Liste d’hommes politiques gais: la justice italienne s’empare de l’affaire

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Plusieurs autres noms d’hommes politiques pourraient être publiés dans les prochains jours, mais aussi ceux d’ecclésiastiques haut placés, de stars du spectacle ou de la télévision. Bref, on a pas fini d’entendre parler de cette fameuse liste, d’autant qu’une enquête vient d’être ouverte par le parquet de Rome. Selon les dernières informations, la divulgation des noms des hommes politiques aurait été faite depuis la Californie, rendant du coup bien difficile le travail de la justice et de la police.

Cette initiative avait été annoncée le 15 septembre. Elle a été mise en application le 23 : dix hommes politiques italiens – dont beaucoup de proches du Président du Conseil Silvio Berlusconi – ont été « outés » sur un site Internet italien. Derrière celui-ci, certains voient Aurelio Mancuso, ancien président d’Arcigay, un des principaux groupes LGBT en Italie, comme l’inspiration de cette action : « Nous démasquerons ces homosexuels invisibles, ces hommes politiques, prêtres, hommes et femmes de pouvoir qui, pour se cacher, s’acharnent publiquement contre les libertés et les droits des personnes homosexuelles », avait-il affirmé en juillet dernier.

Aurelio Mancuso a pourtant pris des distances avec le site Internet tout en défendant l’esprit de la liste, expliquant qu’«il s’agit du fruit de l’indignation de qui subit quotidiennement des violences et des insultes ».

« Cette initiative est née pour ramener un peu de justice dans un pays où il y a des personnes qui n’ont aucun moyen de se défendre contre les insultes et les attaques quotidiennes de la part d’une classe politique hypocrite » affirme comme en écho le site. « Pour le moment, nous nous limitons à publier les noms de ceux qui appartiennent à des partis ayant voté contre la loi sur l’homophobie », était-il alors précisé.

Cité dans cette liste, le président de la région de Lombardie, Roberto Formigoni, membre du Peuple de la Liberté, le parti de Silvio Berlusconi, a dénoncé des « fantasmes délirants de personnes inqualifiables ».

La ministre de l’Égalité des chances Mara Carfagna, a déploré un « canular cynique et violent », « une diffamation gratuite qui n’aide certainement pas la cause de la lutte contre l’homophobie » ; la ministre avait soutenu un projet de loi contre l’homophobie rejeté en chambre.

La communauté gaie italienne partagée

Arcigay a également critiqué cette initiative. Son actuel président, Paolo Patanè, a dénoncé un « ramassis misérable de commérages sans fondement précis » pour une liste qui ne contient « aucune preuve, aucune démonstration de leur homophobie, aucun dossier, aucune source vérifiable ou vérifiée ».

La parlementaire démocrate et ouvertement lesbienne Paola Concia est plus nuancée : tout en soulignant que l’outing est « un remède extrême, qui naît d’un état de fait, celui des homosexuels italiens, des citoyens sans droits », elle a concédé qu’elle-même « ne ferai[t] jamais un tel geste. Ce n’est pas dans [s]a culture politique ».

En Italie, les couples homosexuels ne sont pas reconnus. Les agressions contre les gais se multiplient, y compris dans le quartier gai de Rome. Par ailleurs, l’an dernier, le président du Conseil, Silvio Berlusconi, empêtré dans des scandales sexuels, avait lancé: « mieux vaut avoir la passion des belles femmes qu’être gai ».