La nécessaire laïcité

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Le débat en cours sur la mal nommée Charte des valeurs québécoises ne saurait nous laisser indifférents. S’il est un groupe social dont l’affirmation des droits est intimement liée à la séparation de l’État et des Églises, ce sont bien les minorités sexuelles. Aux quatre coins de la planète, chaque fois que nous avons obtenu des droits, cela a dû se faire en laissant de côté les préjugés et discriminations institutionnalisées par les différentes Églises et religions. Là où l’État et la religion ne font qu’un (comme dans la grande majorité des États de la Conférence islamique), nous n’avons aucun droit, plusieurs pays peuvent même aller jusqu’à la peine de mort  pour notre ‘abominable’ comportement. L’exemple récent de la Russie témoigne comment même dans des États officiellement laïcs le rapprochement des gouvernants avec leur Église nationale se fait  contre nos droits. Sans parler du Canada où la montée du fondamentalisme chrétien incarnée dans le présent gouvernement conservateur témoigne de comment une ‘neutralité’ ambigüe ouvre la porte à un recul de nos droits.

Ici, au Canada, il a fallu qu’à la faveur de la laïcisation de l’État, un Pierre Elliott Trudeau passe par-dessus ses croyances catholiques pour que l’homosexualité soit décriminalisée. Il a fallu que plusieurs députés passent par-dessus leurs convictions religieuses pour que soit adoptée à l’Assemblée nationale à l’unanimité la loi instituant l’union civile et de nouvelles règles de filiation homoparentales. Il a fallu qu’un Paul Martin laisse de côté ses convictions religieuses pour que le gouvernement fédéral propose une nouvelle définition du mariage. À chaque fois, l’Église catholique et la plupart des autres confessions se sont opposées à ces changements législatifs. Et bien souvent, il a fallu faire des exceptions et accommoder les religions pour pouvoir adopter ces nouvelles lois.

Les changements importants adoptés ou imposés par les tribunaux au fil des dernières années en matière de droits des femmes et des LGBT à la faveur de la laïcisation ou de la neutralité  de l’État ont fait réaliser aux fondamentalistes des différentes religions que la séparation de l’État et des  religions menaçaient les dogmes religieux qui avaient bénéficié depuis des siècles de l’appui de l’État. Le recul rapide de la pratique et de l’influence religieuses les a incité  à redoubler d’ardeur pour reprendre place dans les affaires de l’État que ce soit en investissant un parti ou en multipliant les accommodements ou exceptions religieuses.

C’est dans ce contexte que le débat est ouvert. Les tenants de la laïcité souhaitent que celle-ci soit clairement définie et énoncée dans une Charte qui  établisse la séparation de l’État et des Églises,  la neutralité  de l’État face aux religions, balise clairement les accommodements religieux, les subordonne à l’égalité des hommes et des femmes et établisse que les services sont offerts à visage découvert. Le point qui divise et qui soulève le plus de passions est le port  ou non de signes religieux par les employés et employées de l’État.

L’hétérosexisme d’un débat

Une chose qui me frappe dans ce débat est l’hétérosexisme dans lequel il baigne. Si nous sommes probablement le groupe social le plus vulnérable à la montée des intégrismes, il n’est à peu près jamais question de nos réalités dans ces débats. Cela n’est rien de neuf. Chaque fois que nos droits nouvellement garantis entrent en collision avec les dogmes religieux, les politiciens préfèrent regarder ailleurs ou fermer les yeux. L’accommodement religieux est toujours au rendez-vous.  Pour éviter de froisser les croyances de diverses religions, nos lois sont truffées d’exceptions quand il s’agit de nos droits.

C’est ainsi que la définition du mariage a été modifiée sans forcer les Églises auxquelles le pouvoir de marier est délégué, de s’y conformer. Même chose pour la définition de la propagande haineuse qui permet à toutes les religions de continuer à diffuser leurs dogmes haineux à l’égard des LGBT à l’abri des poursuites. Il ne vient apparemment à l’esprit de personne que ce sont là des privilèges qui ont été consentis aux religieux au mépris de nos droits et de notre dignité. Consentir des privilèges aux religions aux dépens de nos droits et notamment de notre droit à l’égalité fait apparemment partie de l’ordre des choses. Une bonne partie de nos politiciennes et politiciens peuvent arracher leur chemise pour défendre le soi-disant droit des fonctionnaires de l’État de porter les symboles de religions qui nous méprisent et de nous renvoyer ainsi ce message de mépris, mais personne, même pas ces hommes et femmes politiques qui viennent nous faire la cour dans nos défilés de la fierté, personne ne suggère de mettre fin à ces privilèges.

Encore une fois, malgré la prétendue neutralité de l’état, ceux et celles qui se rangent derrière la défense de la liberté religieuse au nom d’une conception de la laïcité ‘ouverte’ tranchent à la faveur de religions sexistes, misogynes et homophobes et on essaie de nous faire croire que ces personnes qui affichent avec conviction ces croyances, vont appliquer avec autant de zèle la nouvelle politique québécoise de lutte contre l’homophobie par ‘professionnalisme’.  C’est probablement le contact trop fréquent avec l’opium du peuple qui développe chez eux autant d’angélisme. Au lieu de nous rabattre les oreilles avec le ‘droit au travail’ menacé de ces croyantes et croyants, j’aimerais bien qu’ils répondent à cette simple question : des gens qui ne croient pas à plusieurs des droits garantis par nos Chartes et nos lois et qui l’affichent ostensiblement, sont-ils bien à leur place au service de l’État? Si les Églises et associations à caractère religieux peuvent dans certains cas refuser d’embaucher des gens qui ne croient pas à leurs dogmes, pourquoi, diable, l’État ne pourrait-il pas imposer un devoir de réserve religieux à ses  fonctionnaires?

Chez les partisans d’une laïcité ‘ouverte’, beaucoup de discours d’’inclusion’, mais une inclusion dont nous sommes toujours absents…  pour ne pas dire exclus. Visiblement, nous ne méritons pas le même respect, ni la même dignité que les gens affichant une conviction religieuse.

Un rassemblement pour la laïcité

L’expérience du gouvernement Harper, l’exemple de la Russie devraient nous rappeler que tout rapprochement de l’État et du religieux se fait contre nos droits. Le débat en cours peut nous permettre de raffermir le caractère laïc de ce demi-État qu’est encore l’État québécois. Il est important de se faire entendre. Encore une fois, personne ne le fera à notre place. Comme les organismes qui disent nous représenter demeurent silencieux, j’ai pris l’initiative de créer un collectif LGBT pour la laïcité que vous pouvez retrouver sur Facebook. Aux côtés d’autres organismes, de personnalités et avec l’appui de milliers de signataires en appui au manifeste du Rassemblement pour la laïcité, nous revendiquons une charte conséquente pour encadrer cette laïcité absolument nécessaire pour garantir nos droits.