Les dix ans du Cabaret Mado : la reine célèbre son château

Par  |  Aucun commentaire

Cabaret Mado Anniversaire 10 ans Village gai Montréal

« Tu verras, on ne pourrait jamais croire que c’est lui qui interprète Mado ». L’affirmation des collègues journalistes a du vrai. Presque timide au premier abord, de taille moyenne, mince, Luc Provost sait se faire discret. Par la suite, son regard pétillant et ses répliques bien senties rappellent vite pourquoi il a fait de la jeune femme (« âgée de 29 ans et de quelques décennies ») la plus célèbre drag queen du Québec, celle qui fait la pluie et le beau temps dans son « palais » de la rue Sainte-Catherine.

Certes, il tient absolument à dissocier le caractère volcanique de la diva du sien, parlant souvent des deux à la troisième personne. Il n’empêche, un fil conducteur relie les deux « entités » : l’engagement social voire politique. En entrevue, Luc Provost ne cache pas son soutien pour la grève étudiante et s’énerve contre la politique conservatrice de Stephen Harper. Au cabaret, Mado adore s’en prendre aux actions du premier ministre et titille volontiers Pauline Marois.

« Il a fallu que je fasse attention, parfois les opinions de Luc prenaient trop de place sur scène, raconte-t-il. Je n’ai pas créé Mado pour être politicien. Elle continue de dénoncer des choses, de dire pour qui il faut voter, mais de manière farfelue. Certains liront entre les lignes, d’autres ne verront que le premier degré. Ce n’est pas grave, je ne suis pas un gourou. On est là pour s’amuser ».

De freak à artiste

Le Cabaret Mado a vu le jour en 2002 alors que, justement, la drag queen ne prenait plus de plaisir, fatiguée notamment par des spectacles au Sky à l’issue desquels « il fallait tout recommencer à zéro, travailler pour les autres, convaincre les patrons, encore faire ses preuves ».

De simple employé, Luc Provost, approché par des hommes d’affaires et épaulé par toute une équipe (dont Denis Brossard, copropriétaire de l’établissement), est devenu un patron, acquérant du même coup une « liberté totale et une reconnaissance artistique ». Grâce à la réussite du cabaret, Mado et la figure de drag queen en général ont « gagné en crédibilité aux yeux du grand public, passant de freak, de marginaux à des performeurs et artistes », affirme le personnificateur.

Aujourd’hui, l’établissement attire une clientèle composée essentiellement d’hétéros (sauf le mardi, soirée traditionnelle des GLBT montréalais). « J’adore ce public, je n’en changerais pour rien au monde, vive le 450, s’écrie Luc Provost, le sourire en coin, comme Mado sait si bien le faire. Les gais se tannent de tout. Ils vont voir ailleurs, reviennent à l’occasion, mais pas toutes les semaines. Je peux le comprendre, moi-même je ne consomme pas de l’art gai toutes les semaines ».

2012, l’année des anniversaires

Il n’empêche, Luc Provost comme Mado défendent leur quartier bec et ongles. La diva fait partie des personnalités porte-parole de l’initiative « J’aime mon Village » qui, à coup d’affiches et de prospectus, veut ranimer la flamme et renforcer la sécurité. « Quand le cabaret a ouvert ses portes, on voyait encore certaines personnes venir dans le coin pour se moquer des gais, rappelle Luc Provost. Récemment, on a remarqué une petite montée de violence, un retour de l’homophobie. Il faut donc conscientiser les gens qui habitent le Village, pour qu’ils soient prêts à réagir quand quelque chose se passe ».

Si les nouvelles générations l’associent forcément à son cabaret et à la rue Sainte-Catherine, Mado a pourtant fait ses premiers pas il y a 25 ans, avec sa sœur Nicole (interprétée par Olivier, le meilleur ami de Luc Provost), sur le boulevard Saint-Laurent, au Pooddle, « un bar complètement fou qui n’existe plus », Suite à une soirée organisée par l’établissement – intitulée La convention des femmes d’affaires du Québec – les deux compères venus déguisés en patronne et secrétaire avaient été remarqués par l’organisateur qui leur avait aussitôt proposé de faire un spectacle. Les sœurs Lamotte ont ensuite fait les beaux jours du Lézard, sur la rue Saint-Denis, avant de faire le tour des différents établissements GLBT de Montréal.

Nicole n’a pas suivi Mado dans ses aventures lors de la dernière décennie, mais elle fera son retour à l’occasion des festivités célébrant les dix ans du cabaret. Après cet événement de dix jours (avec un gros party le 3 mai), la drag queen aura d’autres occasions de célébrer, qu’il s’agisse des dix ans du spectacle qu’elle donne en France ou, surtout, de ses 25 ans de carrière, en septembre. De quoi rappeler qui reste la reine dans le Village.

Crédit photo : César Ochoa.