Luttes sociales : pour que personne ne nous ignore

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Université frais de scolarité Jean Charest Line Beauchamp

En 1990, responsable-général de la défunte AGEUQAM aux débuts de la lutte contre le dégel des frais de scolarité, j’avais déclaré à André Pratte, alors simple journaliste à La Presse, que j’étais « contre les grévettes ». J’avais conscience qu’il faudrait plus qu’une grève de deux ou trois semaines, affectant quelques dizaines de milliers d’étudiants et d’étudiantes et où s’impliqueraient quelques centaines de piqueteurs tout au plus, pour défaire le gouvernement libéral des Bourassa et Ryan. Un gouvernement qui avait décidé de faire reculer le Québec sur cette avancée importante de la Révolution tranquille, lâchement, sans en avoir parlé en campagne électorale et en tout début de mandat.

Un des acquis importants de notre mouvement aura été de développer une grève active avec des actions de protestation quotidiennes. C’est une stratégie élémentaire pour être entendus quand on n’a que la jeunesse et le nombre pour nous, qu’on ne nous reçoit pas dans les officines du lobbying gouvernemental et qu’on fait face à tout l’arsenal des attitudes paternalistes et patriarcales, du mépris à la violence brutale en passant par tout le poids de la loi. Cette stratégie, le mouvement étudiant actuel la déploie avec brio, créativité et courage.

Premier ministre déconnecté

Ce faisant, il a réussi à tenir le coup malgré le refus exceptionnel et obstiné du gouvernement de négocier et le mépris des très nombreux commentateurs qui l’assimile à une crise d’enfants-roi. Ce mouvement  inspire ainsi toute une société à remettre en cause la fatalité néolibérale et impose un débat sur le sens même de l’éducation. Il nous donne à tous chaque jour la leçon du courage de défendre nos convictions.

Si ce n’était qu’une grève contre une augmentation de 325$/année, si ce n’était des convictions profondes qui la portent, voilà bien longtemps que cette grève serait terminée. Ce n’est pas un hasard si, un mois jour pour jour après la grande manifestation étudiante du 22 mars, une foule encore plus grande de centaines de milliers de personnes, visiblement solidaire du mouvement étudiant, s’est levée le 22 avril, Jour de la Terre, contre toutes les politiques à courte vue qui détruisent notre environnement. Ce mouvement étudiant nous inspire à nous battre pour ce que nous croyons juste, à ne pas accepter les orientations actuelles définies par une élite qui se croit toute-puissante.

Il faut que le premier ministre soit singulièrement déconnecté du peuple québécois, trop habitué à fréquenter les réunions de la Chambre de commerce et le Domaine Sagard des Desmarais, pour se moquer et tourner au ridicule cette lutte étudiante. Au moment même où des affrontements se déroulaient autour du Palais des Congrès, en marge du Salon du Plan Nord, le 20 avril, Jean Charest osait suggérer d’envoyer travailler dans le Nord (comme dans un goulag) ceux et celles qui s’opposent à ses plans.

Nous avons à apprendre du mouvement étudiant

En quelques mots, appuyés par les rires gras des convives et de plusieurs représentants des médias sur place, il a confirmé qu’il n’est pas le premier ministre de tous les Québécois mais, d’abord et avant tout, le premier ministre des « p’tits amis ». Quelques jours après un premier coup de filet de l’UPAC, impliquant des gens proches du Parti libéral au pouvoir, le moment ne pouvait être plus mal choisi pour ces blagues méprisantes ‘entre amis’. Sans parler du reportage choc de l’émission Enquête, mettant au jour les nouvelles stratégies de graissage de pattes qui s’élaborent autour du Plan Nord,  cette immense assiette au beurre pour toutes les firmes d’ingénieur et les entreprises en construction.

J’étais profondément dégoûté par ce que je venais d’entendre et par les scènes révoltantes des dernières semaines où nos universités et cégeps se transforment en camps retranchés pour donner suite aux injonctions, la nouvelle arme suggérée par les hérauts du gouvernement pour tenter de briser le mouvement de grève. Je me suis demandé comment nous pourrions, dans la communauté GLBT, recevoir et honorer des ministres de ce gouvernement à l’occasion de la journée contre l’homophobie sans s’en faire les complices. Comme mouvement qui a eu lui aussi plus souvent qu’à son tour à affronter les tribunaux et la répression policière, comment pourrions-nous nous fermer les yeux ? Crions plus fort!

Je me suis dit que nous avions à apprendre du mouvement étudiant. Qu’il ne faut pas laisser passer comme une fatalité les coupures des conservateurs et applaudir bruyamment quand le gouvernement québécois ne nous donne que des miettes avec son plan de lutte, reconnaissant lui-même qu’il n’accédait qu’à 20 % des besoins minimaux exprimés. Depuis des années, j’entends nos représentants dire qu’il faut se fier au démarchage, que le mouvement GLBT est une armée sans troupe, parmi d’autres excuses pour ne pas se mobiliser.

Et pourtant ! Quand je vais dans les manifs ou sur les réseaux sociaux, je vois que notre communauté ne manque pas de voix militantes. Il lui manque probablement une organisation et des porte-parole qui n’ont pas peur de « crier plus fort », qui ne se contentent plus de cette situation, où on délie seulement les cordons de la bourse en fin de mandat, espérant ainsi acheter nos votes pour perpétuer un système de corruption où nous sommes condamnés à la portion congrue, où « on nous ignore » le plus souvent.

Crédit photo : document remis.