Les dix ans du mariage gai: encore beaucoup à faire

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Dix ans mariage gay

Il y a forcément un avant et un après 1er avril 2001 dans l’histoire des luttes des gais et lesbiennes du monde entier. Ce jour-là, pour la première fois dans l’histoire du monde, des homos avaient le droit de se marier. La loi avait définitivement adoptée par le Sénat néerlandais en décembre 2000 avant d’entrer en vigueur quatre mois plus tard.

Le premier jour, quatre couples étaient ainsi mariés par le maire d’Amsterdam. « Nous sommes tellement ordinaires […] La seule chose qui va prendre du temps c’est l’appeler mon épouse », disait alors Anne-Marie Thus, qui pouvait enfin s’unir de manière officielle avec sa compagne de longue date Hélène Faasen.

En même temps que le mariage, les Pays-Bas légalisaient également l’adoption (les deux lois ont d’ailleurs, la plupart du temps, été votées en même temps par les pays qui ont choisi d’imiter les Pays-Bas). Cette nation donne alors l’image d’un oasis au milieu d’états hostiles.

L’Ontario avant le Québec

Plusieurs pays ont par la suite emboîté le pas. Parmi eux, le Canada. C’est en fait dès le 14 janvier 2001 que Kevin Bourassa et Joe Varnell d’un côté, Anne et Elaine Vautour de l’autre, se mariaient illégalement à l’église Métropolitain de Toronto. Le prêtre qui célébrait alors ces deux unions portait un gilet pare-balles après avoir été menacé de mort.

Les deux couples lutteront pendant deux ans avant de voir le mariage gai légalisé dans leur province grâce à une décision de la cour d’appel de l’Ontario (10 juin 2003) qui juge discriminatoire le fait de ne permettre qu’aux couples composés d’un homme et d’une femme de s’unir.

La Colombie-Britannique suivra un mois plus tard. Du côté du Québec, il aura fallu attendre le 19 mars 2004 et une autre décision de justice pour autoriser les couples de même sexe à se marier. C’est finalement le 20 juillet 2005 que la nouvelle Loi civile sur le mariage est adoptée par le Parlement d’Ottawa.

Au total, dix pays autorisent aujourd’hui le mariage pour les gais et les lesbiennes. Parmi eux, beaucoup de pays européens (Belgique, Suède, Norvège, Portugal, Islande…), avec parfois de beaux symboles. Ainsi en 2005, la très catholique et conservatrice Espagne vote en faveur du mariage et adoption pour les homos, après la victoire surprise de la gauche quelques mois auparavant.

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L’Amérique du Sud et l’Afrique s’ouvrent (un peu)

Dernièrement, la lutte pour légaliser le mariage gai a franchi une nouvelle étape en célébrant une victoire sur un continent réputé homophobe: l’Amérique du Sud. Le 15 juillet 2010, le Sénat argentin votait un projet de loi ardemment soutenu par les plus hautes instances de l’État, à commencer par la présidente Cristina Kirchner. Cette décision suivait celle qui autorisait, fin 2009, le mariage entre couples de même sexe dans la ville de Mexico.

Autre continent, enfin, à avoir opéré le même pas spectaculaire : l’Afrique. L’Afrique du Sud, en donnant ce droit aux couples homosexuels en 2006, constitue cependant une exception à la règle, tant l’ensemble du territoire africain reste violemment homophobe, comme le montrent les appels au meurtre récemment entendus dans des pays comme le Malawi ou l’Ouganda.

Les États-Unis et la France à la traîne

Du reste, dans l’ensemble, les limites des avancées observées depuis 2001 sont bien réelles. Certains pays, et non des moindres, sont ainsi à la traîne. Le grand voisin américain, à quelques exceptions près (Iowa, Massachusetts, Connecticut, Vermont, New Hampshire et District de Columbia), reste en effet ancré, dans sa grande majorité, dans une logique où règne l’équation « mariage = un homme + une femme », le tout bercé par une atmosphère religieuse loin d’être négligeable.

De son côté, la France, dominée par la droite, se refuse même à débattre de l’idée. Au Brésil, la nouvelle présidente, Dilma Rousseff, a elle préféré se dire opposée au mariage pour les gais et les lesbiennes afin de gagner des voix chez les croyants.

L’arbre qui cache la forêt

Par ailleurs, les menaces sur les succès durement acquis depuis dix ans se multiplient. Au Canada, le gouvernement de Stephen Harper a tenté, dès 2006, de renverser la nouvelle définition du mariage. La possibilité d’une majorité conservatrice lors de la prochaine élection fait même craindre le pire à la communauté GLBT.

Une autre manière d’affaiblir le mariage gai a été tentée dans le pays à travers les commissaires préposés au mariage. Dans certaines parties du Canada (la Saskatchewan), certains d’entre eux ont mis en avant leur convictions religieuses pour refuser de célébrer les offices – soutenus par les conservateurs. La justice leur a donné tort.

Le même problème s’est posé aux Pays-Bas, sur décision gouvernementale cette fois. Malgré de nombreuses réactions hostiles, la mesure a été entérinée, même si, dans la pratique, chaque municipalité peut, si elle le souhaite, obliger les commissaires à faire leur travail.

En Espagne, le mariage est également malmené. La droite catholique l’a affirmé haut et fort : en cas de retour aux affaires en 2012, son chef, Mariano Rajoy fera annuler la législation de 2005. La menace est grande puisque les conservateurs sont largement favoris dans les sondages.

Agressions et inégalité sociale

Plus généralement, le mariage gai est considéré par certains comme l’arbre qui cache la forêt. Premier exemple : les agressions homophobes. Aux Pays-Bas, dans un article datant de 2010, le chercheur néerlandais Gert Hemka expliquait que celles-ci n’avaient « pas disparu avec l’égalité légale. Ces agressions se sont même parfois déroulées devant leur habitation et plusieurs gais et lesbiennes se sont sentis forcés de déménager ».

En 2008, une étude montrait la hausse des violences contre les gais et lesbiennes en Espagne, même si peu de chiffres sont disponibles. Les spécialistes liaient cette situation à la plus grande visibilité de la communauté depuis quelques années.

L’égalité sociale est de fait loin d’être acquise. L’éducation, secteur-clé pour en finir avec la discrimination, en est le parfait symbole. Aux Pays-Bas, « le manque d’acceptation des élèves et des enseignants gais et lesbiennes est flagrant », rappelle Gert Hekma qui parle, dans certaines cas, d’un « climat social […] négatif pour les gens qui ne respectent pas les normes de genre et d’hétérosexualité ».

S’ajoute enfin une dernière vérité : il y a eu un prix à payer pour avoir le mariage homo. En Espagne, le chercheur Oscar Guasch expliquait, il y a un an, que ces avancées avaient eu comme contrepartie « l’hétérosexualisation des homosexuels » amenés par la société à se conformer à la norme, « pour dissimuler leur passé et […] reproduire les styles de vie quotidiens des groupes sociaux hégémonique ». « La renonciation des pères et des mères gais et lesbiennes à leur droit d’éduquer leurs fils et filles comme des gais et des lesbiennes » en est la principale conséquence.

Crédits photo: Jeffpw.
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