Procès de Luka Rocco Magnotta L’ex-amant de Lin Jun témoigne

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L’ex-amant de Lin Jun, la victime de Luka Rocco Magnotta, Lin Jeng a témoigné aujourd’hui au procès du ‘dépeceur de Montréal’. L’homme qui témoigne en mandarin avec l’aide d’un interprète, est venu exprès de Chine pour témoigner. Il a établi d’emblée que l’homme qu’on voit attaché à un lit dans la première minute de la vidéo du crime filmé par Magnotta lui-même, n’est pas Lin Jun. Il en avait témoigné aux policiers dès mai 2012.
Ling Jeng a expliqué que Lin Jun et lui s’étaient connus en Chine, en 2009, qu’ils sont devenus amis, puis amants en 2010. Ils sont venus à Montréal, comme étudiants, l’un en sciences informatiques à l’Université Concordia, l’autre en Études françaises à l’Université de Montréal. Ils ont cohabité pendant un certain temps, mais en mai 2012, ils n’étaient plus en couple. Lin Jun avait mis fin à leur relation amoureuse alors qu’il subissait des pressions de sa famille, a expliqué le témoin. Les parents de Lin Jun, que Lin Jeng avait déjà rencontré en Chine, ne savait pas qu’il était gai et ils voulaient qu’il se remarie avec une femme. Lin Jun avait déjà été marié en Chine, mais était divorcé.
Au moment du drame, Lin Feng avait quitté Montréal le 13 mai 2012 pour aller passer les vacances universitaires en Chine, et voir sa famille. Il était néanmoins resté en contact avec Lin Jun, alors son ami. Ils s’échangeaient jusqu’à 40 à 50 textos par jour, selon lui. Lin Feng se souvient très bien du dernier texto de Lin Jun qu’il avait reçu alors qu’il se trouvait à Bangkok le 24 mai 2012, vers midi. Lin Jun lui souhaitait une bonne journée. Lin Feng lui a répondu, son texto a été ouvert, mais Lin Jun n’y a jamais répondu. Tous les autres messages que Lin Feng lui a envoyés ce jour-là et les jours suivants sont restés sans réponse. En fait, ils n’ont jamais été ouverts, a-t-il rajouté.
Ses messages demeurant sans réponse, Lin Jeng a alors communiqué avec des amis à Montréal, pour savoir ce qui se passait. Lin Jun demeurant introuvable, il est revenu à Montréal le 30 mai. En route vers Montréal, il a appris qu’un corps avait été retrouvé dans une valise dans le quartier Côte-des-Neiges. Lin Feng n’avait alors jamais imaginé qu’il pouvait s’agir de Lin Jun. En escale au Qatar, il a alors appris qu’il s’agissait bel et bien du cadavre de Lin Jun.

Une vie sexuelle ‘normale’

Interrogé par la Couronne sur leur vie sexuelle, Lin Feng a affirmé qu’ils avaient des relations sexuelles ‘normales’. S’ils visionnaient parfois de la pornographie gaie, ils n’ont jamais pratiqué le «bondage» entre eux, a-t-il déclaré. Selon Feng, Lin Jun ne buvait pas, ne fumait pas, ne prenait pas de drogue, c’était en fait un passionné du gym qu’il fréquentait quatre fois semaine en moyenne. Feng a affirmé que le couple était monogame malgré qu’il ait déjà constaté sur le Ipad de Jun qu’il fréquentait le site de rencontres gaies Grindr. La défense a demandé au témoin si, à sa connaissance, Lin Jun avait d’autres hommes dans sa vie et en particulier un dénommé Émile Lacroix avec qui Lin Jun avait communiqué via Skype le 19 mai. L’avocat de Magnotta, Luc Leclair, a suggéré que les deux hommes avaient eu une relation sexuelle et a demandé à Lin Feng si ça le surprenait. ‘Nous n’étions plus ensemble à ce moment, alors il était libre’ a répondu Feng. Le témoin s’est agité quand Leclair a commencé à lui demander pourquoi il avait mis fin à la relation avec Lin Jun, et quand il a présenté des extraits de films pornos qui selon la défense proviendraient de vidéos que Lin Jun avait téléchargés. En contre-interrogatoire, la défense a suggéré que Lin Jun était un amateur de porno gaie  aux rencontres multiples qui aimait se faire attacher lors de relations sexuelles. À preuve, la défense a produit l’historique des téléchargements de l’ordinateur de Jun où on trouve des titres pornos gais comme StudMall et Bareback Vibes. Leclair a aussi présenté à Feng des extraits du film Extreme Pleasure dans lequel un homme est attaché et sodomisé avec un godemiché. ‘Dois-je regarder ces images?’ a répondu Feng.

 

La responsabilité criminelle de Magnotta au cœur du procès

Lors de ses commentaires d’ouverture, le procureur de la Couronne Louis Bouthillier a indiqué au jury que c’est un autre homme que Lin Jun qui apparaît pendant 23 secondes au début de la vidéo diffusée par Magnotta. Cet homme est attaché au lit et vivant. Les dix minutes suivantes, on peut voir Lin Jun sur le même lit, mort et un individu se livre à des outrages sur son cadavre, a poursuivi le procureur.
Lundi, Luka Rocco Magnotta a admis devant le jury qu’il a fait tout ce qu’on lui est reproché. Son avocat plaidera qu’il souffrait de troubles mentaux pour demander qu’il ne soit pas reconnu criminellement responsable de ses actes. La défense allèguera un diagnostic psychiatrique erroné et fera témoigner le père de Magnotta, lui-même schizophrène. La Couronne plaidera au contraire que, malgré les troubles mentaux de l’accusé, le meurtre avait été planifié et prémédité depuis au moins six moins et entend faire témoigner un journaliste britannique à cet effet.