Réjean Bonenfant – Recueil de maux

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Réjean Bonenfant recueil nouvelles Trois-Rivières

À coup sûr, il aime parler. « Quand tu en auras assez, tu me le dis », lâche-t-il même au milieu de l’entrevue. Réjean Bonenfant se plaît à raconter autant sa propre histoire que les aventures de gars et filles bien amochés par les choses de la vie. On en retrouve beaucoup dans son dernier livre, sorti en fin d’année 2011 : des femmes maltraitées, des jeunes perdus ou encore des itinérants (gais ou non), dont l’incompréhension face à ce qui leur arrive et leur fuite dans la folie (douce ou sévère) marquent.

En plus d’un style direct et simple, l’écrivain de Trois-Rivières a choisi l’originalité dans la forme, en divisant les récits : les femmes ont Quelques humaines démaquillées, les hommes Quelques humains porteurs de coquilles (Joey Cornu Éditeur), avec dans chaque cas une couverture différente. Il s’agirait ainsi de dénoncer ce qu’« on fait à la télévision québécoise depuis La Fureur, indique-t-il Ça marquait les débuts de la phase de « madamisation », chacun à son émission. On se croirait revenu aux temps des vieilles traditions où il fallait séparer les deux. »

Comme sa prose, l’homme se veut direct, sans langue de bois. Il parle facilement de ses « deux vies » sur le plan sentimental, avec femme et enfants pendant deux décennies puis avec des hommes. Un double chemin se dessine aussi en parlant de sa carrière, d’abord comme enseignant, au secondaire (« quand on peut encore changer les choses ») jusqu’à la fin de années 80, quand son cœur ne lui joue un mauvais tour. Depuis, il vit de sa pension, tout en écrivant.

Trois-Rivières comme fief

Ses livres ne lui permettent pas à eux seuls de couler des jours heureux. « C’est impossible de vivre de sa plume au Québec », soutient-il. L’écrivain de 67 ans poursuit en critiquant le petit monde montréalais « qui parle toujours des mêmes. Vous êtes le premier média basé dans la métropole à évoquer mon recueil de nouvelles. En revanche, tous les journaux en ont parlé dans ma région ».

Trois-Rivières, où il demeure depuis les années 60, reste son port d’attache où il a su se faire une belle place au soleil. « Chaque année, à la fin du Festival international de poésie, j’invite quelque 60 personnes chez moi. Tout le monde y est passé, les Jean-Pierre Daoust, Nicole Brossard ou Gaston Miron ».

Si beaucoup de ses nouvelles se déroulent à Montréal (du fait d’un séjour de six mois, près du Village gai, en 2007), son prochain livre rendra hommage aux hommes de son coin, plus précisément les hommes en difficulté trouvant refuge au Centre Le Havre. « Je leur donne 20 dollars de l’heure pour qu’ils racontent leur vie. Ainsi, je leur montre que leur histoire est importante et aussi que leur temps vaut quelque chose. »

Crédit photo : Daniel Lachance.