Complainte d’une icône gaie : un nouveau Rufus était à Montréal

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Rufus

Ce spectacle dans la ville natale du chanteur a fait suite à son long périple européen. La veille de son concert à Montréal, il a même fait salle comble (comme toujours) au célèbre Carnegie Hall, à New York, là où il avait rendu hommage à Judy Garland l’année dernière. Ce coup de cœur artistique a d’ailleurs marqué sa carrière… au même titre que le décès, en janvier dernier, de sa mère, la célèbre interprète folk, Kate McGarrigle.

Une «tempête qui sommeillait en moi»

«Cette année a été exceptionnelle dans tous les sens du terme: j’ai désormais un chum, on a acheté une maison ensemble… C’est une grande année de ma vie, malgré la mort de ma mère», confie-t-il à Être. Au moment de l’entrevue, Rufus Wainwright se trouve aux Pays-Bas pour un festival. Au début, sa voix est rauque et fatiguée. Il est évident que ce deuil l’habite toujours. Son dernier album est, selon ses dires, le fruit d‘une «tempête qui sommeillait en moi» avec pour résultat une multiplicité de personnages et de références.
«Au début, j’avais en tête Louise Brooks, (actrice américaine des années 30), puis le personnage de Lulu est devenu un amalgame d’elle, de ma mère, et de la Dark Lady des sonnets de Shakespeare», explique-t-il.
Dans tous ses derniers projets, le chanteur semble obnubilé par un idéal de célébrité féminine. Qu’il s’agisse de son concert «Rufus! Rufus! Rufus! Does Judy! Judy! Judy!», acclamé par le public et les critiques new-yorkaises, ou du succès de son opéra Prima Donna dont la première a triomphé Londres, on ne pouvait pas ne pas lui demander l’origine de cette obsession pour ces divas.

«Possédé» par Judy Garland

Avec un rire dans la voix qui le rajeunit immédiatement, il déclare, dans le cas de Judy, se sentir depuis longtemps «possédé par elle» : «J’allais chez des disquaires pour m’acheter le nouveau Radiohead, mais à chaque fois je me retrouvais à la caisse avec un vieux vinyle de Judy, comme I Could Go On Singing.»
En comparant les sonorités et le lyrisme de Lulu à son concert-hommage «Judy Garland at Carnegie Hall», l’an passé, on imagine que Rufus a tourné la page. En ce qui concerne Prima Donna, c’est une toute autre histoire. Selon le chanteur, on en saura plus d’ici la fin de l’année.
Lulu regorge pour sa part de références musicales classiques et populaires, qui rappellent Kurt Weil, Elton John (toujours), sans oublier un hommage au compositeur français Gabriel Fauré dans Les feux d’artifice m’appellent. Le côté intellectuel et extrême de cet album ne plaira sans doute pas à tous les fans de Wainwright, surtout aux amateurs des chansons phares de Want One /Two. Ces derniers devront attendre le deuxième acte de son concert pour entendre ses premiers tubes.

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Nostalgie, deuil et désir

Par ailleurs, deux morceaux font revivre l’esprit de ses albums précédents, plus accessibles. Avec What Would I Ever Do with a Rose? et Zebulon, où l’artiste fait référence à son histoire personnelle de dépendance aux drogues, le public retrouve un Rufus qu’il connaît (paradoxalement) mieux. Au final, les grandes lignes de l’œuvre du chanter restent les mêmes : nostalgie, deuil, et surtout sa grande muse, le désir.
Là où Rufus Wainwright nous surprend sans doute le plus, c’est lorsqu’il adapte les Sonnets de Shakespeare, où un modernisme presque atonal risque d’effacer nos beaux et innocents souvenirs comme Poses et Judy! En d’autres termes, «We’re not in Kansas anymore». Nous ne sommes ni au Kansas ni au pays d’Oz.
Est-ce que l’artiste prévoit nous donner un avant-goût d’un éventuel nouvel album pop lors de ses prochains concerts? «Peut-être, on verra, dit-il en riant. Mais c’est sûr qu’après la tournée de Lulu je me remettrai à écrire des chansons pop.»  Ses admirateurs n’ont pas de soucis à se faire: au final, si Rufus est obsédé par quelque chose, c’est bien par la musique.

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