Rencontre avec l’organisateur du prochain kiss-in à Paris

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Êtremag. Comment en es-tu venu à défendre les droits des gais ?
Arthur Vauthier. Ça a commencé avec les kiss-in au printemps 2009. J’avais participé à un événement sympa, un freeze (tout le monde se rassemble dans un lieu donné, comme si de rien n’était, et se fige au coup de sifflet donné par les organisateurs; les passants se retrouvent alors à déambuler au milieu d’une foule de statues humaines, le résultat est assez chouette), et je me suis dit qu’on pourrait faire la même chose avec des couples qui s’embrasseraient soudain sans prévenir, et que ça surprendrait des gens peu habitués à voir des baisers entre deux personnes du même sexe.
D’une part, les passants devaient comprendre que cette forme d’amour que l’on croit banalisée mais qui reste méconnue existe ailleurs qu’à la télévision dans des émissions débiles, et que ça n’a rien de dangereux, d’autre part les participants eux-mêmes pouvaient oser se montrer au sein d’un rassemblement sans paillettes ni slogans, sans déguisements ni pancartes revendicatives, et peut-être, ensuite, continuer à embrasser leur partenaire dans la vie de tous les jours sans ressentir de honte. J’en ai parlé à Félix Pellefigues, un ami que je savais assez impliqué dans une réflexion militante contre l’homophobie, et il a été très emballé par l’idée.
Êtremag. Comment se sont déroulés ces kiss-in ?
A.V. On a organisé notre premier évènement à Paris, sur la célèbre place du Trocadéro. Il n’a rassemblé qu’une quinzaine de personnes mais il a fait beaucoup parler, jusqu’aux États-Unis et au Japon. Le deuxième a rassemblé un monde fou aux Halles [grand centre commercial à Paris NDLR.], tandis qu’au même moment, d’autres kiss-in que nous avions impulsés avaient lieu dans d’autres villes de France. Le troisième a eu lieu à Paris dans le quartier des Grands Magasins fin 2009, à l’approche de Noël, et cette fois c’était un kiss-in d’envergure internationale, puisque nous avions trouvé des gens motivés dans certaines villes à l’étranger.
Le kiss-in du 14 février 2010 a rassemblé des centaines de personnes à Paris, à cause de la polémique autour de Notre-Dame et de l’aversion à notre égard de quelques groupuscules catholiques extrémistes particulièrement virulents ; nous nous étions par ailleurs associés ce jour-là au kiss-in de SOS Racisme. Le dernier kiss-in international a été organisé dans de nombreux pays pour le 17 mai, journée mondiale de lutte contre l’homophobie. Nous avons ensuite décidé de faire une pause et puis des nouvelles recrues sont venues renforcer notre équipe de coordinateurs, Kévin Etancelin à Amiens et Elouan Blochet à Rennes. Un nouveau kiss-in est d’ores et déjà prévu pour la Saint-Valentin 2011…
Êtremag. Selon toi, les jeunes s’engagent-ils suffisamment aujourd’hui pour la cause gaie? Qu’est-ce qui serait à améliorer de ce côté-là ?
A.V. Je crois qu’il y a encore beaucoup à faire, contrairement à ce que l’on pense, même dans les pays occidentaux. L’homophobie existe encore. Elle est parfois violente, elle est souvent latente. Les droits acquis par les générations précédentes peuvent tomber, il ne faut pas s’asseoir sur nos lauriers. Il est intolérable que tant de gens vivent encore dans un déni total de leur identité, mentent à leur entourage pour se protéger, se retrouvent à la rue pour avoir révélé à leurs parents qu’ils n’étaient pas amoureux des gens du sexe opposé, se fassent insulter ou pire, tabasser.
On peut s’engager de mille façons différentes sans forcément participer à des manifestations ou aller dans une association ; défendre la cause gaie, c’est aussi dans la vie de tous les jours, c’est s’accepter soi-même, accepter qu’il existe des gens très différents au sein de ce qu’on appelle “les gais”, arrêter nos jugements à l’emporte-pièce, nos idées préconçues et faciles. A mon avis, c’est maintenant aux hétéros de s’engager avec nous. Ils sont la majorité de la population, et rien ne se fera sans eux.
Êtremag. Trouves-tu que la vie des gais a changé depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy ?
A.V. Je ne veux pas diaboliser Sarkozy. Sans aller jusqu’à dire qu’il a fait du mal aux jeunes gais, on ne peut pas non plus déclarer qu’il nous a fait du bien. Les campagnes de son ministère sont hypocrites et frileuses. Le refus de la France de légaliser le mariage ou l’adoption pour les couples de même sexe, alors que les sondages estiment qu’une majeure partie de la population y est favorable est tout simplement ridicule. Sarkozy nous déprime. Le climat actuel, qu’il a instauré et poussé à son paroxysme, n’est pas vraiment favorable à une reconnaissance des minorités, puisque tout est fait pour monter les gens les uns contre les autres.