Les dix ans du Parking : Greg Thibault a gagné son pari

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Gregg ThibaultLe Greg Thibault que je rencontre dix ans plus tard n’a pas beaucoup changé, mais l’homme a certainement tenu promesse contre vents et marées. En quelques années, le Parking naissant a établi une nouvelle donne dans la vie nocturne du Village.
Le Greg Thibault que je rencontre aujourd’hui est un homme heureux d’avoir remporté son pari. Les dix ans du Parking, c’est la victoire du gars de club qu’il est, de celui qui est resté en contact avec sa clientèle pendant toutes ces années.

Un vide comblé dans le nightlife

Cela tient certainement au fait que le propriétaire du Parking a une connaissance fine et directe du milieu des bars et de la communauté gaie où il évolue depuis 25 ans. Débarquant de son Saguenay natal, il se rappelle son arrivée dans le Village en 1985. «On était en pleine crise du Sida, j’ai assisté à la naissance du Village. Après avoir travaillé un an à la Taverne GMC qui est devenue la Taverne du Village (sur le site du Drugstore actuel), j’ai travaillé 15 ans à la Track où j’ai été gérant», raconte-t-il.
C’est là, alors que le défunt Normand Chamberland bâtit peu à peu ses complexes pharaoniques, qu’il fait ses classes. En 1998, la fermeture définitive du KOX, le premier complexe de bars du Village laisse un vide que Greg Thibault viendra combler en ouvrant le Parking en 2000.
Le nouveau club ouvre ses portes dans l’ancien Playground, un haut-lieu des noctambules des années 1990 qui a vu naître le premier after légal du Village, ainsi que le Bal en Blanc, mais il est davantage dans la tradition de l’ancien KOX et des Katacombes. C’est, jusqu’en 2004, un cruising bar cuir & jeans. D’abord exclusivement pour hommes, il s’ouvre aux femmes en 2002 avec la soirée Overdose du jeudi alors que le club est maintenant sur deux niveaux.

Un grand club gai international

«Le sous-sol est demeuré pour hommes seulement jusqu’en 2004. Depuis cinq ans, toutes les soirées sont mixtes. Quand je dis mixte, entendons-nous; pour les grosses soirées, ça veut dire qu’il peut y avoir 30 filles sur 800 entrées! Maintenant les gars sortent dans des clubs mixtes; on n’a plus besoin de grosses discos juste pour hommes. On n’est plus là, on est ailleurs!», explique Greg Thibault.
En fait, le Parking réussit la jonction entre la tradition du cruising bar et la nouvelle tendance au-début des années 2000 des clubs avec DJs invités et soirées thématiques.
Contrairement au KOX dans les années 1990, le Parking n’a pas été victime de l’ouverture à la mixité : «On a une clientèle mixte qui accepte les gais. Tous savent qu’on est dans un bar gai et il y a un respect de tout le monde.»
Quand les clubs échangistes gagnent en cour et défont la vieille loi les définissant comme des lieux de débauche, la porte est ouverte à un sexclub et Greg Thibault ouvre le Tunnel.
Mais la règlementation est compliquée et l’expérience se termine au moment où en 2009 le nouveau Parking mue dans l’ancien espace occupé jadis par le Groove Society. Arrêt obligé des grands DJs internationaux depuis 2006, le Parking occupe alors 50% supplémentaires d’espace dans un local à la hauteur des grands clubs gais de la planète.

Des lapins dans le chapeau

En 2010, l’ère des clubs où il suffisait d’ouvrir la porte à 22h pour la refermer à 3h le matin est révolue. «Du jeudi au lundi, nous offrons cinq soirées, chacune avec sa thématique et son décor différents chaque soir. Depuis un an et demi, nous travaillons avec les réseaux sociaux qui sont devenus la plus grande compétition aux bars. Certaines personnes peuvent passer des soirées entières sur leur réseau social. Elles ne sortent plus. Beaucoup de bars ferment. Comment peut-on vivre en roulant un jour et demi par semaine? Les bars leur offriront toujours l’avantage  de voir les personnes qu’elles rencontrent et non des photos vieilles de trois ans!» affirme Greg Thibault en riant.
Un de ses nouveaux défis, c’est la dispersion de la clientèle gaie dans la ville : «J’adore le Village; on est chanceux d’avoir ce lieu où sur une quinzaine de rues, on a tous les services, où on n’a pas besoin de se promener en taxi d’un endroit à l’autre. Le Village est moins ghettoïsé, sa clientèle est probablement à 60% hétéro maintenant. Il nous faut aller chercher les nouvelles clientèles ailleurs.»
Mais une chose ne changera pas : la convivialité des lieux et l’accueil de l’équipe. «C’est un travail d’équipe et ça implique autant les bussboys que les gars de ménage. Ici, ce n’est pas un endroit snob. C’est un club très convivial; je veux que les gens se sentent chez eux», réaffirme-t-il avec une conviction profonde. En ce sens, l’entrée qui était le long de la rue Amherst a été remplacée par une entrée donnant directement sur le Parking de l’immeuble.

Gratuit toute la nuit

Greg Thibault a évidemment plusieurs lapins dans son chapeau. Ils nous les réservent pour le printemps. Le renouvellement, c’est le secret des clubs de notre époque: «On a des projets intéressants à la fine pointe de la technologie».
Où se voit-il dans dix ans? Alors qu’il approche tranquillement la cinquantaine, il est temps de tranquillement préparer sa retraite : «Je ne suis plus dans la vingtaine ou la trentaine où je pouvais sortir quatre soirs par semaine et où on a besoin de sortir pour se créer un réseau social. Il y a bien des fins de semaine où je ne serai pas dans les clubs, mais au chalet!», affirme-t-il sans détour en riant.
Greg Thibault pourrait s’asseoir sur ses lauriers. Il a certainement gagné son pari et fait en dix ans de son nouveau club une destination incontournable de la scène gaie montréalaise. Mais plutôt que de se gonfler d’orgueil, il sera fidèle à lui-même et à l’hospitalité proverbiale de la région qui l’a vu naître. Il vous attend donc dans son club pour une fin de semaine qu’il promet mémorable et où l’entrée sera libre pour célébrer les dix ans bien sonnés du Parking, où de nouveau il donnera pour remercier la fidèle clientèle qui a porté son établissement où il est, en tête de liste.

Crédit photo : Steven Tremblay