Pédophilie – Congrégation de Sainte-Croix : « Il n’y a pas de repentir »

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Êtremag. Comment considérez-vous l’accord intervenu entre les plaignants (quelque 85 personnes poursuivaient l’institution) et la Congrégation ?

Robert Cornellier. C’est un mélange de sentiments. Je suis bien sûr content que ce soit fini et qu’on puisse désormais passer à autre chose. Les victimes n’auront pas à revivre le traumatisme dû à un contre-interrogatoire qui aurait été éprouvant. C’est également une très bonne entente à beaucoup d’égards puisque c’est la première fois que les détails d’un accord sont rendus publics. Ça fait partie des choses que nous réclamions. L’affaire pourra servir de référence pour les futurs scandales du même genre. C’est aussi la première fois qu’une congrégation religieuse accepte de donner des excuses (il n’y en a pas eu, par exemple, dans l’affaire des orphelins de Duplessis ou concernant les pensionnats des autochtones). Dans notre cas, elles ont donc été formulées… même si c’est du bout des lèvres.

Êtremag. Comme votre père, qui a participé aux négociations, vous regrettez donc l’attitude de la Congrégation ?

R.C. Il y a cette déclaration de Jean-Pierre Aumont [le supérieur de la Province canadienne de la Congrégation de Sainte-Croix] : « Nous sommes des hommes et donc faillibles ». Je rappelle d’abord qu’il ne s’agit pas juste d’un ou de deux individus. D’autre part, dans notre société, les gens qui commettent de tels actes sont normalement poursuivis au criminel. À l’étranger (en France, par exemple), on des congrégations ont expulsé ceux qui avaient perpétrés des agressions. Je voudrais qu’il y ait la même chose ici. Au lieu de cela, la Congrégation de Sainte-Croix a préféré ne pas dénoncer ce qui s’est passé ni prendre des mesures adaptées, ne faisant que transférer les membres les agresseurs d’un établissement à un autre. De par les témoignages que j’ai recueillis, j’ai aujourd’hui acquis la certitude que beaucoup de gens dans la Congrégation savaient ce qui se passait. Personne n’en a parlé. Ils ont fermé les yeux. C’est cette couverture qui est inacceptable. C’est pourquoi mon père a dit que, malgré les « excuses », il n’y avait pas de repentir.

Êtremag. Pourquoi la Congrégation, après avoir contesté votre plainte, a accepté de verser une telle somme ?

R.C. Parce qu’ils n’avaient plus le choix, les évidences étaient trop grandes. Il y a eu le jugement de la Cour suprême sur la question de la prescription, affirmant qu’on ne peut pas rejeter d’emblée une cause de cette ampleur pour de telles raisons, alors que la Congrégation comptait beaucoup sur cela pour échapper aux poursuites. Puis il y a eu aussi le rôle des médias. Notre histoire a bénéficié d’un suivi important. Parfois, au bout de deux-trois jours, on ne parle plus de ce genre d’affaire. Là, ça s’est étalé sur plusieurs semaines. Enfin, il y a eu cette lettre de l’avocat de la Congrégation, Émile Perrin, apparue sur Internet et où il mentionnait les agressions et des noms de religieux. Bref, l’institution n’avait plus aucune chance. Tout jouait contre eux.

Êtremag. Alors que l’affaire se termine au civil, avez-vous envie de vous engager, à plus long terme, pour les victimes de pédophilie ?

R.C. Le temps me manque aujourd’hui, même si je ne refuserai pas d’aider. De toute manière, il y a encore des plaintes qui ont été déposées contre des religieux de la Congrégation au criminel. On attend que la police fasse son travail d’investigation. Dans le cas des plaintes liées à ce qui s’est passé au Collège Notre-Dame de Montréal [l’un des établissements concernés par cette affaire], je trouve qu’elle ne fait pas grand chose. Je ne comprends pas pourquoi.

Crédits photo: César Ochoa.