Le temps de se mobiliser

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Stephen Harper majoritaire gay

Depuis l’accession du gouvernement Harper au pouvoir, nous avons largement pris pour acquis que c’était là un recul temporaire contenu par une majorité parlementaire dans l’Opposition et nous nous sommes même abstenus de formuler nos revendications et attentes sur la scène fédérale ‘en attendant’. Nous sommes aussi demeurés largement silencieux face à l’érosion lente de nos avancées, alors que nos festivals se voyaient coupés, que nos droits étaient passés sous silence, les fonds de contestations judiciaire éliminés, etc.

Des dirigeants homophobes

Depuis sa création, ce sera la première fois cette année que la Journée contre l’homophobie sera célébrée au Canada alors qu’un gouvernement homophobe majoritaire est au pouvoir à Ottawa. Quand Toronto accueillera la World Pride en 2014, et la ville et le pays (et peut-être même la province d’ici là!) seront dirigés par des homophobes. À l’échelle mondiale, les forces homophobes tentent de faire reculer nos droits partout où ils ont progressé. Pouvons-nous continuer à faire l’autruche et à faire comme si tout allait inexorablement vers le mieux?

Surtout qu’après avoir accédé à la majorité à Ottawa, le prochain objectif des Conservateurs c’est de devenir le parti naturel du gouvernement du Canada comme les Libéraux l’étaient au siècle dernier. Et ils ont plusieurs atouts dans leurs mains pour y parvenir dans les quatre prochaines années.  Tout d’abord une double majorité à la Chambre des Communes et au Sénat qui leur permettra d’abolir le financement public des partis politiques (alors qu’eux ont les poches remplies du fric de leur amis dans les grandes entreprises), de modifier la carte électorale pour accroître le poids de l’Ontario et de l’Ouest où ils ont l’essentiel de leurs appuis, de réformer le Sénat pour qu’une fois élu leur pouvoir de blocage puisse survivre même à un éventuel échec  électoral à la Chambre des Communes.

Il ne faudrait pas surestimer malgré ses progrès rapides la possibilité que le NPD s’impose comme alternative au gouvernement Harper lors de la prochaine élection. Malgré toutes leurs mesures rétrogrades et antidémocratiques, les Conservateurs n’ont cessé de consolider leurs appuis depuis 2006 d’élection en élection au Canada anglais au point de recueillir 48% des suffrages exprimés et plus de 70% des sièges. Le NPD y est loin derrière avec 26% des votes. Après avoir fait le plein de sièges au Québec avec l’effondrement du Bloc, la disparition éventuelle du Parti libéral pourrait profiter davantage aux Conservateurs qu’au NPD à la prochaine élection comme ce fut le cas cette fois-ci.

Au Québec même, où aucun parti politique n’ose encore s’afficher pour le conservatisme social, la présence des Conservateurs à Ottawa stimule les courants de droite dont le populisme sombre dans le sexisme et l’homophobie.

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Travailler avec le NPD

Dans ce contexte, il faut se saisir du seul acquis positif pour nous de cette élection : l’accession au statut d’Opposition officielle du parti qui a les positions les plus articulées en matière de droits LGBT, le NPD. C’est l’occasion pour nous de secouer l’hétérosexisme qui domine la politique canadienne depuis toujours et de faire en sorte qu’on cesse de passer sous silence les enjeux qui nous concernent.

Mais là encore il faudra se mobiliser et éduquer car si le NPD est ouvert à nos préoccupations, son discours centré sur les familles de la dernière campagne qui passait sous silence les attaques à nos droits, et la préoccupation dominante au Canada anglais pour l’égalité juridique qui l’inspire, ne l’a pas encore amené à articuler la demande de politiques contre l’homophobie dans les sphères d’action fédérale. Or, c’est certes le grand enjeu pour nous une fois l’égalité en droits atteinte.

Il serait temps que, comme il a été fait pour combattre le sexisme et le racisme il y a des décennies,  des mesures gouvernementales soient prises pour combattre l’homophobie, des programmes soient créés pour soutenir notre action communautaire, pour qu’au minimum nos organismes et événements communautaires soient financés adéquatement, pour que le Canada facilite les demandes de statut pour les réfugiés LGBT,  pour le Canada intervienne pour nos droits humains activement sur la scène internationale où les minorités sexuelles sont autrement plus menacées… que les minorités religieuses!

Il faut pour cela d’abord et avant tout que nous cessions de considérer ‘normales’ les discriminations dont nous sommes l’objet et que nous sortions de nos positions attentistes.

À cet égard, il est plus que temps et a fortiori quand l’opposition officielle est ouverte à nos revendications et majoritairement québécoise que nous formulions nos revendications et attentes comme nous l’avons fait au gouvernement québécois depuis des années. Et surtout que nous les portions et présentions sur la place et dans l’espace publics.

 

Crédits photo: thivierr
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