Roger Noël : au service de l’État et de la communauté

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Roger Noël Bureau de lutte contre l'homophobie

Son espace de travail, occupé par les cartons, n’est encore que provisoire, prévient-il au moment de notre arrivée. Si le Bureau de lutte contre l’homophobie a été créé en septembre dernier, l’installation « physique » ne devait avoir lieu qu’à la fin de l’année, dans les locaux de la Chambre de la jeunesse, disponible pour accueillir Roger Noël et son équipe. Car la discrimination basée sur l’orientation sexuelle, en dépit de l’actualité, ne s’avère pas spécifique aux adolescents et demeure « présente à travers la province : au Saguenay, en Abitibi, en Côte-Nord comme à Montréal ».

Roger Noël s’est déjà retrouvé confronté à la problématique de l’homophobie lors de son passage au ministère de l’Immigration et des communautés culturelles. Les candidats à l’immigration sont informés que le respect des personnes LGBT fait partie des « valeurs communes » de la société québécoise, un point mentionné dans une déclaration que l’intéressé a contribué à faire rédiger. Fin connaisseur des questions LGBT et de la mécanique administrative (il a aussi élaboré la Politique québécoise et le Plan d’action gouvernemental de lutte contre l’homophobie), il était donc tout désigné pour devenir coordonnateur du Bureau, chargé de veiller à la mise en œuvre du projet.

Un militant au ministère

Après avoir été pigiste pour Homo Sapiens, couvrant notamment les descentes policières aux Katakombes en 1995, il a travaillé à partir de l’année suivante comme agent de recherche au sein de la Cohorte Oméga. Il a alors contribué aux travaux visant à mieux comprendre les facteurs médico-sociaux prédisposant à la séroconversion au VIH. Mais face aux restrictions budgétaires, il a préféré la sécurité de l’emploi, entrant dans la fonction publique en 2000.

Celui qui a un temps songé à devenir professeur universitaire ne regrette pas la tournure des événements, se retrouvant « de l’autre côté de la clôture ». Son but ? Éradiquer l’homophobie, ce « socle qui nous empêche d’arriver à l’égalité sociale ». Une revendication militante respectée et même partagée par ses supérieurs, soutient-il : « l’État est le reflet de tous les grands intérêts de la société et participe au progrès social en épousant des causes comme la lutte contre l’homophobie ».

Discrétion et loyauté

En tant que représentant de ce pouvoir, Roger Noël insiste sur son devoir de réserve et son souci de rester « professionnel ». Il garde un souvenir « amer » d’un fonctionnaire qui, insinuant qu’il favorisait certains projets en raison de son militantisme, avait émis des doutes sur « [sa] loyauté envers [son] employeur ». Roger Noël apprécie d’avoir la possibilité de « travailler dans l’ombre » comme cheville ouvrière d’une action qui lui tient à cœur, une manière, selon lui, d’être plus efficace.

Cette discrétion est du reste soulignée par Laurent McCutcheon, président de Gai Écoute qui, en 2004, avait siégé au Groupe de travail mixte de lutte contre l’homophobie dont Roger Noël était le co-secrétaire. « Ce n’est pas le gars flamboyant qui parle fort, en avant de tout le monde. Il s’agit d’un travailleur plutôt discret en qui on peut avoir confiance pour son intégrité et son exigence de précision […] quelqu’un sur qui on peut vraiment compter dans le milieu LGBT ».

Le poids de l’annonce

Mais la réserve ne fait pas tout. Roger Noël a d’ailleurs « l’intuition » que les personnalités publiques ouvertement gaies permettent aux jeunes d’avoir « un bon point de repère ». À son époque, il n’existait pas de figure gaie masculine à laquelle il était facile de s’identifier. Il y aurait même plutôt eu pour lui « des anti-modèles », comme Christian Lalancette, le coiffeur caricatural de la télésérie Chez Denise. « Mais ensuite, j’ai découvert tout le spectrum de la vie gaie et je connais des gens extraordinaires », précise-t-il.

Alors que l’intimidation des adolescents préoccupe de plus en plus, Roger Noël rappelle que l’homophobie n’est pas nouvelle et continue d’affecter « le psychisme des gens et leur manière de se présenter à la société ». Si les jeunes disposent aujourd’hui de davantage de ressources et d’un Village où s’exprimer, il estime que « le poids de l’annonce est toujours aussi puissant que lorsque [il a] fait [s]a sortie ».

Il avait alors 18 ans. « Ce sont eux [ses parents] qui m’ont posé la question avec un « ton frère pense que tu es homosexuel. C’est vrai ? ». J’ai répondu oui. » Sa franchise et sa conviction ont ensuite dissipé les craintes et surtout les préjugés classiques. C’est la société qui est malade et a un problème avec les gais. Non l’inverse. Le Bureau devra aussi servir à rappeler et inculquer cette vérité.

Crédit photo: César Ochoa.

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  1. Trevon

    11 janvier 2012 at 6h36

    Wow, this is in every respect what I ndeeed to know.