Pakistan : solidarité gaie contre impérialisme américain

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Juste après le 11 septembre, la doctrine Bush a consisté à se servir de l’oppression exercée par les talibans contre les femmes, en Afghanistan, pour mener une opération militaire. Cette logique est aujourd’hui étendue aux GLBT au Pakistan, en Iran et dans les territoires palestiniens.

Ce sont donc les Américains qui vont introduire le concept de fierté gaie au Pakistan. Cette initiative colle parfaitement à la mentalité de « sauveurs » qu’on retrouve chez les Occidentaux envers les gais de l’Orient (entre autres). Les États-Unis se donnent le droit de se rendre dans un pays souverain et d’y lancer ce type d’événements. Résultat : ce ne seront pas les homosexuels pakistanais qui auront l’occasion, s’ils le souhaitent, d’organiser leur première fête de la Fierté, à leur façon et dans leur propre langue.

Obstacles colossaux

Dans les villes du pays, une tempête a découlé de cette initiative américaine. Comme l’explique Hadi Hussain, militant GLBT joint par courriel, « des fanatiques religieux et des associations d’étudiants ont manifesté dans les rues […] pour protester à la fois contre les homosexuels et contre les Américains […]. Tout cela a non seulement fait du tort aux organismes qui luttent pour les droits des GLBT, dans la clandestinité, mais ça les a même encore plus marginalisés ».

Bref, les Américains ont donné du grain à moudre aux conservateurs pakistanais. Ceux-ci en profitent pour faire un amalgame entre l’impérialisme américain et l’homosexualité. La vie des militants luttant sur place se trouve encore plus menacée qu’avant.

Outre la présence des Américains, que beaucoup de gens trouvent gênante, ces militants doivent également affronter des obstacles colossaux dans leur combat pour créer un mouvement de libération sexuelle. Ces obstacles vont d’un système judiciaire inefficace à la théocratie, sans oublier différentes catastrophes naturelles qui ont frappé dernièrement le pays. Pourtant, en dépit de ces entraves, les militants ont réussi à s’organiser, à écrire, à créer et à apporter un soutien individuel à leurs camarades homosexuels.

La religion est partout

Fondé en 2008, Chay Magazine est une ressource en ligne (http://chaymagazine.com) qui parle ouvertement de sexe et de sexualité. Selon Kyla Pasha, l’un de ses créateurs, il y a d’abord eu « l’idée qu’il fallait mettre en place un espace physique qui pourrait être un forum, avec de vraies conversations. Celles-ci auraient pu avoir lieu dans un café. On a finalement opté pour Chay, car si on commence à parler de sexe, tant du point de vue du plaisir que de l’aspect politique, les gens ne se sentiront pas assez rassurés pour avoir ces discussions en personne, mais pourront accepter d’écrire là-dessus ».

De son côté, l’Organisation pour la protection et l’extension de la sexualité des minorités (connue plus simplement comme O) a été créée en 2009 à Lahore, capitale de la province du Penjab et deuxième ville du pays. Les militants de l’organisme cherchaient alors à diffuser de l’information sur les homosexuels pour améliorer la santé et le mieux-être des minorités sexuelles.

« Nous avons commencé par traduire des termes et des concepts concernant les gais, les lesbiennes, les bisexuels, les transsexuels, les queers et les intersexués puisqu’aucun mot n’existe dans la langue ourdoue, hormis ceux qui ont une connotation négative, explique Hadi, l’un des membres de O. Puis, nous avons contacté quelques spécialistes musulmans libéraux et amorcé des discussions avec eux concernant les questions homosexuelles. »

Créer leur propre avenir

« Au Pakistan, quel que soit le sujet sur lequel vous travaillez, vous ne pouvez pas échapper à la religion, ajoute-t-il. D’une manière ou d’une autre, elle sera là et créera des problèmes. Le contrôle de la natalité, les droits des femmes, la violence domestique, le vaccin contre la polio ou les questions GLBT : elle est partout. Beaucoup d’homosexuels vivent en se détestant parce qu’ils sont gais et musulmans à la fois. Ils se retrouvent incapables de concilier les deux. Ils finissent par opter pour un des deux. »

On reconnaît rarement toute la diversité que le Pakistan représente, sur les plans historique, linguistique, culturel et géographique. Sans penser à la manière dont ses habitants vivent au quotidien, les gouvernements et les médias occidentaux créent un discours qui décrit le pays comme un foyer de terroristes, d’agitateurs, d’insurgés, d’islamistes et autres termes à la mode pour désigner des arriérés et de mauvaises personnes. Espérons que les Pakistanais auront un jour la chance de présenter leur propre vision de l’avenir, dans leurs mots à eux.

Crédits photo : bm1632.