Russie : Nikolai Alekseev, une bataille de longue haleine

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Pour ceux qui ne seraient pas familiers avec les exploits du plus important militant LGBT russe et porte-parole de gayrussia.eu, sachez que son héroïque histoire est faite de batailles légales, de protestations, de journalisme, de militantisme, de franc-parler et même d’un scandaleux enlèvement.

Il a été suffisamment aimable pour nous accorder un peu de son temps à l’aéroport de Moscou, alors qu’il se rendait à Paris, revenant tout juste d’un rassemblement à Arkhangelsk. Pas de repos pour ceux qui se battent pour le changement dans l’ancienne Union soviétique.

« Briser le cercle »

Quand on l’interroge sur la rhétorique conservatrice qui semble monter en Russie, il se montre, comme toujours, incisif : « Les actions extrêmement conservatrices ne sont pas surprenantes. Elles résultent de l’élite conservatrice au pouvoir. Le public partage ces valeurs, parce que c’est ce qu’on leur dit et leur montre. Les médias contrôlés par l’État créent un cercle virtuel dans lequel il n’y a aucune représentation positive de l’homosexualité, il est de notre devoir de briser ce cercle ».

La loi contre la propagande LGBT présentée à Saint-Pétersbourg (et à Moscou) entend protéger les enfants russes de « l’influence négative de l’homosexualité ». L’un des aspects encore plus troublants de cette législation est que la pédophilie est décrite comme une menace contre les jeunes équivalente et analogue à l’homosexualité. Ainsi, toute représentation publique des LGBT (rassemblement, festival, campagne) deviendra illégale et assujettie à des amendes substantielles : jusqu’à 1.000 roubles pour les individus et 50.000 (environ 1.600 dollars) pour les organismes.

Une loi aussi radicalement conservatrice a muri durant l’une des périodes les plus agitées que la Russie a connue ses dernières années. Les récentes élections à la Douma ont diminué le pouvoir de Vladimir Poutine. Pour beaucoup – et Nikolai Alekseev n’est pas le dernier à le penser – cela laisse de l’espoir pour du changement : « Le gouvernement Poutine n’a jamais été à ce point menacé, les gens prennent les rues, protestent et ils prévoient d’en faire plus ! »

Une loi peu appliquée ailleurs

Le fait de voir les autorités gouvernementales entraver les rassemblements GLBT n’est pas quelque chose de nouveau pour beaucoup de militants, mais pourrait apparaître tout de même plutôt contreproductif. En effet, la Ville de Moscou a récemment perdu une longue bataille judiciaire contre la Cour européenne des droits de l’homme concernant ses interdictions répétées d’organiser toute manifestation gaie, entre 2006 et 2009. La justice a tranché en faveur des organismes GLBT, infligeant une amende à la ville (qui l’a payée). Malgré tout, aucune marche n’a pu être organisée en 2010 et 2011.

Une loi presque identique à celle discutée à Saint-Pétersbourg est déjà en vigueur dans deux autres villes russes, Ryazan et Arkhangelsk. Jusqu’à aujourd’hui, une amende contre des GLBT a déjà été décidée dans la première nommée qui a fait voté le texte en 2006, mais rien ne s’est encore passé dans la deuxième.

Nikolai Alekseev en revenait lorsque nous l’avons joint. Les militants locaux avaient organisé un rassemblement, devant une bibliothèque pour enfants, avec le but d’être sanctionné, afin de montrer dans le même temps ce qui pourrait ensuite se passer dans la ville des tsars.

Pression internationale

Au final, il n’est rien arrivé, mais Nikolai Alekseev n’a pas perçu cela comme un échec : « La police était là, elle aurait pu nous stopper mais elle n’a rien fait, ce qui prouve bien qu’il s’agit d’une loi que même elle ne veut pas appliquer. C’est désormais juste une question de temps ».

Son optimisme concernant ce problème n’est pas infondé, puisque une action contre cette loi figure déjà au programme de la session de juillet des Nations unies à Genève. Plus important encore : la même chose sera faite dans un futur proche auprès des cours de justice européenne. « Comme dans le cas de la fierté de Moscou, ils n’auront pas d’autres choix que de respecter la décision de justice », affirme Nikolai Alekseev.

Sur le plan international, la Russie se voit attaquer pour ses initiatives homophobes. Washington a ainsi ouvertement condamné la loi discutée à Saint-Pétersbourg, parlant d’une action « inappropriée ». L’opinion publique s’est également manifestée, avec de nombreuses pétitions, notamment celle de AllOut.org qui a recueilli plus de 250.000 signatures.

Cette pression a amené Catherine Ashton, représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, à promettre qu’elle rencontrerait Vladimir Poutine pour évoquer le problème. La nature extrémiste du projet de loi n’est donc pas passée inaperçue. Il sera difficile de s’en débarrasser, mais l’espoir demeure avec des combattants comme Nikolai Alekseev et d’autres qui continuent la bataille.

Pour plus d’informations : gayrussia.eu.

Traduction : A.A. et T.T.

Crédits photo: Nikolai Alekseev / Wikipédia / Rownosci

2 Comments

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  2. Dillanger

    11 janvier 2012 at 18h28

    Thank God! Someone with brains sepkas!