Pédophilie : la Congrégation de Sainte-Croix versera 18 M$ aux victimes

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France Bédard, présidente de l’Association des victimes de prêtres, évoque une « entente historique ». Alain Arsenault, avocat des plaignants, la rejoint, parlant du « montant le plus important pour un recours en agression sexuelle au Québec et nous croyons aussi, au Canada ». Selon lui, ses clients n’auraient pas pu avoir davantage si les poursuites judiciaires avaient continué.

En guise de dédommagement pour les immenses préjudices subis, la Congrégation de Sainte-Croix a ainsi accepté de verser 18 millions de dollars aux dizaines victimes de pédophilie (« quelque 85 », indique Le Devoir) qui la poursuivaient en justice. Si l’institution religieuse échappe à un procès qui aurait à coup sûr brisé son image et sa réputation (déjà largement mises à mal), les plaignants n’auront pas, pour leur part, à ressasser un passé très douloureux. Robert Cornelier, à l’origine de la plainte, parle dans la presse québécoise de « la fin d’un long voyage ».

L’entente comprend le versement d’indemnisations allant de 10.000 à 250.000 dollars par personne. Deux grilles doivent permettre de déterminer la somme selon le type de sévices sexuels perpétrés et le préjudice subi par les victimes. Les parents des enfants abusés recevront également de l’argent.

Une lutte de trois ans

Les faits concernent plusieurs établissements du Québec : le collège Notre-Dame à Montréal (en photo), le collège Saint-Césaire en Montérégie ou encore l’école Notre-Dame dans le Bas-Saint-Laurent. Les violences auraient commencé dès le début des années 1950. Les dernières ont été répertoriées en 2001.

L’affaire a été révélée au grand public en 2008. Alors qu’elle faisait un reportage sur l’institution religieuse, la journaliste de The Gazette Sue Montgomery avait découvert des lettres de René Cornelier, ancien pensionnaire du Collège Notre-Dame, décédé en 1994. Celui-ci dénonçait à la direction les abus sexuels dont il avait été victime de la part de religieux. Robert, frère de la défunte victime, s’était alors emparé de l’affaire, allant jusqu’à entreprendre un recours collectif.

Longtemps, la Congrégation de Sainte-Croix a refusé de reconnaître les faits, s’emmurant dans un silence qui a révolté les plaignants dont le nombre a augmenté à mesure que l’affaire avançait. « Si on ne s’était pas mobilisés comme on l’a fait, si on n’avait pas eu une complicité réelle des médias qui ont décidé de prendre notre cause [en considération] et de la diffuser, je suis convaincu qu’on n’en serait pas là », a indiqué Sébastien Richard, l’une des victimes, à Radio-Canada.

Une bourse René Cornelier créée

À l’annonce de l’accord, le père de René Cornelier n’a pu cacher son émotion et sa colère, mettant notamment en doute les « excuses » de l’institution qui « tiennent en moins de dix lignes dans les documents judiciaires », affirme Le Devoir. « Ça peut ressembler à des excuses, mais ils le font pour des raisons financières. La sincérité n’est pas là », a expliqué René Cornelier père.

Outre les 18 millions de dollars, une bourse René Cornelier devrait être créée, d’une valeur de 100.000 dollars. La Congrégation s’est engagée à y contribuer, à hauteur 5.000 dollars chaque année, pendant 20 ans.

Crédits photo: Googlemaps.