Paragraphe 175 : une expo pas gaie du tout

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Exposition Baie-Saint-Paul Paragraphe 175 nazis homosexuels

Louis Cummins désirait avant tout exposer un état d’esprit aux spectateurs, l’amener à vivre une situation que devait vivre les homosexuels de l’époque. Délaissant l’appréhension rationnelle de l’exposition « type », l’homme de 60 ans a préféré une expérience émotionnelle unique qui permettrait de toucher tant au désir qu’à la répression, créant ensuite une angoisse. « Les mots parlent à l’esprit et à la raison alors que l’art s’adresse aux sens… aux yeux, à l’ouïe, aux odeurs », philosophe Louis Cummins.

Son installation se construit de manière à ce que le visiteur se voie confronté à une réalité bien différente de celle d’aujourd’hui. « L’œuvre a évolué. Le contexte s’est imposé de lui-même, alors qu’on a récemment pris connaissance de ce fameux paragraphe érigé par les nazis, le paragraphe 175 qui dictait la déportation des homosexuels dans les camps de concentration. Même si depuis toujours une dimension d’étrangeté inquiétante régnait concernant ce groupe d’individus, on ne peut nier le moment très important, même charnière, qu’a constitué cette pensée massive et magistralement orchestrée (même s’il ne faut pas l’aduler) », dit encore Louis Cummins.

Le malaise naît peu à peu

L’installation débute avec l’ouverture d’esprit des années 1920 qu’on retrouvait à Berlin, ville « invitante aux cabarets, aux pratiques nouvelles, aux libertés individuelles et centre d’émancipation du monde ». Séduit, le visiteur est invité à entrer dans cette atmosphère.

Il est ensuite projeté dans cet univers qui se dévoile peu à peu, au fil des déplacements. Plus il avance dans l’exposition, plus il est confronté à un cauchemar mis en scène par des objets non pas historiques, mais significatifs, ainsi que par une ambiance sonore qui contribue à porter le sens directement au cœur et à l’esprit.

Baie-Saint-Paul : l'exposition Paragraphe 175

« L’exposition tend à nous rappeler que ce règne de latitude et de droits est constamment à renégocier, que nos libertés n’ont jamais été et ne sont toujours pas permanentes », constate Louis Cummins. Ce dernier réussit son « pari », en faisant naître par son installation le malaise, et l’envie de fuir.

« Aujourd’hui encore, le retour à un fondamentalisme religieux, le tournant vers la droite des sociétés et de leurs gouvernements ainsi que le réveil des religions quelles qu’elles soient apparaissent inquiétant », rappelle-t-il. À cet effet, voir une installation de la sorte naître et vivre dans un milieu régional fournit un exemple surprenant et agréable d’ouverture. Le Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul n’a pas hésité à mettre en branle cet audacieux projet qui se marie bien à l’esprit avant-gardiste qu’on tente de valoriser. À l’aube de la 30e édition du Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, on opte également pour une direction qui prône la nouveauté, l’accès à l’égalité et à la tolérance.

Faire voyager l’exposition

Première exposition majeure de l’artiste, Paragraphe 175 ne devrait pas être la dernière du genre. L’intéressé nous confie réfléchir à une installation semblable évoquant l’état second vécu par les gens atteints de troubles mentaux, de psychose, voire de folie. En attendant, il espère que ses demandes pour faire voyager Paragraphe 175 porteront leurs fruits.

Pour Louis Cummins, « l’art est un support important dans son rapport à la démocratie. C’est une forme d’engagement social qui permet de favoriser les discussions autour d’une problématique sans créer d’anarchie quelconque. »

Enfin, si elle a été refusée ou ignorée dans quelques centres ou musées (dont la Maison de la Culture à Montréal), espérons que les dirigeants de ces lieux reverront leurs préoccupations, avec comme objectif de souligner le travail réfléchi de ces artisans.

Crédit photo : documents remis.