Politiser et visibiliser : la première marche des lesbiennes à Montréal

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Radical Dyke March le 14 août - événement pour les lesbiennes

« On n’est pas simplement des filles qui aiment les femmes, mais on est aussi des filles qui vivent des oppressions dans la société patriarcale, dans la société hétérosexiste dans laquelle on vit. Ça fait partie de notre identité », dit Barbara Legault, une des porte-parole du collectif (la troisième en partant de la gauche sur la photo).

Pour faire face à ces oppressions, le groupe a établi une règle claire : la marche serait non mixte, ce qui signifie que seulement les lesbiennes peuvent être dans le cortège, un choix qui va à contre-courant de la tendance inclusive que prend généralement ce genre de rassemblement. Mais pour le collectif, c’est une tactique politique que les alliéEs des lesbiennes doivent comprendre et appuyer.

« La non-mixité a été utile aux féministes, aux personnes de couleur, aux travailleurs et travailleuses qui se regroupent pour discuter des conditions de travail. On croit que si l’on veut rendre les lesbiennes visibles, on doit organiser un événement par et pour les lesbiennes », explique Barbara, précisant toutefois que le terme lesbienne est très large et qu’elle n’est pas biologisante ou essentialiste. Toute personne qui se définit comme telle est la bienvenue.

Le collectif a également choisi de s’autofinancer et de ne pas s’associer aux célébrations de Fierté Montréal, principalement pour des raisons d’intégrité et par opposition aux commanditaires du défilé la Fierté, Pfizer et la Banque TD, dont Barbara déplore l’opportunisme. « Ce n’est pas par charité ou par altruisme que Pfizer et TD financent le défilé de la fierté à Montréal. C’est purement par intérêt mercantile, ils sont après l’argent rose. Ça nous a énormément choquées ».

Se réapproprier son histoire et son image

Comme tentait de faire le film Lesbiana de Myriam Fougère, la marche a également pour but de faire (re)découvrir aux lesbiennes une partie de leur passé, notamment en accordant une place importante aux défricheuses et pionnières afin de « recréer les ponts » entre les générations. Certaines d’entre elles (qui ? Surprise !) prendront la parole. Le parcours de la marche sera une forme de pèlerinage et passera devant certains lieux-clés (lesquels ? Surprise !) de l’histoire lesbienne québécoise.

Selon Barbara, les lesbiennes sont transparentes dans leur histoire, mais aussi dans la société. Elle y voit une sorte de lesbophobie intériorisée, qu’elle-même s’est infligée, inconsciemment. « Les lesbiennes ont contribué à leur invisibilité. Moi-même, je ne mettais pas du tout de l’avant les enjeux des lesbiennes, c’est comme si on luttait pour d’autres choses, comme si les choses qui nous concernent n’étaient pas importantes », dit-elle.

C’est pourquoi le collectif souhaite que la marche permette à la communauté de réintégrer sa propre image et son identité. « La marche c’est vraiment pour dire: on est là, on existe, on est fortes, on est fières, on a du fun, on est festives, on aime faire le party, on aime les chats, on aime les femmes, on aime la diversité, on est colorées, on est vieilles, on est en fauteuil roulant, ainsi de suite. C’est nous qui allons nous montrer telles que nous sommes dans toute notre diversité ».

Un orgasme collectif

Et comme elle le dit si bien, la marche et sa conclusion seront effectivement festives. « Nous, on milite pour une repolitisation de la communauté, mais ce n’est pas pour dire que tout doit être politique; tout le monde sait qu’on aime faire la fête et qu’on la fait bien », explique Barbara, sourire en coin. En plus de prestations à l’intérieur même de la marche, le collectif organise un spectacle au cabaret du Mile End avec comme invités JD Samson (anciennement de Le Tigre) du groupe Men, le rappeur Benni E. et Laura Boo.

La marche débutera mardi le 14 août à 18 h au carré Berri, un clin d’œil volontaire aux manifestations étudiantes que le collectif appuie ouvertement. « Je pense que ça va tellement être une énergie équivalente à un premier orgasme, mais politique et collectif. Une si grosse gang de gouines ensemble, moi je n’ai jamais vu ça, qui sait combien on va être », conclut la militante.

Page Facebook de la marche

Article paru le 10 août sur le site Internet du magazine Entre Elles.

Crédit photo: Rachel Vanier