Élections fédérales: vers un recul de nos droits

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Harper élections

S’il a été défait dans sa tentative de renverser la nouvelle définition du mariage en décembre 2006, son premier engagement électoral lors de la prise du pouvoir minoritaire des Conservateurs en janvier 2006, il serait illusoire de croire qu’un gouvernement Harper majoritaire ne reviendrait pas à la charge.
L’exemple du New Hampshire voisin où les Républicains ont repris le contrôle des deux chambres et s’apprêtent à annuler la loi sur le mariage gai adoptée en 2009 et prévoient même d’annuler rétroactivement les mariages célébrés, doit nous rappeler que nos nouveaux droits acquis chèrement demeurent très fragiles.

Majoritaire, il n’aura rien à perdre

L’arsenal juridique existe déjà au Canada pour n’importe quel gouvernement qui voudrait les suspendre (il suffit d’un vote en chambre et d’un recours à la clause nonobstant). Il suffirait d’une majorité en Chambre qui en aurait la volonté politique.
Placé comme il est à l’extrême droite du spectre politique, le Parti conservateur joue davantage dans la polarisation des débats politiques que dans la recherche d’un moyen terme comme les partis centristes. Alors se faire du capital politique dans un débat où les forces socialement conservatrices se rallieront derrière lui, ne lui répugnera aucunement.
Ce gouvernement sait qu’il ne peut compter sur l’appui de tout ce qui se trouve à gauche du centre-centre. Majoritaire, il n’aura donc rien à perdre, d’autant plus qu’il peut aisément gouverner avec seulement 40%  des suffrages exprimés et qu’il tient mordicus à la victoire de sa vision moralisatrice. Au contraire, il se fera ce faisant le champion des «valeurs traditionnelles».

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Harper se prépare depuis cinq ans

Tout en affirmant qu’il ne reviendra plus sur la question, le gouvernement conservateur prépare depuis cinq ans ce recul de nos droits. En pleine période de surplus budgétaire, il s’est empressé d’abolir le programme de contestation judiciaire qui avait aidé à mener la bataille juridique pour nos droits. Il a depuis nommé des juges et sénateurs conservateurs pour renforcer son emprise sur les tribunaux et sur la Chambre.
Même minoritaire, il s’est assuré d’une majorité au Sénat pour bloquer les projets de loi adoptés par la Chambre basse qui ne font pas son affaire. Les quelques subventions que recevaient nos organismes ont été retirées sous divers prétextes. Nos droits ont même disparu du Guide des nouveaux arrivants, une catégorie de nouveaux citoyens où les Conservateurs peuvent espérer trouver des appuis dans leur campagne homophobe puisqu’ils viennent en très grande majorité de pays où les LGBTs ont moins ou pas du tout de droits.
Sans parler du fait que, malgré les droits proclamés, depuis l’élection des Conservateurs, personne n’ose demander quelque nouvelle mesure que ce soit pour en faciliter l’accès et pour contrer les effets de siècles d’homophobie ouverte, qu’elle soit religieuse, d’État, sociale ou médicale. Tous se comportent comme si nos droits, arrachés petit à petit via les tribunaux sur la scène fédérale, n’étaient en fait que des privilèges.

Nigel Hannaford comme ultime argument

La société canadienne est encore bien loin de reconnaître pleinement nos droits et ce n’est pas demain la veille qu’un gouvernement, fut-il conservateur ou libéral, luttera activement contre l’homophobie. Les Conservateurs en affichant sans vergogne leurs positions homophobes ont déjà réussi à nous mettre sur la défensive après les acquis importants des années 1990 et 2000.
La seule chose qui les retient de passer frontalement à l’action, c’est l’illégitimité d’une telle démarche alors que leur point de vue est minoritaire. Une majorité parlementaire lèverait juridiquement cet obstacle.
Dans ce contexte, si nous voulons éviter un recul historique, nous ne pouvons plus nous payer le luxe d’être apolitique. Bien sûr, notre exclusion sociale se reflète depuis longtemps dans le discours politique. N’eut été de nos recours et victoires juridiques, il y a fort à parier que nous n’existerions toujours pas dans le débat politique. Notre aliénation face aux partis politiques est donc tout à fait compréhensible. Mais elle ne saurait justifier notre inaction.
Quand celui qui écrit depuis 2009 les discours du premier ministre, Nigel Hannaford, est de ceux qui remettaient en cause la décriminalisation de l’homosexualité lors du débat sur le mariage en 2005, qu’attendons-nous pour nous mobiliser?
Crédits photo: Kashmera.

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