La lutte contre l’homophobie 15 ans après le référendum

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Drapeau canadien

Édito d’André Gagnon paru dans le Être de novembre 2010.
Je n’avais pas été particulièrement surpris de me faire rabâcher ces préjugés racistes WASP qui font encore écho aujourd’hui aux propos de Lord Durham qui affirmait sans ambages que nous étions incapables de nous gouverner nous-mêmes et que, dans notre meilleur intérêt, nous devions êtres assimilés à la ‘race supérieure britannique’. Son infâme rapport, célébré au Canada anglais, a donné naissance au Canada ‘uni’. Dès qu’ils en ont l’occasion, les Canadiens anglais nous ressassent ces âneries racistes sous divers couverts pour nous rappeler comment nous avons besoin d’eux.

Le test du pouding

Mais comme disent si bien les Anglais ‘the proof of the pudding is in the eating’ (le test du pouding, c’est de le manger) et quand je regarde l’évolution très rapide des droits des GLBT depuis les 15 dernières années, le caractère raciste d’un tel point de vue est encore plus évident. Car non seulement le Québec est-il encore largement en avance sur le reste du Canada en matière de droits des minorités sexuelles, mais c’est grâce à l’appui massif des ‘méchants séparatistes’ du Québec que les droits des GLBT ont avancé au Canada. En effet, quand on examine les votes pris à la Chambre des Communes au cours des 15 dernières années sur nos droits, n’eut été des députés québécois, laissés aux seuls députés du Canada anglais, les GLBT du Canada n’auraient acquis AUCUN droit et même le droit au mariage consenti par la Cour suprême aurait été renversé par le recours à la clause nonobstant. Les droits GLBT au Canada seraient au même niveau qu’aux États-Unis, c-à-d qu’on y discuterait encore de la pertinence d’interdire la discrimination dans l’emploi, dans le logement, de la présence des homosexuels dans l’armée… et du droit égal au mariage.
En 2010, quinze ans  plus tard, ce qui est préoccupant, c’est au contraire la dérive toujours plus vers la droite du Canada avec son lot d’homophobie, de militarisme et autres idées rétrogrades à l’initiative de la droite chrétienne… une tendance qui nous vient du Canada anglais, des États-Unis et en général du monde anglo-saxon.
Alors que nous luttons ici au Québec pour atteindre l’égalité sociale, il nous faut encore ramer contre le courant à cause de notre appartenance au Canada qui nous impose les valeurs conservatrices d’une nation qui n’est pas la nôtre. Si même un gouvernement de centre-droit comme le gouvernement Charest au Québec peut accoucher d’une politique nominalement avant-gardiste de lutte contre l’homophobie, ce n’est pas demain la veille qu’un tel débat aura cours à Ottawa. Ceux qui espèrent la défaite des Conservateurs pour ramener un gouvernement fédéral moins hostile à nos droits, devront s’armer d’énormément de patience. Car dans l’alternance quasi-continue des Conservateurs et des Libéraux au gouvernement fédéral depuis 143 ans, il y a fort à parier que même un gouvernement libéral qui irait récupérer une partie du vote conservateur, ne prendrait aucune initiative significative pour combattre l’homophobie.
Pire encore, la droite québécoise, toujours gênée de se dire socialement conservatrice même quand elle accueille des Jeff Fillion reconnus pour leurs propos homophobes, racistes et sexistes, se trouve ragaillardie par notre appartenance au Canada, elle qui trouve inspiration et soutien dans les milieux puissants de la droite canadienne-anglaise. Voilà qui n’augure rien de bon pour nos droits et notre condition.

Pour une république laïque, indépendante et démocratique

Et ce au moment où l’homophobie religieuse est devenue le principal bastion de l’homophobie dans notre société et que les privilèges consentis aux religions dans cette monarchie de droit divin qu’est le Canada, qui reconnaît ‘la suprématie de Dieu’,  assurent pour longtemps la libre diffusion des préjugés homophobes sous le couvert de liberté de religion. Cette vieille mentalité de privilège héritée du féodalisme et inscrite dans la Constitution entre en conflit avec les principes démocratiques (et républicains) qui veulent que ‘tous les êtres humains naissent libres et égaux’.
Ces tendances lourdes reposent sur cette simple réalité historique et sociologique que les nations dominantes dans l’ordre mondial défendent tout naturellement leurs privilèges et le statu quo, tout comme les groupes sociaux privilégiés défendent leurs privilèges et l’ordre social qui en est la base. De la même façon, la remise en question des vieilles structures de domination et de privilèges ne peut venir que de celles et  ceux qui les subissent.
Comme gai et québécois, comme militant pour l’égalité sociale, je n’ai nulle envie de me faire le psychanalyste des craintes de changement des privilégiés. Je n’ai nulle envie de continuer à débattre avec la droite chrétienne du Canada anglais. Je n’ai nulle envie d’avoir à attendre de convaincre chaque province canadienne pour pouvoir amender la Constitution et mettre fin à la monarchie de droit divin et à la ‘suprématie de Dieu’ qui est la base juridique qui protège l’homophobie religieuse.
Je souhaite mettre fin aux privilèges des uns et faire progresser la démocratie dans la voie de la liberté et de l’égalité. Je souhaite voir reculer et disparaître l’homophobie. Et je suis convaincu que la meilleure façon d’y arriver, c’est dans le cadre d’une république laïque, indépendante et démocratique, une république qui aura comme assise et qui portera plus loin cette idée généreuse à la base de l’humanisme démocratique que ‘tous les êtres humains naissent libres et égaux’, la base la plus solide pour nos droits et libertés. C’est ce que je souhaite pour le Québec. Et je suis assuré qu’à terme ceci permettra aussi au Canada de se remettre en question et d’avancer. Comme les séparations sont souvent la seule façon pour chacun des partenaires d’aller de l’avant et de sortir de relations dysfonctionnelles.
Crédits photo : Stéphane Danré