Raciste et cupide le gai français ?

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Didier Lestrade Pourquoi les gays sont passés à droite France

On pourrait dire qu’il a tout du Français typique : râleur, de mauvaise foi, montant rapidement sur ses grands chevaux. On nous reprocherait alors de faire une caricature grotesque de 60 millions de personnes… Mais Didier Lestrade fait la même chose en mettant des millions de gais dans le même sac.

L’attirance d’un certain nombre d’homosexuels pour l’extrême droite, phénomène inconnu au Québec, a fait l’objet d’études en Europe, notamment aux Pays-Bas. Rien de farfelu par conséquent d’imaginer Marine Le Pen, présidente du Front National, parvenir à attirer une petite partie d’entre eux, en jouant à la fois sur son statut de femme forte charismatique et sur une peur de la population d’origine maghrébine décrite régulièrement par la candidate comme des islamistes en puissance. Didier Lestrade parle d’homonationalisme : « La pensée gay a longtemps été internationaliste, universaliste, transversale. [Désormais] ils se voient comme des gays français, le gay français est chauvin ».

Règlement de comptes

Le problème vient justement de cette expression « le gay français », comme si chacun ressemblait à l’autre. Le riche gai parisien, dans le placard pour pouvoir profiter d’une carrière dorée, en se fichant bien des droits GLBT constituerait une généralité.

L’absence de militantisme en France dénoncée par Didier Lestrade (d’autres ici en font mention pour le Québec) semble une évidence. Elle existait également dans les années 80 et 90, quand l’auteur et d’autres luttaient ardemment pour faire bouger les choses. Les années 2000 ne font pas figure d’exception, mais l’ancien journaliste chez Têtu n’évoque jamais différentes actions de jeunes militants gais, comme le kiss-in risqué devant Notre-Dame de Paris en 2010 pour dénoncer l’homophobie de certaines franges de la société française (photo), ou encore le travail des militants pour organiser les marches des fiertés.

Au final, ce côté « c’était mieux avant », que des militants québécois aiment parfois utiliser, plombe un livre qui ressemble surtout à un règlement de comptes contre différentes personnalités ou structures GLBT françaises. Plutôt triste de la part d’une personnalité « historique » de monde GLBT francophone et rien d’instructif pour mieux comprendre la réalité des GLBT français aujourd’hui.

Pourquoi les gays sont passés à droite
Didier Lestrade
144 pages

Éditions Seuil 

Crédit photo : Philippe Leroyer.

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