Le CQGL honore 4 ministres: la reconnaissance devient flagornerie

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cqgl récompenses ministre Steve Foster

Le Conseil a salué, lors de son cocktail VIP, « leur contribution remarquable à l’avancée de l’égalité sociale des personnes LGBT du Québec », évoquant l’adoption (après huit ans de démarches et travaux) de la politique québécoise contre l’homophobie et l’annonce d’un plan d’action sur cinq ans, en mai dernier.

Quand j’ai lu le communiqué de presse,  j’ai failli m’étouffer. J’ai généralement été d’accord par le passé avec les hommages rendus par le Conseil. Cependant, ayant été impliqué dans ce dossier au tout début, dès les premières démarches de la Table de concertation des gais et lesbiennes (l’ancien nom du CQGL), ayant suivi assidûment l’avancement des travaux par la suite pour le magazine Être, je ne vois pas en quoi la contribution de ces ministres ait été « remarquable » et encore moins « exceptionnelle ».

Combattre l’homophobie, une nécessité ?

Je me suis souvenu de notre première rencontre avec la cheffe de cabinet de Mme Courchesne en 2004, des mois après notre demande au premier ministre. Nous avions dû la convaincre de la nécessité même d’accepter de se pencher sur la question. « Si vous croyez qu’il n’y a pas de problème, nous allons sortir de votre bureau sur la rue McGill et compter le nombre de couples gais ou lesbiens que nous verrons se tenir la main ou se manifester de l’affection dans la rue. S’ils comptent pour 10% des couples rencontrés, je serai d’accord avec vous qu’il n’y a pas de problème », l’avais-je mise au défi.

Suite à cette rencontre, Michelle Courchesne, alors ministre des Relations avec les Citoyens et de l’Immigration (MRCI), accepta de financer la tenue de nos États Généraux à l’issue desquels une première rencontre du Groupe mixte (gouvernement et communauté) de travail sur l’homophobie eut lieu à l’automne 2004, et ce à même un restant de budget des programmes créés sous le PQ. La même année, le gouvernement Charest coupa les différents programmes qui permettaient de soutenir minimalement l’action de différents organismes GLBT… dont Fierté Québec, l’organisme hôte des États Généraux qui, comme plusieurs organismes, se trouva en difficulté.

Lors du remaniement ministériel en janvier 2005, le Groupe mixte de travail fut dissout suite au retrait du mandat « Relations avec les citoyens » du MRCI. Personne n’avait pensé, au gouvernement, à attribuer le dossier « Lutte à l’homophobie » à un autre ministère. Les démarches de la partie communautaire laissée en plan aboutirent plusieurs mois plus tard avec la reformation du Groupe de travail, finalement sous la responsabilité du Ministre de la Justice, Yvon Marcoux.

Promesses et (in)actions

Les travaux reprirent et s’étirèrent sur plus d’un an. Le rapport rendu public au début 2007 demeura sur les tablettes, sous la gouverne du ministre Jacques Dupuis, pendant deux autres années jusqu’à son remplacement  par Kathleen Weil et ce, malgré la promesse du gouvernement « d’y donner suite ». Devant l’inaction du gouvernement, ce magazine entreprit même de dénoncer cette situation alors que la disparition du jeune David Fortin ramenait dans l’actualité le problème de l’intimidation et du harcèlement dans les écoles, des problèmes bien souvent reliés à l’homophobie.

De l’avis d’intention de la ministre Weil à l’annonce d’un plan d’action concret par son remplaçant à la Justice, Jean-Marc Fournier, encore deux autres années se sont écoulées. Huit ans après la première demande de la communauté, cinq ministres plus tard, aucun nouvel argent n’a encore été dépensé dans le cadre du plan d’action annoncé pour lutter sur le terrain contre l’homophobie. Le ministre Fournier a lui-même reconnu, en annonçant 7 millions $ sur cinq ans, qu’il ne pourrait aider que 20% des organismes GLBT existant au Québec. Une « contribution remarquable », vous dites?

Bien sûr, la politique et le plan d’action annoncés sont un pas dans la bonne voie et un geste innovateur, mais dont le crédit revient surtout à la persévérance de la partie communautaire. J’en ai moi-même félicité le ministre Fournier lors de l’annonce du plan d’action tout en lui rappelant l’insuffisance des moyens qu’il a lui-même reconnue. Pourtant, comme les gouvernements au Québec ne se maintiennent pas plus de neuf ans au pouvoir depuis la Révolution tranquille, un gouvernement qui aurait voulu se traîner les pieds n’aurait guère pu faire mieux.

Sommes-nous des citoyens égaux en droits ?

Quand  j’entends parler de « contribution remarquable », « exceptionnelle » même, je me dis donc qu’on tombe dans la flagornerie. Il me vient alors spontanément à l’esprit cette réponse très éclairée de Daniel Borrillo, auteur du Que sais-je ? sur l’homophobie quand je lui avais demandé quelle était la forme la plus dangereuse d’homophobie : « C’est l’homophobie intériorisée, car c’est elle qui nous empêche de revendiquer l’égalité », avait-il répondu.

Quand nous considérons comme « remarquable » d’avoir obtenu, après huit ans de représentations, moins de 20% du minimum que nous demandions pour entreprendre de corriger les conséquences de siècles d’oppression, nous considérons-nous comme des citoyens égaux en droits et en dignité ?

Crédits photo: César Ochoa.

1 Comment

  1. stéphane casselot

    28 octobre 2011 at 18h35

    Bravo André

    J’ai toujours été partisan de garder une distance entre le politique et le militantisme! Quand les deux marchent main dans main avec une petite tape dans le dos, on n’est pas loin du copinage.

    Salutations

    Stéphane