBT, ce qui favorise grandement l’obtention de subventions pour le festival Divers/Cité », explique Mme Girard.

La ville peut aussi financer d’autres organismes privés à but non lucratif qui ont pour mission de soutenir des événements publics. Le meilleur exemple est l’organisme Tourisme Montréal qui assure la promotion touristique de la métropole. « Tourisme Montréal a toujours eu un volet  pour les événements LGBT », explique Pierre Bellerose, vice-Président des relations publiques, recherche et développement de produit pour Tourisme Montréal.

« Dès la création de Tourisme Montréal au début des années 90, nous étions conscients que Montréal était reconnue mondialement comme étant une destination gaie. Offrir une aide financière aux événements LGBT allait donc de soi », affirme-t-il. Ce volet gai favorise les événements tels que le festival Divers/Cité. Mme Girard admet que cette  subvention est indispensable au festival. Tourisme Montréal reçoit des subventions des deux paliers de gouvernement et de la ville, à parts égales ou presque. Mais, la plus grande partie des subventions est fournie par les touristes eux-mêmes. En effet, une partie des taxes payées par les touristes est remise à l’organisme.

Financement privé

Du coup, les organismes sont contraints de regarder du côté des sources de financement privées. « La plus grande partie des subventions provient des campagnes de financement. Il suffit aussi de créer des liens avec des partenaires spéciaux ou de faire des demandes de subventions auprès des fondations », explique la directrice générale de G.R.I.S. Montréal, Marie Houzeau.

Selon Steve Foster, la cause LGBT est une cause orpheline. « Cette cause ne suscite pas d’adhésion comme la cause des femmes battues, par exemple. Nous n’avons pas de grand défenseur qui sensibilise la population, comme Dan Bigras le fait pour les sans-abri. Il serait difficile d’organiser un téléthon qui viserait à recueillir des fonds pour lutter contre l’homophobie. Le public n’est pas assez sensibilisé et il ne serait sûrement pas au rendez-vous ».

« Il y a un genre de barrière pour les événements LGBT, entre autres parce que ce n’est pas familial. Le gouvernement a le devoir d’aider le citoyen de façon équitable, alors que les commanditaires ont le choix de soutenir financièrement un événement plutôt qu’un autre. La difficulté consiste à convaincre une compagnie de s’associer à la cause LGBT », explique pour sa part Suzanne Girard de Divers/Cité.

ENCADRÉ

Deux types de subventions

Au moment de faire une demande de subvention auprès d’un des ministères du gouvernement provincial, un organisme communautaire doit d’abord définir le type de financement dont il a besoin. Il existe deux choix : le financement à la mission et le financement par projet.

Le premier est récurrent et peut s’étendre sur plusieurs années. La mission de l’organisme, les services offerts et sa clientèle cible influenceront la décision du gouvernement de lui accorder ou non une subvention. Celle-ci est censée couvrir tous les besoins de base, comme les salaires, les frais d’administration et le loyer.

Le financement par projet est plutôt attribué sur une courte durée, pendant un an ou deux. Au lieu de subvenir aux besoins de l’organisme, l’argent sert alors à financer le déroulement d’un projet particulier. L’organisme doit alors détailler les objectifs du projet et on demande beaucoup d’informations. Plus la proposition est précise, meilleures sont les chances de recevoir une subvention.

Crédits photo: Malabooboo.
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