L’Arabie saoudite n’a pas sa place au sein de la Francophonie

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Les membres de l’Organisation internationale de la Francophonie ont reporté ce matin la demande d’adhésion de l’Arabie saoudite le temps d’analyser si elle satisfait aux conditions d’adhésion. Le simple fait de ne pas pouvoir statuer sur la pertinence de l’adhésion du royaume wahhabite dont les valeurs sont aux antipodes de celles que déclare promouvoir l’OIF , la paix, la démocratie et les droits de l’homme, témoigne des contradictions internes de cette organisation. Il est déjà assez ridicule de voir un État qui n’a rien de francophone, vouloir participer à une organisation d’États et de gouvernements ayant ‘le français en partage’, on se demande quand on connait le bilan désastreux de cet État en matière de paix, de démocratie et de droits humains comment cette candidature peut seulement être envisagée. Est-il nécessaire de rappeler que cet État est le principal exportateur du fondamentalisme islamique dans le monde, un fondamentalisme qui alimente la terreur et l’intolérance, que cette monarchie absolue repose sur le rejet de la démocratie et qu’elle subordonne les droits humains à la charia islamique, ce qui prive les femmes de droits égaux et mène à la condamnation à mort des personnes homosexuelles?

Il était tout à fait honteux de voir le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, tergiverser jusqu’à ce matin sur la question, se limitant dans ses critiques au cas patent de violation des libertés fondamentales que représente la condamnation du blogueur Raïf Badawi. Ceci n’avait rien de bien étonnant, le premier ministre libéral qui a fait fortune en se plaçant au service de ce gouvernement ultraréactionnaire, nous a habitué à toutes les courbettes qu’il peut faire devant ses anciens employeurs, courbettes qui sont toutes en contraste avec sa propension à affubler les oppositions à l’Assemblée nationale des pires infamies quand elles s’opposent à ses projets. Ne s’était-il pas justifié durant la dernière campagne électorale en évoquant ‘le contexte culturel différent’, une déclaration totalement en phase avec le relativisme culturel que sous-tend le multiculturalisme canadien auquel il adhère avec enthousiasme.

Le silence du premier ministre canadien Justin Trudeau sur la question, lui qui avait déclaré aller au Sommet de la francophonie pour parler des droits des femmes et des LGBT notamment, n’était pas plus glorieux. Il est vrai qu’en la matière Justin Trudeau n’avait de leçon à donner à personne, lui qui vient tout juste d’autoriser le contrat pour fournir pour plus de 14 milliards $ d’armements à l’Arabie saoudite négocié sous l’administration Harper.

On peut aisément comprendre l’intérêt de l’Arabie saoudite d’adhérer à la Francophonie quand on constate qu’une vingtaine d’États membres de la francophonie le sont aussi de l’Organisation de la Coopération islamique. D’autant plus que ces États sont la plupart du temps ceux qui ne se définissent pas comme des États islamiques, mais comptent une importante population de religion musulmane, la plupart du temps pratiquant un islam moins perméable au wahhabisme. Il est assez évident que l’intérêt de l’Arabie saoudite vise surtout à contrebalancer la propagation jusque dans ces sphères d’influence des idéaux démocratiques et d’une conception universelle des droits humains qui ne soit pas soumise à la charia islamique.

Il est évident que cette fois-ci les États qui se veulent de tradition démocratique, ont manœuvré en reportant la décision pour éviter de se faire imposer cette adhésion comme cela avait été le cas en 2012 lorsque le Qatar avait été admis comme membre associé en achetant littéralement l’appui des pays africains.

Si ces États se trouvent aujourd’hui devant cette contradiction, c’est bien évidemment parce que ce qui a apporté la langue française aux quatre coins du monde, ce n’est pas seulement la pensée éclairante des Lumières qui a jeté les bases de la démocratie moderne, des droits et libertés de chaque être humain et qui avait fait de la Révolution française un phare de la démocratie dans le monde. Ce sont aussi le colonialisme de la France monarchique, le colonialisme, l’impérialisme et le néo-colonialisme de la France postrévolutionnaire, une domination qui a foulé aux pieds les principes portés par l’humanisme français.

Si aujourd’hui il y a un héritage précieux qu’a porté la langue française et qu’il faut défendre, c’est cet humanisme d’inspiration française qui a le mieux incarné les idéaux démocratiques des révolutions du XVIIIe et XIXe siècle qui se résume en trois mots : liberté, égalité, fraternité. C’est en soi un programme démocratique pour quelques siècles. Nos mouvements sociaux, y compris le mouvement LGBT, ont fait l’expérience que l’avancement des droits démocratiques passe par ces axes, la revendication de libertés démocratiques, puis de mesures permettant d’atteindre l’égalité. Il aura fallu plus de deux siècles pour que le mouvement des femmes amorce l’étape de l’égalité sociale en Occident, le mouvement LGBT, lui, en est encore très largement à l’étape de l’atteinte de l’égalité juridique dans ces pays. Cet humanisme est la base la plus solide de la démocratie. S’il y a un idéal que l’Organisation internationale de la Francophonie devrait porter, c’est bien celui-là.

L’Arabie saoudite, elle, résultat de l’Histoire, n’a pas encore atteint même l’étape des révolutions démocratiques. Elle incarne encore l’absolutisme monarchique qui a donné naissance à la Révolution en France. Les armes fournies généreusement par différents pays occidentaux lui ont permis d’écraser les mouvements populaires qui prenaient ses rues lors du printemps arabe. Et pour maintenir cet absolutisme, elle exporte à grands frais, les coffres de l’État remplis de pétrodollars, sa version la plus conservatrice de cette religion d’État qu’est encore très largement dans le monde la religion musulmane, le wahhabisme.

Ce courant fondamentaliste, on l’a vu jusqu’ici avec les prêches ultraréactionnaires d’imams comme Hamza Chaoui, conteste jusqu’aux bases de la démocratie notamment parce qu’elle permet d’élire  ‘des homosexuels’ et des ‘mécréants’. Il ne reconnait que la validité de la théocratie musulmane.

Il faudra s’assurer dans les mois et années qui viennent, qu’on cesse de nous servir cet argument mensonger que la participation de tels États aux organisations internationales comme l’OIF permet de maintenir le dialogue et de les faire évoluer positivement. Même 14 milliards $ de blindés canadiens n’ont pas permis à Stéphane Dion d’obtenir la libération de Raïf Badawi.  Ne parlons même pas des condamnations à mort d’homosexuels. La seule chose que mérite un État aussi rétrograde que l’Arabie saoudite, c’est d’être mis au ban de la communauté internationale. L’exemple du régime d’apartheid d’Afrique du Sud a été à cet égard assez probant.