La sexualité spectacle – Le cerveau et l’érotisme en berne

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Michel Dorais La sexualité spectacle gai

La sexualité spectacle, paru au début du mois de janvier, se vend bien. De quoi réjouir le professeur de l’Université de Laval, connu pour son travail sur la prostitution masculine ou l’évocation de la diversité sexuelle. En s’attaquant à un sujet dont le grand public est forcément friand, il se doutait que les oreilles allaient se tendre. Lui affirme vouloir surtout que la réflexion s’enclenche.

Être. Serez-vous d’accord si on dit que vous avez écrit un livre triste ?

Michel Dorais. Vous trouvez ? Certes, je jette un regard critique sur la situation mais je dis tout de même de bonnes choses. Par exemple, je suis le premier à me réjouir que le sexe soit moins tabou dans notre société. Je dis aussi que ce qu’on nous montre n’est rien que du show. Le problème, c’est notre « naïveté » devant ce spectacle. On confond ce qu’on voit avec l’intimité, c’est-à-dire ce qui est privé et qu’on ne partage pas avec tout le monde. Résultat : c’est elle qui fout le camp en premier !

Être. La sexualité spectacle dont vous parlez se traduit notamment par le règne du « tout montrer, tout voir »…

M.D. Tout de suite et en gros plan ! On est dans la logique d’un porno. Avec une autre nouveauté : ce qui était avant l’affaire des professionnels s’est étendu aussi aux « amateurs ». Un seul appareil standard suffit pour ça. Aujourd’hui, tout le monde est exhibitionniste ! Jamais, ce spectacle sexuel n’a été aussi planétaire. Pourtant, ces personnes, tombent dans un piège car elles s’imaginent ainsi avoir trouvé la marche à suivre pour savoir se faire désirer. Or, c’est tout l’inverse. En donnant tout, tout de suite, on tue la phase du désir.

Être. Un autre grand perdant est aussi l’érotisme…

M.D. Il cultive le désir. Ce qui est mis de l’avant par la sexualité spectacle ne le fait pas du tout. À la télévision ou sur Internet, on est toujours dans la surenchère : il faut toujours aller plus loin. Aujourd’hui, il reste quoi à montrer quand la moitié du bottin des artistes a déjà posé nu ? Je ne parle même pas des sportifs… Alors oui, on a réussi à banaliser la nudité, mais répond-on davantage aux besoins des gens ? Ont-ils une meilleure sexualité ?

Être. Jusqu’où pensez-vous qu’il est possible d’aller ainsi ?

M.D. Je ne sais pas, mais je suis curieux de voir la suite. Je rencontre des gens désabusés : ils ont tout vu, par conséquent tout ce qui est de l’ordre de la séduction en prend un coup. Un autre problème est les tyrans qu’on fabrique: sur Internet, on a accès aux plus beaux corps. Dès lors, on veut la même chose. Voilà pourquoi, alors qu’on a jamais autant eu les moyens de se rencontrer pour se connaître, on a, au contraire, jamais été aussi seuls. Un ordinateur ne vous tendra jamais les bras.

Être. Votre livre évoque aussi la manière dont ces producteurs de spectacle, à la télévision comme sur Internet, ont pris en compte les GLBT. Peut-on parler de manipulation ?

M.D. Oh oui ! On parle d’eux non pas pour les aider mais pour les mettre en spectacle. Prenez les cas des transsexuels. Sur Internet, les sites les concernant sont les plus populaires. Mais sont-ils aujourd’hui davantage intégrés ? Poser la question, c’est y répondre. Les transsexuels sont encore discriminés au travail. Ça devrait sonner la cloche. Pourtant, je ne pense pas que la communauté GLBT en soit davantage consciente que les autres.

Être. Oui, ça rejoint ce qui peut paraître comme le plus choquant dans ce livre : la passivité du public qui semble assister à ça sans réagir…

M.D. Le public se comporte comme un enfant devant ce spectacle. Il veut qu’on lui montre une sexualité non intelligente, ou plutôt il a l’impression qu’il n’y a que ça de possible. Il ne pense pas que la sexualité puisse être l’objet d’un débat. On n’a jamais été aussi instruit et pourtant la télévision n’a jamais été aussi imbécile.

Être. Donc les producteurs, ceux qui cherchent à « vendre du temps de cerveau disponible » aux spectateurs ont pour l’heure gagné la partie…

M.D. Oui, c’est pour ça qu’il faut prendre conscience de ce qui se passe. Je suis content que le livre se vende bien. Les gens doivent savoir que l’antidote existe : la culture, la connaissance, parce que ce sont elles qui rendent critique ! Il faut remettre les cours d’éducation sexuelle au programme dans les établissements scolaires. On laisse la sexualité aux marchands de spectacle. Les jeunes vont sur des sites pour s’éduquer par défaut. C’est terrible et navrant. Il faut faire contrepoids.

Être. Au final, il y a tout de même un paradoxe avec votre livre. Parler de la sexualité spectacle, c’est faire le jeu de cette industrie. En effet, celle-ci a toujours réussi à utiliser la critique pour qu’on parle d’elle et avoir encore plus d’attention…

M.D. Oui, on ne peut pas y échapper. En la critiquant, j’y participe. C’est un paradoxe, je le sais et je l’assume. Mais, rassurez-vous, vous ne me trouverez pas nu sur Internet (rire).

Crédit photo : Bérenger Zyla.

1 Comment

  1. horny

    24 février 2012 at 12h04

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