Période libre – Santé mentale : les jeunes pas au mieux

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Un signe que les temps changent ? Période libre semble en tout cas réjouir spectateurs et programmateurs. Selon son animateur, Jasmin Roy, il n’a fallu qu’une petite heure pour convaincre Vox de se lancer dans l’aventure avec une émission qui, en la présence d’experts et des acteurs principaux (jeunes, professeurs, policiers, etc.), s’intéresse aux problèmes rencontrés dans le milieu de l’éducation.

La production avait décidé de consacrer la première émission à l’intimidation en milieu scolaire, sujet au cœur de l’actualité depuis les suicides de Jamie Hubley en Ontario et de Marjorie Raymond en Gaspésie. L’hypersexualisation a été le second thème abordé, alors que beaucoup d’adolescents se pensent obligés aujourd’hui de s’habiller de manière sexy ou d’avoir des relations sexuelles très tôt.

L’alcool plutôt que la parole

Place, le 19 février, à la santé mentale. Pour expliquer les principaux problèmes rencontrés dans ce domaine, Jasmin Roy a utilisé une formule plutôt efficace, lorsqu’on l’a interrogé au téléphone : « Les garçons ne parlent pas, les filles ne mangent pas ». Ces dernières, pour se conformer à un modèle de beauté stéréotypé, vont ainsi se priver de nourriture, « quitte à faire des malaises à répétition », indique l’animateur.

Côté masculin, le constat marque tout autant les esprits lorsqu’on écoute le récit de l’auteur d’Osti de fif ! qui se base sur les vox pop effectués pour l’émission : « Ils préfèrent prendre de la drogue et boire de l’alcool plutôt que de dire qu’ils ne se sentent pas bien, raconte-t-il. Ils pensent que ça ne sert à rien de se soigner avec des médicaments, que « ça va aller mieux ». Après tout les adultes leur disent la même chose. Il n’est pas surprenant de voir que le taux de suicide est supérieur chez les garçons. »

Parmi les raisons expliquant ce malaise, on retrouve – comme prévu, dirait-on presque désormais – l’intimidation et l’hypersexualisation. « Il faut plaire aux pairs, ce qui engendre beaucoup de pression, souligne encore l’animateur. Certains gars de 14 ans prennent aujourd’hui des stéroïdes Je ne me souviens pas avoir vécu cette anxiété-là lorsque moi-même j’étais adolescent ! »

Manque de tout

Comme il l’explique depuis la création de la Fondation Jasmin Roy, il y a quelques mois, les établissements et les commissions scolaires se retrouvent débordés face à tous ces problèmes. « Il faut rectifier le tir, affirme-t-il. Je suis allé à Gatineau pour une conférence, il y a quelques semaines. Les membres du personnel scolaire ont été très clairs : ils n’y arrivent pas et ne savent plus quoi faire. Ce n’est pas qu’ils ne veulent pas ! Ils manquent de ressources, de temps et d’aide humaine. »

On pense alors forcément à l’action du gouvernement en matière d’éducation. Ces derniers mois, Line Beauchamp, ministre de l’Éducation, a été alertée à plusieurs reprises sur la situation. Les associations étaient dans l’attente d’un nouveau plan et le gouvernement a finalement décidé de prolonger celui lancé en 2008 jusqu’en 2015, en le finançant à hauteur de 18 millions de dollars.

« Si j’ai un conseil à donner, c’est de donner l’argent directement aux écoles », déclare, un peu agacé, Jasmin Roy. Selon lui, « beaucoup d’argent avait été débloqué pour le dernier plan. Sauf que ça avait été mal organisé et les établissements scolaires n’en avaient pas vu beaucoup arriver dans leurs caisses ».

L’animateur est aussi très critique envers l’attitude des parents. Beaucoup ne comprendraient pas encore les problèmes que rencontrent les jeunes à l’école. Plus grave, « ils les poussent à se battre dans la cour. Vous imaginez bien que ça n’aide pas du tout le personnel enseignant qui essaie de baliser le terrain. »

« Oui, il y a du mieux »

L’argumentation de ces adultes devrait être ainsi dénoncée : « Ça me rappelle un peu la violence faite aux femmes dans les années 50 et 60. On nous dit « « De mon temps, on faisait ça ». Sauf qu’aujourd’hui, les conséquences, c’est la mort de jeunes. Les violences qu’ils doivent affronter n’ont jamais été aussi dures. Il faut changer tout ça. »

L’intéressé admet tout de même que les choses vont désormais dans le bon sens, notamment dans la lutte contre l’homophobie à l’école. « Avec mon exemple, on voit qu’un homme ouvertement gai rentre dans une établissement sans problème, pour rencontrer des jeunes. On peut expliquer que lorsqu’on parle d’homophobie, ce n’est pas seulement les problèmes des homosexuels. Donc oui, il y a du mieux ».

Beaucoup reste néanmoins à faire. Période libre remplit sa fonction de démystification à la télévision. Mais rien ne remplace les cours d’éducation sexuelle, toujours absents des programmes scolaires : « Il est plus que temps de faire quelque chose à ce sujet. Quand on rencontre les jeunes, c’est incroyable les questions qu’il pose. Ils ignorent que le sexe est aussi lié à l’émotion, au ressenti ».

Période Libre
La santé malade des jeunes
Le 19 février, à 18h sur VOX
Rediffusion le 21 février à 23h et le 25 février à 22h
voxtv.ca

Crédit photo : document remis.