Le Conseil québécois LGBT est-il devenu une chapelle? QUAND ON PRATIQUE L’EXCLUSION AU NOM DES ‘VALEURS D’INCLUSION’

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Les 13 et 14 mars derniers, se tenait à Montréal le premier congrès du Conseil québécois LGBT, un regroupement LGBT qui se présente comme la voix des communautés LGBT au Québec. Issu de la Table de concertation des lesbiennes et gais du Québec, c’était la première consultation qui se voulait ouverte à la communauté en 15 ans de ce Conseil depuis qu’il a mis fin à sa pratique initiale de tenir aux 3 ou 4 ans des États-généraux des communautés LGBT pour établir ses priorités d’action, le dernier exercice du genre s’étant tenu à Québec en 2004. Depuis sa reconnaissance et son financement par le Secrétariat à l’action communautaire autonome, cette pratique démocratique avait été abandonnée.
Lors de l’annonce de ce congrès, plusieurs militants et militantes LGBT se sont dit que ce serait l’occasion de s’exprimer sur la prise de position contre le projet de loi 21 sur la laïcité de ce Conseil adoptée en catimini en mai 2019, prise de position qu’elles avaient vivement dénoncée. Une prise de position contraire aux positions d’une très nette majorité des membres des communautés LGBT et d’autant plus étonnante qu’en 2013-2014 le même Conseil s’était abstenu de prendre position sur le projet de Charte de la laïcité présenté par le gouvernement Marois en invoquant l’absence de consensus en son sein. C’est ce silence qui avait amené plusieurs membres de nos communautés à créer le collectif LGBT pour la laïcité pour porter les préoccupations LGBT dans ce débat. Est-il nécessaire de rappeler que les LGBT ont été parmi les groupes sociaux à le plus bénéficier de la séparation progressive des Églises et de l’État, l’homophobie et la transphobie étant d’abord et avant tout religieuse à l’origine dans l’histoire du Québec? Et qu’encore aujourd’hui les attaques contre nos droits se font largement en Amérique du nord au nom de la primauté de la liberté religieuse sur la non-discrimination?
Dans la convocation de ce congrès, les organismes et les personnes LGBT étaient toutes invitées à adhérer au Conseil et on leur disait qu’elles pourraient ainsi faire entendre leur voix dans l’établissement des priorités d’action. Le collectif LGBT pour la laïcité et plusieurs personnes ont donc décidé de s’inscrire pour participer à ce congrès. Quelle ne fut pas leur surprise de se faire répondre dans un premier temps que les demandes d’adhésion seraient étudiées par le Conseil d’administration après le Congrès ce qui contredisait les termes mêmes de sa convocation. Quand le porte-parole du collectif LGBT pour la laïcité, André Gagnon, lui-même un ancien co-président de l’organisme et l’un des principaux organisateurs et hôte des derniers États-généraux tenus en 2004, s’est présenté pour participer au Congrès, le conseil d’administration a refusé de le laisser y participer même comme observateur. Quand il a invoqué qu’il était éditeur de médias LGBT depuis plus de 20 ans et a demandé d’y participer pour couvrir l’événement, on lui a même refusé en arguant que les médias n’étaient pas admis même si on a reconnu qu’aucune directive n’avait été explicitement émise à cet égard, une première dans la communauté LGBT. Les membres du Conseil d’administration dudit Conseil dont le président Thierry Arnaud et la trésorière Mona Greenbaum lui ont même demandé de quitter les lieux et mis la sécurité à ses trousses même dans le lobby de l’hôtel, menaçant de faire intervenir la police s’il ne partait pas.
Le chat est sorti clairement du sac quand trois mois plus tard on a reçu la réponse aux demandes d’adhésion individuelles faites avant le Congrès. Le militant pour la laïcité bien connu David Rand qui a piloté jusqu’à la Chambre des communes une pétition pour obtenir l’abrogation de l’article 319.3.b du Code criminel (article qui permet de se réfugier derrière ses textes et opinions religieuses pour tenir des propos haineux, une exception élargie en 2004 à la demande des Conservateurs pour protéger l’homophobie religieuse lorsqu’on a rajouté l’orientation sexuelle à la définition de groupe identifiable) s’est ainsi vu refuser l’adhésion en raison de son appui à la loi 21 sous prétexte que ses positions sont contraires ‘aux valeurs d’inclusion’ de l’organisme. Ce qui revient à dire que le conseil d’administration de ce Conseil sans jamais en avoir discuté largement avec la communauté qu’il prétend représenter, ni même lors d’un débat ouvert à son congrès, se permet d’exclure de ses rangs toute personne LGBT favorable à la laïcité, c’est-à-dire la très nette majorité des membres de cette communauté au Québec. Voilà qui en dit long sur les ‘valeurs d’inclusion’ et les pratiques ‘démocratiques’ du Conseil d’administration de cet organisme qui se comporte comme une chapelle politique ou idéologique et non comme un mouvement démocratique ayant le souci de défendre les droits et intérêts et de représenter les communautés LGBT.
Ces pratiques sont d’autant plus condamnables que ce ‘conseil’ est essentiellement financé par des deniers publics à travers différents programmes des gouvernements du Québec et du Canada. De plus, elles constituent un dangereux précédent. Jamais dans l’histoire de ces communautés on a exclu d’un organisme LGBT des personnes membres de ces communautés sans que leurs convictions ou agissements portent directement atteinte aux droits des personnes LGBT ou aient porté gravement atteinte à l’organisme.
Aussi, nous croyons que ce Conseil doit revenir sur sa décision, admettre en ses rangs les militantes et militants LGBT pour la laïcité et tenir un débat vraiment démocratique sur les enjeux de laïcité eu égard aux droits LGBT et sur comment contrer l’homophobie religieuse qui demeure le seul rempart légal de l’homophobie au Québec et au Canada. À défaut de quoi, nous croyons que les gouvernements devraient reconsidérer le financement de ce Conseil qui agit comme une chapelle idéologique en violation de tous les droits et libertés démocratiques garanties aux citoyennes et citoyens. À défaut, nous croyons aussi qu’il faudrait après quinze ans de fonctionnement en vase clos penser sérieusement à mettre en place un organisme vraiment démocratique et représentatif des communautés LGBT de toutes les régions du Québec.
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