Rufus Wainwright : fils conducteur

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Rufus Wainwright Out of The Game entrevue gay homosexuel

Être. Vous aviez quitté le monde de la pop ces dernières années pour travailler sur votre hommage à Judy Garland, sélectionné pour un Grammy, ainsi que sur Prima Donna, votre premier opéra. Vous voilà de retour avec un album plus pop que jamais. Pourquoi?

R.W. Il y a plusieurs aspects. Professionnellement, j’ai vécu la période la plus sérieuse de ma carrière tandis que sur le plan personnel, ma mère est décédée, j’ai assisté à la naissance de ma fille, mon premier enfant, je suis fiancé, et serai bientôt marié, bref différents scénarios d’adulte qui ont été fantastiques, mais aussi tragiques et lourds. Avec cet album, je voulais m’amuser un peu, profiter de la vie et faire du temps qui passe quelque chose d’un peu plus doux.

Être. Vous êtes aussi passé de ce que vous avez appelé votre période de promiscuité « à la Oscar Wilde » aux fiançailles, à l’éducation de votre petite fille, Viva, un superbébé qui porte vos gènes et ceux de Lorca, la fille de Leonard Cohen. Est-ce beaucoup de pression?

R.W. Oh, des tonnes ! Mais j’ai besoin de pression pour fonctionner que ce soit par la drogue, les enfants ou l’écriture de chansons. J’aime le défi et je veux  dire : « oui, j’ai fait ceci et cela », je veux avoir une grande variété d’événements dans ma vie – ce que je semble accomplir assez rapidement ! J’aurai probablement besoin de quelques moments zen et j’appellerai Leonard [Cohen] pour ses conseils quand ça deviendra un peu trop effrayant (rire).

Être. Vous désignez Out Of The Games comme votre album le plus « dansant » et « radio-friendly ». Qu’entendez-vous par là? Même si vous partagez le même producteur, vous n’êtes pas Christina Aguilera…

R.W. Ma seule définition d’un disque pop, c’est que tu peux le mettre lors d’une fête et que personne va l’arrêter. D’habitude, les gens arrêtent mes disques lors d’une fête (rire). Mais nous l’avons testé dans des bars à Paris, à Londres, à « Newpouvoir » York et les gens étaient vraiment excités. Ils se levaient pour danser. Je suis très heureux de ça.

Rufus Wainwright : « Avec cet album je voulais m’amuser un peu, profiter de la vie »

Être. Sir Elton John vous a appelé « le plus grand chanteur-compositeur-interprète de la planète ». Comment se sent-on après ça?

R.W. (Rire) C’était il y a longtemps, il faudrait lui redemander pour savoir si c’est toujours vrai, mais Elton a toujours été une force positive dans ma vie et ma musique. Je ne sais pas si je le mérite ou non, mais je suis certainement très chanceux qu’il ait dit cela.

Être. Votre sœur a chanté sur votre dernier album comme sur presque tous les précédents. Pourquoi est-ce important pour vous ?

R.W. À mon avis, après moi, la deuxième plus grande chanteuse-compositrice-interprête sur la planète, c’est Martha (rire). Elle a un talent incroyable et il y a quelque chose de très puissant qui se passe lorsque nous sommes ensemble, surtout depuis le décès de notre mère. Nous sommes devenus beaucoup plus proches. On se fait rire et parfois on se fait pleurer ! (rire)

Être. Votre dernier album se termine par la chanson Candles, écrite juste après la mort de votre mère – la regrettée chanteuse et musicienne, Kate McGarrigle –  qui rappelle le lien entre vous, votre mère et Notre-Dame de Paris – ville où vous avez fait votre sortie du placard. Que s’est-il passé ?

R.W. Pendant des années, ma mère a été très fermée au sujet de ma sexualité. En fait, elle l’avait découverte lorsque j’avais 14 ans en tombant sur un magazine comme Être sous mon lit et avait  voulu me jeter hors de la maison. Elle ne voulait plus me voir. Je l’ai donc rassurée en lui disant que c’était correct, que je n’étais pas gai, je lui ai menti.

Être. Quand lui avez-vous dit la vérité?

R.W. Quand j’avais 18 ans, j’étais prêt à lui dire. Nous étions à Paris. Ça l’a fâchée, mais en même temps, elle s’est effondrée en me disant qu’elle avait juste tellement peur. C’était au temps où le sida faisait rage. Le lendemain, elle s’est rendue à Notre-Dame pour prier et elle a affirmé que Dieu lui avait parlé, lui disant que c’était correct que son fils soit gai, qu’il était comme tout le monde, qu’il était juste une personne, que nous étions tous des personnes et qu’il devrait être traité comme tel.

Être. Il y a de la magie à Notre-Dame…

R.W. Oui, nous avons eu quelques Notre-Dame moments. (Rire). Quand ma mère est décédée, je suis allé y allumer une bougie pour elle. Je me suis dit: « Oh, je vais lui demander conseil » – et n’allez pas croire que ceci est une publicité pour le catholicisme, je n’ai même pas été baptisé. J’étais en train de m’éloigner quand ce message est entré dans ma tête : la gratitude; je dois être reconnaissant pour tout ce que j’ai et c’est comme ça que je vais pouvoir passer à travers cette épreuve.

Être. Vous avez déjà dit que votre mère était votre plus grande fan et votre critique la plus dure. Que penserait-elle d’Out Of The Games ?

R.W. Curieusement, depuis qu’elle est décédée, j’ai découvert qu’elle est dix fois plus présente qu’avant. Elle est partout. Je l’entends, je la sens et je pense qu’elle aurait été très contente de l’album. Je dois dire que j’ai aussi ma tante Anna qui est tout aussi formidable, pleine d’opinions et de soutien. Ma famille est composée de femmes très fortes alors je vais en recevoir des commentaires (rire). Mais il y a beaucoup de ma mère dans cet album et d’une manière encore plus mystérieuse.

Crédit photos : César Ochoa.