L’homophobie dans le milieu scolaire au Québec

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Si les droits de la communauté LGBT ont avancé au Québec depuis plus de dix ans, le milieu scolaire demeure incapable de s’organiser efficacement pour lutter contre l’homophobie.

 La journaliste Isabelle Maher, du Journal de Montréal, soulève intelligemment le problème dans deux de ces articles. Une étude révèle que de nombreux enseignants éprouvent encore de  la difficulté à parler de diversité sexuelle et d’homophobie alors que les homosexuels ont le droit de se marier et d’adopter des enfants depuis 2004.

Élyse Bourbeau, professeure de mathématique au secondaire et ouvertement homosexuelle, s’est jointe au comité LGB (lesbiennes, gaies et bisexuelles) qui a été formé au syndicat de l’Alliance des professeurs et professeures de Montréal.

«Tous mes élèves savent que je suis mariée à une femme. Ça ne m’a jamais causé d’ennuis. Je leur dis que je suis ouverte à répondre à leurs questions», explique la jeune femme de 31 ans. Elle souhaite que soit créé un réseau d’entraide pour que les professeurs soient moins démunis, ne serait-ce que devant le vocabulaire homophobe.

«On s’est rapidement rendu compte qu’il n’y avait pas que du travail à faire avec les élèves mais aussi les enseignants. Certains sont carrément homophobes, c’est une minorité, mais ça existe», observe-t-elle.

«Une enseignante a déjà dit à ses élèves que l’homosexualité était un choix. D’autres sont conscientisés mais ne savent pas comment intervenir, certains ont peur de la réaction des élèves», ajoute-t-elle.

Un enseignant, pourtant bien intentionné, a déclaré devant un groupe d’adolescents du secondaire «Il se peut que vous ayez des pensées homosexuelles. Ne vous inquiétez pas, ça va passer!»
Ceci illustre à quel point certains d’entre eux peuvent se sentir complètement démunis lorsque vient le temps de parler d’homosexualité à leurs élèves.

Cette anecdote nous est rapportée par Gabrielle Richard, une étudiante de l’Université de Montréal qui a consacré sa thèse de doctorat aux pratiques professionnelles de 243 enseignants en lien avec l’homophobie et la diversité sexuelle.

«Les jeunes sont avides d’avoir de l’information sur la sexualité mais leurs profs ne savent pas toujours comment s’y prendre, ils ne sont pas formés pour ça et il y a un vide», explique la doctorante.

Depuis l’abolition du cours d’éducation sexuelle au secondaire en 2005, les enseignants doivent parler de sexualité à travers leurs cours de mathématiques, de français, la géographie, d’histoire…

Selon les recherches de l’étudiante en sociologie, deux enseignants sur trois estiment qu’ils ne possèdent pas la formation pour parler de diversité sexuelle et 88% affirment ne pas avoir les outils pour réagir à de l’homophobie.

«Une enseignante à qui un élève a confié qu’il était gai en a déduit qu’il voulait donc faire son coming out et a cru bon d’organiser une activité en classe pour qu’il puisse s’exprimer», raconte Madame Richard.

Parmi les professeurs interrogés, plus de 75% considèrent que des remarques comme « c’est fif » ou « c’est gai » doivent être perçues comme de l’homophobie alors que 8% ont déclaré ne pas intervenir lorsqu’ils sont témoins de ce genre de propos.

«Certains profs ne sont pas forcément homophobes, mais hétérosexistes. Ils sont convaincus qu’ils assistent bien leurs élèves en leur disant que les hétérosexuels sont plus normaux», décrit-elle.

Pour 95% des enseignants interrogés, ce qui les incite à parler de diversité sexuelle, c’est le désir de contribuer au changement des attitudes à l’égard des homosexuels ou dans 82% des cas, la présence d’un élève ouvertement gai. Pour 89% d’entre eux, l’école est le lieu approprié pour aborder ce sujet.

Un professeur d’éducation physique témoin de la remarque homophobe d’un élève envers «les tapettes» a saisi la balle au bond.

«Que dirais-tu si je te disais que je suis une tapette? lui a-t-il demandé. C’était risqué, la réaction a été bonne et le prof était convaincu que c’était la bonne chose à faire», relate-t-elle.

À la lumière de ses recherches, l’auteure de l’étude affirme qu’il est urgent d’offrir une formation aux professeurs sur l’homophobie et la diversité sexuelle. De plus, les écoles doivent adopter un message clair, uniforme et cohérent sur ces sujets, conclut-elle.

«Tapette, moumoune, fif…c’est important de savoir quoi faire quand on est témoin de ces mots-là. Ça semble bénin, mais pour un jeune homosexuel qui l’entend, ça peut être dévastateur», témoigne Élyse Bourbeau.

Archives Huffington post.fr

La lutte contre l’homophobie en milieu scolaire est efficace dès le plus jeune âge.

Le personnel de l’École primaire Montainview, établissement anglophone situé à Deux-Montagnes, s’est attaqué à l’homophobie par de multiples activités pour les élèves de la première à la sixième année.

«Les jeunes homosexuels sont plus exposés au suicide que les autres, c’est inacceptable. Il n’y a aucune raison pour que les jeunes souffrent de leur orientation sexuelle», martèle Darleen Miller, directrice de l’école.

La Fondation Jasmin Roy a d’ailleurs remis le prix du Ruban Mauve de lutte contre l’homophobie, à l’école primaire Mountainview Elementary Shool. C’est la quatrième année qu’un tel prix est remis.

«Il est rare que des écoles primaires sensibilisent autant leurs élèves à l’homophobie, on voit ça surtout au secondaire, pourtant il faut s’y prendre tôt», pense Jasmin Roy, président de l’organisme.

«Si on tolère le langage homophobe et s’il n’y a pas de politique pour contrer l’intimation, ça ne marchera pas», tranche Line Chamberland, professeure au Département de sexologie de l’UQAM.

Selon une étude de l’Université de la Colombie-Britannique, une initiative qui fonctionne bien consiste à former des Gay–straight alliances (GSA), des organisations scolaires supervisées par des enseignants où les jeunes se retrouvent.

«Trois ans après l’implantation des GSA on remarque un recul des idées suicidaires. En Ontario, c’est obligatoire. Au Québec, il y en a très peu», constate-t-elle.

À noter, les professeurs face à la diversité sexuelle :

88% estiment que leur formation universitaire ne les a pas suffisamment outillés pour réagir à l’homophobie.

2 sur 3 affirment avoir besoin d’une formation sur la diversité sexuelle.

82% affirment avoir parlé de diversité sexuelle avec leurs élèves.

26% se disent incertains quant à la manière appropriée d’aborder le sujet.

14% estiment que cela fait partie des thématiques qu’ils doivent aborder dans le cours.

SOURCE: PRATIQUES ENSEIGNANTES ET DIVERSITÉ SEXUELLE, GABRIELLE RICHARD