Recensement : Stephen Harper veut renvoyer les minorités au placard

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Stephen Harper sur le recensement

Quand Stephan Harper part en vacances, cela lui donne visiblement de drôles d’idées.  Mais de là à imaginer qu’il supprimerait le questionnaire long du recensement… Un projet qui est loin de faire l’unanimité dans la société canadienne. Derrière les nombreuses critiques venues tant des partis de l’opposition que de nombreuses personnalités – notamment scientifiques, il faut se poser deux questions essentielles: À quoi sert un recensement ? Que cherche un État en organisant cette si lourde opération ?
Le Bloc Québécois ne s’y est pas trompé puisqu’il dénonce « ces modifications (…) fondées sur des critères strictement idéologiques qui nuiront à la capacité du Québec et à celle des municipalités pour mettre en oeuvre des politiques ciblées et efficaces. Nous déplorons également que, en réduisant la qualité de l’information disponible, le gouvernement tente de museler les critiques légitimes qui sont souvent apportées à leurs politiques ».

Une suite aux réorientations « culturelles »

Car l’objectif du recensement est d’abord d’avoir une connaissance précise des réalités. Les connaissances tirées des recensements permettent de mesurer non seulement les effets de certaines réformes mais aussi les changements de comportement de certaines communautés. Dans un pays qui accueille autant d’émigrants que le Canada, le recensement est aussi un bon outil pour analyser les besoins et fragilités des communautés accueillies. Ou encore les besoins et demandes des gais et lesbiennes.
Le choix du gouvernement conservateur ne repose donc pas sur des considérations pragmatiques mais sur une volonté politique de ne plus s’occuper des minorités. Car si le recensement n’est fiable que pour les principaux aspects du pays, ne pas tenir compte de sa diversité sexuelle, culturelle et linguistique, revient alors à dire adieu aux programmes qui soutiennent le français (surtout ailleurs qu’au Québec) et aussi aux programmes pour les minorités.
En cela, concernant notamment la communauté LGBT, Stephen Harper poursuit le travail commencé avec les réorientations en matière de culture. Lors de l’annonce des nouveaux fonds (qui devaient compenser ceux supprimés…), les règles avaient aussi changé. C’est ainsi que les défilés de la Fierté de Toronto et Divers/Cité ont perdu leurs subventions au bénéfice de carnavals traditionnels dans nos campagnes. Il est certain qu’ainsi, on ne s’adresse pas au même public et qu’on ne défend pas la même créativité artistique.
À noter que le recensement était aussi un outil précieux pour les chercheurs universitaires et les organismes communautaires. Car si les études plus complexes sont payantes auprès de Statistiques Canada, les résultats de base sont eux tous rendus publics.

Le gouvernement « accroît l’ignorance du pays »

Richard Shearmur, de la chaire du Canada en Statistiques spatiales et politiques publiques, accuse du coup le gouvernement « d’accroître l’ignorance du pays » avec une telle mesure. En outre, si un questionnaire long désormais non obligatoire (ce qui remet en cause la valeur scientifique du sondage) existe toujours, il faut rester vigilant sur la disparition et l’apparition de nouvelles questions.
Ainsi, en 2006, les organisations de femmes avaient remporté une grande victoire en faisant intégrer plusieurs questions portant sur les tâches à la maison, afin de mieux (re)connaître le travail non salarié. Un travail effectué majoritairement par les femmes.
La décision du gouvernement Harper s’avère être une violation des principes défendus par l’ONU depuis 1994 et la chute de l’empire soviétique. Ils visent à ce qu’un État ne puisse pas supprimer ou même juste contrôler les informations sur la population. Plusieurs hauts fonctionnaires, dont l’ancien chef de Statistiques Canada, qui a préféré démissionner que piloter cette réforme, viennent d’ailleurs de rappeler au Premier ministre ses obligations morales.
Les LGBT, les féministes, les groupes communautaires et tous les Québécois en général ont désormais une image  chaque jour un peu plus précise des intentions de Stephen Harper. Ce dernier essaye de se rattraper en laissant planer des doutes sur le possible financement d’un nouvel aréna à Québec. Une vision qui se résume à un retour à Duplessis. Bref, un vrai retour dans le placard.
Crédits photo : World Economic Forum