Les 30 ans de Tels Quels. Et les lesbiennes dans tout cela ?

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Tels Quels lesbiennes

Malgré toutes les avancées que nous avons connues tant au niveau législatif que social, on voit bien que la question de la situation des femmes au sein de notre communauté reste problématique. Elles sont moins visibles, souffrent davantage de discriminations, ont moins d’espaces pour se rencontrer, s’exprimer, s’émanciper.
Sans doute, sont-elles moins visibles parce qu’elles ont pris l’habitude de se fondre dans la masse et qu’elles avaient plus à perdre à revendiquer leur identité qu’à rester discrètes. Comme je l’explique souvent, à la fête du village, si la femme du notaire danse avec la femme du médecin, cela n’interpelle personne, mais si le notaire danse avec le médecin, le bal est terminé!

Histoire commune plus difficilement construite

Elles ont profité de ce préjugé machiste qui veut –comme l’écrit Saint-Augustin- que la femme n’est que le réceptacle du plaisir de l’homme, deux femmes sans homme pas de plaisir donc! Ceci explique que l’homosexualité féminine au cours des siècles, c’est comme si cela n’existe pas. Elles ont, dès lors, eu plus de mal à se construire une histoire commune, à se trouver des porte-drapeaux, à développer leur culture propre, et elles ont privilégié longtemps leurs revendications de femmes avant celles de lesbiennes.
Maguerite Yourcenar n’expliquait pas autrement l’absence de lesbienne dans ses romans alors que les gays y sont nombreux.
A cela, s’ajoute la violence à laquelle elles sont encore confrontées: bien plus que nous, les garçons, elles sont sujettes aux violences familiales, aux traditions qui enferment, aux mariages forcés… à la violence physique aussi. On estime qu’une lesbienne court quatre fois plus de risques d’être violée qu’une hétéro de son âge, car il y a toujours un homme sur sa route qui veut lui montrer ce qu’est un vrai mec…
Plus simplement, elles continuent de gagner moins bien leur vie et donc leur indépendance, elles restent plus longtemps dans le giron familial, sous une surveillance plus soutenue. Dans ces conditions, difficile de rompre son isolement.

Deux moments forts et après?

Pour changer cet état de fait, pour apporter notre pierre à l’édifice, chaque année, nous menons deux campagnes spécifiques, l’une début mars, à l’occasion de la Journée internationale des Femmes, l’autre en octobre, où nous nous joignons à l’organisation de la L-week, la semaine des lesbiennes qui se termine à Gand par une grande fête au féminin.
Ces semaines d’actions spécifiques poursuivent deux objectifs, d’une part, rompre la solitude dans laquelle de trop nombreuses lesbiennes se retrouvent aujourd’hui, en organisant des moments de rencontre susceptibles de générer des réseaux sociaux entre elles, d’autre part, de leur ouvrir un espace d’expression qui puisse participer à un mouvement plus général de visibilité et d’expression identitaires.
Cela reste évidemment insuffisant et la question se pose immanquablement de notre action le reste de l’année.

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La présence des femmes dans nos associations

Mais, au sein même de nos associations, il est difficile de maintenir une certaine représentativité des femmes alors que c’est essentiel pour toucher ce public car nos sensibilités sont, malgré notre destin commun, très différentes. Depuis presque 15 ans maintenant, notre association s’impose la mixité de sa structure dirigeante et privilégie la mixité de ses composantes régionales, mais cela reste un défi permanent avec la crainte perpétuelle d’en arriver à la «femme alibi».
Il faut dire que celles qui se sont succédé au sein de notre structure, se sont finalement toujours considérées un peu comme atypiques, ne comprenant pas beaucoup mieux que les garçons ce qui était susceptible de rassembler leurs consœurs. Même constat au sein de l’équipe des employés où pourtant les femmes sont majoritaires désormais.

Et dans le village?

Dans l’espace commercial de notre communauté, c’est encore pire, plus aucun bar qualifié de «lesbien» à Bruxelles, fini les Féminin, les Madame et autres Wings ou Gate, et les établissements gays restent frileux à leur ouvrir leurs portes.
Ne leur restent que les soirées «réservées» aux filles souvent hors de prix car il faut bien les rentabiliser pour survivre et très jeunes, laissant une grande partie de la communauté à l’écart. Elles en reviennent à réorganiser ces «salons» où leurs ancêtres, à la fin du XIXe siècle, réinventèrent la légende de Sappho et de ses disciples, autour des Renée Vivien, Natalie Clifford Barney… ou Colette.

Les discriminations positives

Comme pour d’autres groupes sociaux, nous devons réfléchir à des actions positives pour améliorer la visibilité des lesbiennes. C’est ainsi que, depuis plus de dix ans, notre festival leur garantit une forme de parité dans la programmation de notre Festival alors que leurs séances sont plus coûteuses et moins fréquentées que celles des garçons.
Pourquoi tous ces efforts ? Parce que ce qui nous réunit, au bout du compte, est plus fort que ce qui nous sépare. Parce que notre destin est bien commun face aux discriminations, à la difficulté de se dire et de le dire à nos parents, et que la conquête de l’égalité des droits nous fut commune, même si, dans le cadre de l’homoparentalité, elles semblent parfois un peu privilégiées… pour une fois!
Texte de Michel Duponcelle (Directeur du Service d’Éducation permanente)

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