North Sea Texas, perle du Festival des films du monde

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North Sea Texas Montréal

Bavo Defurne n’est pour l’instant connu que par une poignée de cinéphiles. Son court-métrage Feu de camp avait déjà marqué les esprits. North Sea Texas devrait à coup sûr lui faire franchir une nouvelle dimension. Il s’agit de l’un des plus beaux longs-métrages à thématique LGBT depuis le début des années 2000.

Êtremag. Diriez-vous que vous avez réalisé un film heureux ?

Bavo Defurne. (Longue réflexion.) Disons que ce n’est pas un film malheureux. Bien sûr, il ne s’agit pas d’une comédie, mais c’est quand même un film positif, qui ne tombe pas dans le n’importe quoi. Je voulais montrer une jeunesse qui n’est pas ratée. Beaucoup de films gais finissent par la mort et le suicide. Je ne voulais pas encore en rajouter. Oui, il peut avoir de graves conséquences quand un jeune découvre son homosexualité. Mais fallait-il encore le montrer cette fois ?

Lorsque j’ai lu le livre [le film est tiré du roman This Will Never End d’André Solis], j’ai trouvé que c’était un bon bouquin, un livre heureux, le genre d’oeuvre que j’aurais aimé lire quand j’étais adolescent. Je ne sais pas si c’est si bon que ça de montrer Brokeback Mountain à un garçon de 16 ans. Ça ne montre qu’une vie ratée.

Êtremag. Une des aspects frappants du film est la manière dont est montrée l’homophobie. Elle n’est visible chez aucune des personnes qui entourent les jeunes. Il y a seulement l’homophobie intériorisée d’un des deux héros…

B.D. Oui, c’est vrai. L’idée était de faire une œuvre où on ne parle pas des homophobes. Donc il n’y a pas de père, de curé ou de professeur. Je ne voulais pas parler d’eux, on leur donne déjà bien trop d’attention. Ce n’est pas un film sur les emmerdeurs. Il s’agit d’un film sur les sentiments intérieurs, sur des choses intimes, sur l’amour entre les gens.

Quand il y a des conflits, c’est seulement entre les amoureux. On n’est pas dans un schéma « amoureux contre le monde » mais dans celui « amoureux contre amoureux » ou « amoureux contre lui-même ».

Bavo Defurne, lors de son passage à Montréal (Crédits: Bérenger Zyla)

Êtremag. En parlant de North Sea Texas dans la presse, vous avez dit vouloir aller plus loin que dans vos courts-métrages. En quoi ce film est-il différent ?

B.D. Tous mes courts-métrages traitent de l’identité, de quelqu’un qui se découvre différent, dans une groupe de sport ou pour Feu de camp, chez les scouts. Ce film a été montré dans les écoles ou des festivals. Les spectateurs me posaient alors souvent la question : « Qu’est-ce qui se passe ensuite ? ». Je leur répondais que je ne savais pas. Pour moi, le film était fini.

Avec North Sea Texas, il n’y a d’histoire de rejet d’un groupe. Tout se concentre sur l’histoire d’amour. L’adolescent a déjà découvert son identité. Il est amoureux du garçon qui vit à côté de chez lui. C’est là que le film commence. Là où les autres ont fini. Les scènes sexuelles sont présentes dès le début. Peu de films ont abordé la question ainsi.

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Êtremag. Autre chose peu habituelle pour ce type d’histoire : alors que Pim est délaissé par sa mère et l’autre garçon, tout cela dans un village où l’ennui règne, on pourrait s’attendre à ce qu’il veuille partir à tout prix. Au lieu de cela, il est l’un des rares à choisir de rester…

B.D. Ah oui, vous avez raison, c’est intéressant (rires). Dès son plus jeune âge, il est dans ce village ennuyeux et il « part » en s’inventant une vie beaucoup plus belle, en rêvant. Puis lorsqu’il a trouvé Gino, Pim n’a plus besoin de partir. Ensuite quand Gino quitte le village, il n’ose pas : il y a cette scène où on le voit pédaler à toute vitesse sur son vélo, puis s’arrêter, regarder au loin les lumières de la grande ville et finalement renoncer.

Peut-être que c’est la peur qui le bloque. Mais je crois aussi que Pim est plus mûr que tous les autres personnages. Il sait que partir ne résoudra rien à ce moment-là. Il voit sa mère agir comme une adolescente, il est du coup assez sage pour comprendre qu’il faut attendre.

Êtremag. North Sea Texas est l’objet d’un très bon bouche à oreille. Le film a pourtant été très difficile à réaliser au niveau financier…

B.D. En Belgique, nous avons une société ouverte pour les gais et les lesbiennes. Je vis dans un monde où les hommes peuvent se marier avec d’autres hommes, les femmes avec d’autres femmes. Mais quand il s’agit de financer un film de ce genre, c’est une toute autre histoire. Personne ne vous dira en face « on ne va pas financer un film gai ». Il y a des lois qui nous protègent.

Du coup, la chaîne de télévision familiale nous a dit « ce n’est pas un film pour la famille ». Pourtant, il y a plein de familles dans le film ! (Rires). La chaîne d’un producteur de bière, qui dit oui à tous les propositions cinématographique, nous a expliqué qu’elle représentait un public « qui n’était pas fait pour le film ». Il faudra me trouver un film où ne boit pas de la bière (rires).

Malgré tout, nous avons reçu des subventions de la Frandre, ou encore de la télévision nationale belge. Cette dernière veut vraiment soutenir la diversité. Je n’ai donc pas à me plaindre. À la fin, il manquait pourtant de l’argent. Plutôt que d’attendre encore un hypothétique don, le producteur a dit « on y va ». On a fait le film en une vingtaine de jours. C’était dur mais les acteurs ont été formidables, très professionnels, ce qui reste rare pour des jeunes de leur âge, surtout qu’ils n’avaient aucune expérience auparavant.

North Sea Texas
De Bavo Defurne
Avec Jelle Florizoone, Mathias Vergels, Ben Van den Heuvel, Eva Vander Gucht et Ella-June Henrard.

Projeté au Festival des films du monde:
– Le samedi 20 août à 21h30 au Quartier latin (sous-titres en français)

– Le dimanche 21 août à 12h00 au Quartier latin (sous-titres en anglais)
– Le lundi 22 août à 16h40 au Quartier latin (sous-titres en français)
– Le mardi 23 août à 14h40 au Quartier latin (sous-titres en anglais)

Crédits photo: Bérenger Zyla (pour Bavo Defurne).

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