Semaine des queers radicaux: «la population n’est pas assez politisée»

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Radical Queer Semaine

RG. Quelles sont les nouveautés pour cette troisième édition de la Semaine?

France. On aura une assez grosse exposition d’arts visuels, avec des supports variés (photos, vidéos, peintures, etc.) Elle se déroulera dans une troisième pièce dont on ne disposait pas auparavant. On s’est rendu compte qu’il était vraiment difficile d’organiser deux ateliers en même temps dans une salle. Du coup, avec ce gain d’espace on va pouvoir avoir plus d’ateliers que l’année dernière.
Troy. Il y aura également pour la première fois au moins un ateliers organisé et animé par des personnes de l’extérieur de Montréal (New York). On a aussi un système de jumelage pour héberger les gens et on fournit de la nourriture gratuite à tous les soirs, entre autre pour rendre la semaine plus accessible aux gens qui viennent de l’extérieur de la ville.

RG. Pouvez-vous nous parler de quelques ateliers et manifestations qui se tiendront pendant ces dix jours?

F. Nous participerons à la marche contre la brutalité policière le 15 mars. Nous y avons toujours eu un contingent. Concernant les ateliers, on évoquera la criminalisation du travail du sexe et de la transmission du VIH/Sida, l’éducation aux sexualités alternative. Pour ma part, je coorganiserai un atelier intitulé «Trouver un français moins genre». J’en suis à une étape de ma vie où me faire féminiser sans arrêt me fait mal ou me rend très inconfortable. En anglais, quand tu ne sais pas, c’est facile de ne pas attribuer un genre. En français, notamment pour les émotions, on dira «T’es folle», «T’es fine», «T’es heureuse».

RG. Il faudrait vous dire quoi? T’es heureux?

F. Plutôt «T’as l’air très bien», «T’as l’air bien dans ta peau». «Heureux», ça me va mais ça paraîtra trop masculin à d’autres (sourire).

RG. À côté de ces ateliers dits «sérieux», la programmation inclut également du contenu ludique ?

F. Oui, ici, la créativité, par exemple, est très importante. Il s’agit de faire de l’art de qualité dont on tire satisfaction. Il y aura ainsi un «atelier modèles vivants queers». Il s’agit de dessiner ces modèles puis d’en discuter.
T. Il y aura également un atelier yoga. Quand on parle des corps concernant le sport ou la santé alternative, peu importe le genre, tu peux ne pas être à l’aise à l’idée de te faire toucher ou de te mettre à nu. On veut ici attirer ces personnes, celles qui ne s’essaieront jamais au yoga dans un studio de Mont-Royal.

RG. Vous avez tous les deux participé à la Semaine des queers radicaux 2010. Quels souvenirs en gardez-vous ?

F. Je me rappelle d’une semaine super intense et d’un moment de méga crise dans ma vie. Quelques jours avant, j’avais rompu avec mon chum de l’époque. J’ai longtemps cru que j’étais hétéro, que j’allais faire des enfants avec mon compagnon. J’ai compris que ce n’était pas le cas. J’ai cassé le 1er mars avec lui. Le 7, j’allais à la Semaine, par curiosité. J’ai été bouleversé [France tient à ce qu’on n’emploie pas le féminin, NDLR.], mes schémas se sont effondrés.
T. Personnellement, je garde surtout en mémoire cet espace commun chaleureux, avec des gens assis dans des divans, des aquariums. C’était bien de voir des personnes en train de faire des pancartes pour la marche contre la brutalité policière, tout en discutant et en écoutant de la musique.

RG. La Semaine des queers radicaux est avant tout un événement et un collectif politiques. Trouvez-vous que la population n’est pas assez politisée ?

T. Bien sûr. C’est pourquoi les queers font tout cela. Et ils le font de manière alternative, notamment gratuitement. Aujourd’hui, même l’éducation n’est pas totalement gratuite au Québec. Par conséquent, on ne peut que constater que la politisation, forcément liée à l’éducation,  n’est pas facilement accessible.
F. J’ai été, par la passé, un peu sceptique concernant la politique. Je pensais qu’on n’y faisait que parler et critiquer. Moi, je suis plus intéressé par l’idée de bâtir. Mais je me suis rendu compte que c’était impossible de le faire sans la politique. Par exemple, en tant qu’ingénieur, je souhaite développer des projets écologiques. Le problème, c’est que les grandes décisions, celles qui vont changer les choses, ce ne sont pas les ingénieurs qui vont les prendre. Ce sont les politiciens. Ça m’a vraiment déprimé de le réaliser.Tu ne peux pas agir seul. Mais il faut encore être capable de trouver un groupe dans lequel tu es confortable. Les collectifs queers comme la Radical Queer Semaine ou PolitiQ me font être optimiste. Ils sont composés de personnes ouvertes, discutant entre elles et avec les gens venant de l’extérieur, prêtes à changer les choses mais pas n’importe comment.

La semaine des queers radicaux 2011
Du 10 au 20 mars 201190 rue de la Gauchetière Est, deuxième étage (métro Champ-de-mars ou Saint-Laurent)
Espace mise au jeuMontréal
Pour plus d’informations : radicalqueersemaine.org
Lancement de la RQS 2011 et vernissage le 10 février à 20h à Mise au jeu.