Dossier (1/5) / Les latinos gais au Québec : la vie devant eux

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Immigration Latinos gais Québec

L’histoire de ce dossier remonte au début du mois de décembre, lors du vernissage de l’exposition consacrée aux 30 ans du magazine RG (l’autre revue gaie francophone du groupe HMX avec Être). Un poète d’origine sud-américaine prend à part un journaliste de l’équipe pour lui soumettre l’idée de faire un article sur les problèmes rencontrés par les latinos gais ayant immigré au Québec et souvent victimes, selon lui, de « discriminations ».

Pourtant, après avoir rencontré différents membres d’associations et d’autres témoins, difficile de parler de racisme ou d’homophobie visant plus particulièrement cette catégorie. Toutes les personnes interrogées se rejoignent seulement pour souligner les « clichés » – chauds au lit, sensuels, sans parler des références à la brown meat – entendus ou lus sur les sites de rencontre depuis qu’ils sont arrivés au Québec.

Néanmoins, des difficultés existent. Certaines concernent tous les latinos, peu importe leur orientation sexuelle. La langue arrive en haut de la liste. Contrairement aux Africains, aux Haïtiens ou aux Indiens, ces immigrés ne parlent souvent ni français ni anglais à leur arrivée. « Du coup, ils sont perdus, d’autant que l’aide ne se trouve pas facilement, explique Hector Gomez, président de l’organisme gai hispanophone Au-delà de l’Arc-en-Ciel (ADA). Même dans la communauté GLBT, les associations qui voient débarquer des latinos parlant seulement espagnol ne savent souvent pas quoi en faire ».

Du voisin au gouvernement

L’ADA a donc été créée en 2006, pour répondre notamment à cette carence. Pour Rodrigo Díaz, intervenant de proximité chez Sida Bénévoles Montréal (ACCM), il est clair que cela reflète certains « manques du système québécois ». Pour autant, « il est facile de dire ça et de ne rien faire. Nous pouvons nous-mêmes agir pour changer les choses ».

Ce désir de militantisme des latinos se retrouve d’ailleurs dans un certain nombre d’associations GLBT montréalaises où ils sont très présents. « Ça démontre une véritable envie de s’intégrer dans la société, indique Roberto Ortiz, employé chez RÉZO depuis 2009. Il y a chez eux la volonté de profiter de la liberté qui leur est offerte. Voilà aussi pourquoi ceux qui vivent à Montréal sont nombreux à fréquenter le Village. À l’inverse de ce qu’on peut constater chez les gais noirs ou arabes, beaucoup de latinos n’ont pas immigré avec leur famille. Ils peuvent donc plus facilement participer à des actions et se montrer. Ça leur permet en même temps de rencontrer du monde, de créer des liens ».

Tous s’entendent pour dire que la société québécoise apporte beaucoup à cette catégorie d’immigrés. « Chez nous, si t’as besoin d’aide, tu en trouveras auprès du voisin, des habitants du quartier ou de ta famille. Ici, tu peux en demander au gouvernement », résume Hector Gomez. Si Rodrigo Díaz trouve le Québec « toujours trop conservateur par rapport à [s]es idéaux », il concède, sur le plan personnel, avoir acquis ici une « sécurité qu’on ne peut pas avoir au Mexique », où il est né.

L’éloignement du dogme religieux revient souvent dans les témoignages. « Le Québec a 40 à 50 ans d’avance sur mon pays d’origine, la Colombie », affirme Hector Gomez, pour qui cette terre d’accueil permet aux latinos gais de s’émanciper, eux qui étaient souvent dans le placard par crainte de représailles. Ils peuvent également se débarrasser de leur homophobie intériorisée. En partie seulement, estime cependant Roberto Ortiz : « Il y a, malgré tout, une partie de toi qui reste forcément là-bas, en dépit de la vie que tu mènes ici ».

Une sérophobie bien ancrée

Ces « traces » conservatrices peuvent s’observer dans certains « chocs culturels » décrits par les principaux intéressés. Hector Gomez évoque ainsi les cas fréquents de ces latinos gais stupéfaits « de voir la personne qu’ils fréquentent leur proposer d’être en couple ouvert. Ce n’est pas dans leur culture. Certains disent même qu’ils ne pourront jamais avoir un petit ami québécois ».

Ces différences ont aussi des incidences à l’intérieur même de la « communauté gaie » latino. Jorge Briceno, qui met actuellement en place une campagne pour le port du préservatif, affirme n’avoir « reçu des insultes que de la part d’autres latinos gais ». De son côté, Roberto Ortiz indique que, parfois, ceux qui « fréquentent des saunas ne le diront jamais. Ils auraient trop peur d’être jugés ».

Pour le membre de RÉZO, il y a également beaucoup de sérophobie (« comme chez d’autres catégories d’immigrants »). « Là encore, l’éducation catholique entre en ligne de compte, observe-il. Ils répètent des jugements de valeur. C’est très difficile pour eux de parler du sida. Les latinos gais arrivés depuis moins de trois ans sont d’ailleurs une catégorie particulièrement à risques. Beaucoup de travail de sensibilisation reste à faire. »

Quoi qu’il en soit, à entendre les différents témoignages, la historia de amor entre le Québec et les immigrants GLBT latinos a tout pour continuer. « On nous facilite toujours les choses au niveau des visas parce qu’on a beaucoup de choses à partager avec cette société », déclare Roberto Ortiz. Seuls les nouvelles politiques fédérales y mettent un frein en refusant de plus en plus le statut de réfugié pour discrimination sexuelle à de nombreux demandeurs d’asile.

Jusqu’à dimanche, Être vous propose ce dossier en cinq chapitres. À suivre, dans les prochains jours, quatre témoignages de latinos gais arrivés depuis quelques temps au Québec.

Crédit photo : meddygarnet.

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  5. Adriano

    18 mars 2012 at 6h43

    Unfortunately,this is so true! Volunteering as a young person sets a whole new imnaydc in later years and we miss that if we don’t foster that in our youth. There has to be a shift in our cultural mindset of giving and helping and reaching out, whether it’s to others in our culture, or not. I hope that all of this will plant seeds, not only in the youth, but in adults who are willing to be the example.