Les Percéides: François Cormier, prophète en son pays

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Le regard, vert et perçant, capte tout de suite l’attention de l’interlocuteur. Une aubaine pour les journalistes et les caméras, alors que François Cormier commence sa tournée médiatique pour parler de son bébé, les Percéides, qui fait retour dans le village gaspésien.

L’événement, devenu désormais un rendez-vous incontournable pour les amateurs de culture dans l’Est du Québec, donne à l’enfant du pays un statut forcément particulier. François Cormier, qui avait quitté sa région natale pour « apprendre son métier » à Montréal, a ensuite voulu revenir sur ses terres pour faire vivre aux habitants du coin des émotions artistiques qu’on pense souvent réservées aux grandes villes. L’idée a été couronnée de succès.

L’organisateur des Percéides concède, bien sûr que, la métropole québécoise reste un passage obligé. Voilà pourquoi il y passe d’ailleurs toujours beaucoup de temps tout au long de l’année. « Le monde du cinéma se trouve à Montréal, qu’il s’agisse des producteurs, des réalisateurs ou encore des festivals. J’ai voulu créer un pont entre les deux », explique-t-il.

Pour un cinéma gaspésien fort

François Cormier a travaillé à temps plein à Montréal pendant environ 15 ans, après des études d’urbanisme à l’Université de Montréal. C’est là qu’il a créé et développé Champ libre, manifestation d’art contemporain aujourd’hui connu internationalement. « Des souvenirs mémorables, où j’ai compris ce que c’était que d’être organisateur », dit-il aujourd’hui.

L’envie d’un retour aux sources s’est malgré tout fait sentir. Si le professionnel Cormier est apparu à Montréal, c’est en Gaspésie que l’enfant, né à New Port, a découvert la force de la culture grâce à « un centre d’arts où on trouvait beaucoup de films et de spectacles d’arts visuels ». L’espace a depuis disparu et on serait tenté de croire que, des décennies plus tard, combler ce manque a pu lui apparaître comme un devoir.

Avec cette initiative, François Cormier fait la part belle à un genre méconnu pour le grand public qui l’assimile parfois à un art obscur : le cinéma d’auteur, qu’il soit québécois ou international. Il met également en avant la création 100% gaspésienne, rêvant doucement à donner l’impulsion nécessaire pour l’éclosion d’une jeune génération de cinéastes du coin qui n’auraient pas besoin de partir pour réussir.

Les premières expériences ont en tout cas été d’incontestables réussites : en 2010, 1.900 spectateurs ont investi les salles en trois jours de temps, pour une population qui compte autour 3.500 personnes. « On a même refusé du monde », affirme l’organisateur.

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Comment faire un festival sans salle de cinéma ?

Les difficultés restent pourtant nombreuses. Elles sont d’abord techniques puisqu’«il n’y a pas de salle de cinéma à Percé. On était donc dès le début face à un défi », rappelle celui qui a du coup parler son expérience d’urbaniste et d’amateur d’architecture pour trouver la parade.

Résultat : les bâtiments patrimoniaux – notamment des anciennes entreprises de pêches devenues des centres d’interprétation – sont utilisés pour les projections. Autre idée : la plage, avec des films en 35 mm montrés sous les étoiles,. « Cela crée une ambiance particulière, magique. Le public adore cela », indique François Cormier.

Ce dernier a du reste utilisé cette trouvaille pour développer La nuit du cinéma à Percé, en plein hiver, où le village ne compte plus que quelques centaines d’habitants. Près de 500 personnes se retrouvent ainsi au bord de la mer pour savourer un spectacle unique.

Les autres types d’obstacles se trouvent bien sûr au niveau des finances. Le secteur public, qui participe à 75% et sans lequel les Percéides n’aurait jamais vu le jour, devrait donner encore davantage en 2012, au niveau fédéral : tout événement de ce type doit en effet attendre d’avoir trois ans d’expérience pour avoir le droit à des subventions réservées aux festivals de cinéma par Ottawa.

La diversité au programme

Le secteur privé « apporte lui de plus en plus », permettant au festival d’avancer. Pour assurer les projections sur les bâtiments anciens, François Cormier a ainsi signé un partenariat avec le Parc national de l’Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé. Malgré ses rentrées financières, l’équipe des Percéides, qui gère un budget d’environ 200.000 dollars, demeure modeste (deux personnes à plein temps, une dizaine de contractuels lors du festival).

Ses moyens encore minimes n’empêchent pas l’organisateur d’avoir su tirer son épingle du jeu et ainsi attirer des artistes et des œuvres qui comptent. L’an dernier, la diffusion du film de Xavier Dolan Les Amours imaginaires a remporté un immense succès auprès du public. « Sans nous, il n’aurait pu être présenté en Gaspésie », insiste fièrement François Cormier.

Avec l’œuvre du jeune cinéaste gai, c’est aussi la diversité sexuelle qui est mise en avant dans les Percéides. Avant Les Amours imaginaires, un autre documentaire, Entre nous, abordant l’homophobie chez les jeunes, avait été sélectionné et projeté en 2010. Pour François Cormier, il n’y a rien de plus normal que de parler de l’homosexualité lors de cet événement : « C’est un festival ouvert sur le monde et donc ouvert à toutes les questions sociales et identitaires », souligne-t-il.

C’est avec ce leitmotiv en tête que ce fan de Jean-Luc Godard (« il a tout déconstruit. Il a créé un nouveau langage ») et Claude Jutra (« le plus grand réalisateur québécois. Personne n’a su comme lui montrer notre âme et notre sensibilité ») compte bien continuer sa mission pour faire des Percéides un passage obligé pour le cinéma national. Quitte à faire peut-être quelques jaloux à Montréal. Mais pour la plus grande joie d’un public gaspésien si longtemps délaissé.

Les Percéides
Du 18 au 20 août à Percé
Renseignements : (418) 782-1495
http://www.perceides.ca/

Crédits photo: Yannick Grandmont

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