Le Village triste

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Village triste

Jamais depuis de nombreuses années n’a-t-on compté autant de locaux vides, que ce soit sur Sainte-Catherine ou sur Amherst. Il y a bien sûr l’impact inévitable de la récession, mais plusieurs pointent aussi d’autres causes: les problématiques sociales lourdes que sont l’itinérance, le trafic de drogues et la narco-prostitution qui l’accompagnent, qui font fuir résidents et clientèles, mais aussi la tendance grandissante des gais et lesbiennes à se créer des lieux hors-Village au fur et à mesure que nos communautés s’affirment dans l’espace public.

Heureusement que d’autres quartiers émergent

On ne peut que se réjouir de voir notre communauté apparaître au grand jour dans d’autres quartiers que ce soit sur le Plateau,  au centre-ville ou ailleurs. Personne dans nos rangs ne souhaite que le Village soit notre ghetto. De toute façon, toutes les études de clientèle ont confirmé que seule une petite partie des gais et lesbiennes de la région de Montréal fréquente régulièrement le Village.
C’est une vérité de La Palice que les gais ou lesbiennes en couple y viennent généralement moins souvent parce que le Village est né autour des lieux de drague et de rencontres sexuelles. Si on ne fréquente pas les bars ou les saunas, il y a moins de raisons d’y sortir. Le succès de la fermeture de rue estivale avec ses terrasses témoigne de la nécessité d’avoir d’autres lieux de rencontre. Les efforts de diversification avec des commerces de jour ont aussi et surtout réussi avec les cafés.

Le stigmate du quartier miséreux

Par contre, on aimerait bien voir disparaitre le stigmate de quartier miséreux qui est accolé au Village, qui justifie ici ce qui est impensable ailleurs dans la ville. Alors qu’il a émergé au cœur de l’ancien faubourg à m’lasse, cela semble bien faire l’affaire des autorités d’y tasser toutes les problématiques sociales gênantes au fur et à mesure qu’on revampe le centre-ville.
Depuis deux décennies, on a vu se déplacer le trafic de drogue, la prostitution de rue et l’itinérance de l’ancien Red Light vers l’Est. Il est évident que certaines élites bien-pensantes se sont dit que tout ça allait bien avec ces «marginaux» que sont les gais. Pas trop de risques que de jeunes petites familles s’y aventurent par erreur.
Quand on voit comment à l’Hôtel de ville, les dizaines de millions de dollars pleuvent quand il s’agit de revamper tel ou tel micro-quartier délabré du centre-ville ou du Vieux-Montréal, je me demande depuis des années quand viendra le tour du Village? Les quelques initiatives à la pièce des dernières années n’ont rien en commun avec l’argent destiné à l’ouest du centre-ville ou au Quartier des spectacles. Quand la Ville se préoccupera-t-elle sérieusement de nos secteurs délabrés autour du pont et de la sortie de terre de l’autoroute Ville-Marie au sud du Village?

Un nouveau Dowtown Eastside ?

Je me demande aussi quand le Gouvernement du Québec se responsabilisera-t-il face aux lourdes problématiques sociales qui se développent au centre-ville de Montréal et surtout à l’Est de celui-ci. Il ne s’agit plus des problématiques traditionnelles de pauvreté de l’ancien faubourg à m’lasse et autres quartiers pauvres. Il s’agit de problèmes de toxicomanie lourds et de détresse humaine occasionnée par la désinstitutionalisation sans filet et une misère humaine qui refoule de partout au Québec.
Il nous faudra faire face à ces enjeux et non penser que plus de police ou un programme de réfection des façades suffiront. La revitalisation par les forces du milieu, portée par la communauté gaie depuis 30 ans,  a atteint ses limites. Nous avons droit aussi de recevoir une aide à la mesure des besoins. À moins de souhaiter que l’Est du centre-ville sombre à l’image du Downtown Eastside de Vancouver.

1 Comment

  1. philippe collas

    23 février 2011 at 13h34

    Ce que vous dites est la triste réalité. Mais il faut le voir plus largement, globalement Montréal est une ville qui s’endort. les gens sortent moins, les endroits sont moins nombreux (cinémas, salles de concerts, bars etc.) et en dehors des périodes de festival rien ne se passe d’excitant. Il va falloir penser à revitaliser tout Montréal dont l’Est.