Jeune et Jolie, aux bords du gouffre et dans nos coeurs

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Jeune et Jolie sort sur nos écrans québécois aujourd’hui.
Si je suis entré voir ce nouveau film de François Ozon avec hésitation, tant le sujet me semblait scabreux, j’en suis sorti touché d’une profonde émotion. C’est l’une des meilleures œuvres du réalisateur.
Jeune et Jolie raconte la transition de la vie d’une adolescente à sa vie de jeune femme. Mais Isabelle n’est pas tout à fait comme les autres. Elle se prostitue.

Ce qui est frappant dans cette histoire c’est que l’on échappe tout de suite aux clichés qui auraient donné des excuses toutes faites à la situation.

Isabelle est issue d’une famille aisée sans problème dominant : sa mère, interprétée avec une justesse admirable par Géraldine Pailhas, est une femme saine, aimante et communicative. Son beau-père, le sympathique comédien Frédéric Pierrot est tout aussi sécurisant. Et son rapport très solidaire et tendre avec son petit frère, l’intelligent Fantin Ravat, est un atout supplémentaire dans, ce qui semble être, l’évolution positive de n’importe quelle famille. L’héroïne est plutôt bonne à l’école et a une amie proche.
Cependant, il y a comme un mystère, un malaise intrigant dans l’esprit de cette jeune fille peu expressive de ses émotions. Et c’est là toute la force du film.

Jeune et Jolie

Tout est crédible et, malgré les actes parfois repoussants dont on est témoin, on embarque avec cette jeune fille dans la quête de soi… Il y a même de l’élégance dans la froideur de ses « rendez-vous sexuels » et beaucoup de tendresse filmée pour cette innocence perdue.
La très jolie Marina Vacth porte ce rôle difficile sur ses fragiles épaules sans jamais perdre sa grâce. Les dialogues et la psychologie de chacun des personnages nous amènent à revoir nos jugements trop faciles sur les aventures aux bords du gouffre que la vie nous donne.
Sans jamais se poser en victime, Isabelle nous entraîne dans les 4 saisons intenses où son existence a basculé.

Toujours sensible aux grands personnages de femmes, après Angel, 5×2, Swimming Pool, 8 Femmes et Sous le Sable, François Ozon nous fait partager des portraits intimes tout aussi justes que ceux dans Le Temps Qui Reste, comme des questions dérangeantes sur la période curieuse, ingrate et expérimentale de la jeunesse avec son avant dernier film Dans La Maison.
On quitte la salle avec les airs de Françoise Hardy dans la tête, et le sublime poème de Rimbaud dans le cœur « On n’est pas sérieux quand on a 17 ans ».

1 Comment

  1. Joachim

    6 juin 2014 at 19h51

    J’ai toujours aimé les films de Ozon. En lisant l’article ça donne le goût d’aller voir ce nouveau film.