La sentinelle au CNA : la voix de Jane et le cœur de Mouawad

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Jane Birkin La sentinelle Ottawa

Dans un premier temps, l’auteur québécois d’origine libanaise pensait destiner son texte La sentinelle à une lecture radiophonique. C’est à la demande de Jane Birkin que les mots de l’artiste ont finalement migré vers la scène pour devenir une lecture-spectacle. Leur rencontre a immédiatement donné lieu à une complicité artistique qu’ils se sont empressés de rendre profitable en organisant ce projet commun.

Au centre de La sentinelle : l’art, celui qui doit nous permettre de faire émerger la beauté de l’abject. De la noirceur du monde surgit parfois la grâce. La voix réconfortante de la chanteuse,  remarquée comme actrice dans le chef d’œuvre d’Antonioni Blow Up, porte la parole bouleversante de cet appel à l’humanité.

Amour pour une voix

Fille de l’actrice Judy Gamble, beauté iconique selon sa fille Charlotte, Jane Birkin, née en Angleterre en 1946, reste aujourd’hui une artiste engagée. Chanteuse à succès dans les années 70 et 80, celle qu’on associe encore beaucoup aujourd’hui à Serge Gainsbourg avec qui elle a entretenu une liaison pendant plusieurs années, demeure une figure très populaire en France.

Wajdi Mouawad fait des déclarations éloquentes à propos des qualités d’interprétation de la chanteuse: « Restent les voix fragiles pour dire autrement, chanter, à défaut de dire. Une voix vivante cherchant à consoler les morts. La voix de soie de Jane Birkin est de celles-là ».

Cette dernière incarne pour lui  cette  « possible dignité, celle du phrasé simple, fait de mots pour dire les maux, les maux des mots, enlacés, pliés, repliés, dépliés, dans un geste nécessairement compliqué pour n’être compris et entendu que par ceux qui partagent la même sensibilité aux craquements inaudibles des hommes et des femmes mourant pour rien dans l’insupportable solitude des charniers. »

Bientôt Des femmes

Présentée en première canadienne dans la grande salle du Centre National des Arts,  La sentinelle ne sera offerte qu’un soir seulement. De son côté, le metteur en scène offrira, pour une semaine en avril, le controversé Des femmes qui a fait la manchette pour la participation artistique du chanteur français Bertrand Cantat récemment sorti de prison pour le meurtre de la comédienne Marie Trintignant.

Cette production, offerte également au Théâtre du Nouveau Monde du 4 mai au 6 juin, sera la dernière manifestation artistique de Wajdi Mouawad à titre de directeur artistique du Théâtre français du CNA qui passera ensuite entre les mains de Brigitte Haentjens à partir de la prochaine saison. C’est justement elle qui termine la saison en offrant sa propre version du fameux Opéra de Quat’ sous avec, dans le fameux rôle de Jack The Knife, le charmant Sébastien Ricard.

La sentinelle
Au Centre National des Arts
53 rue Elgin, à Ottawa
Lecture de Jane Birkin
Texte de Wajdi Mouawad

Crédits photo : nicogenin.