La rue Sainte-Catherine : les hauts et les bas de l’histoire officielle

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L’ouvrage de 233 pages retrace les origines de l’artère commerciale, de l’époque des premiers faubourgs montréalais à nos jours. Paul-André Linteau nous y explique comment ce qui n’était aux débuts qu’un modeste chemin de campagne entre les terres concédées au nord (dans le sens montréalais du terme) du Vieux-Montréal, en est venu à supplanter la ville ancienne comme cœur de la vie commerciale et sociale montréalaise, en déplaçant vers elle le centre-ville de Montréal.
L’ouvrage fort détaillé retrace les grandes phases de développement de l’artère qui se consolide au XIXe siècle comme la principale artère commerciale des populeux faubourgs de Montréal où vit à cette époque la grande majorité de la population de la principale ville du Canada. Il faut se rappeler que jusqu’au XXe siècle, la partie urbanisée de l’Île de Montréal se résume à quelques quartiers densément peuplés au sud de la rue Sherbrooke.

L’artère s’est d’abord développée à l’Est

Ce bassin de population grandissant dans les nouveaux faubourgs servira de base au développement de l’activité commerciale, la rue Sainte-Catherine étant à ses débuts une artère à vocation mixte, commerciale et résidentielle, comme elle l’est toujours à l’est du Village.
Le lecteur sera probablement étonné, comme je l’ai été, d’apprendre que la rue Sainte-Catherine s’est d’abord développée comme artère commerciale dans l’Est et non dans l’Ouest. Le Golden Square Mile était encore parsemé de résidences de campagne quand les faubourgs de l’Est, déjà massivement francophones, se développaient rapidement au milieu du XIXe siècle.
Voilà un filon que notre Village  pourrait davantage faire connaître aux Montréalais et visiteurs. Car pour tous ceux qui, comme moi, sont nés au XXe siècle, la rue Sainte-Catherine, c’est d’abord et avant tout la grande artère commerciale à l’Ouest de la rue Saint-Laurent.

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La vie gaie réduite à sa plus simple expression

Le point plus faible de l’ouvrage, et c’est décevant sous la plume d’un historien de Montréal féru d’historie sociale, c’est la portion congrue à laquelle est réduite la riche vie «alternative» de la Catherine. Est-ce parce que l’ouvrage accompagne une exposition dans un musée officiel ? Je l’ignore.
Cela se reflète dans le peu d’espace consacré à la vie gaie centenaire sur cette véritable colonne vertébrale de notre vie sociale à Montréal. En passant à travers cette histoire de la Catherine, on pourrait croire que la vie gaie n’y est apparue qu’avec l’émergence du Village de l’Est. M’étant fait draguer par hasard pour la première fois dans ma vie (avant même de me douter que j’étais gai!) sur cette rue au coin de Peel aux débuts des années 1970, je peux, comme des centaines de milliers de Montréalais, témoigner que la vie homo dans la métropole est d’abord apparue à l’Ouest.
C’est aussi là qu’ont eu lieu les premiers affrontements contre la répression policière. De ça, pas un mot et plutôt une vision rose bonbon où, parlant du Village, l’auteur affirme que «l’administration municipale et les gouvernements le reconnaissent comme une destination touristique d’importance et en font la promotion». Je cherche encore désespérément les initiatives fédérales en ce sens!
Les travaux de Frank Remiggi sur le sujet, géographe et professeur à la même université, ont pourtant été publiés il y a plus de dix ans. Preuve qu’il reste encore beaucoup de travail à faire pour se démarquer de l’histoire officielle.
La rue Sainte-Catherine
Au cœur de la vie montréalaise
Paul-André Linteau
Les Éditions de l’Homme
240 pages

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