Janusz Palikot : vers une révolution de la société polonaise ?

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Quelques jours après son résultat historique, Janusz Palikot, interrogé cette semaine par l’hebdomadaire Wprost – qui évoque une « révolution Palikot »- rappelle que son but n’est pas de créer juste « un autre parti politique », mais « de mener à bien des changements ». « La société polonaise s’en trouvera incroyablement transformée, même si nous ne participons à aucun gouvernement ou si nous ne faisons rien passer parce que nos propositions seront balayées », insiste-t-il.

Surprise de ce scrutin (bien qu’anticipée par les sondages) le Parti Palikot a récolté 10% des suffrages, faisant élire 40 parlementaires (sur 460) et devenant la troisième force politique du pays. Ses électeurs proviennent surtout des déçus de l’Alliance Démocratique de Gauche (SLD) dont sont issus plusieurs de ses élus, comme l’activiste gai Robert Biedrón. Ce dernier estime que ce résultat constitue « un signe ». « Nous sommes dans une société différente aujourd’hui, ouverte et tolérante », affirme-t-il.

Anna Grodzka,« voix des discriminés »

En plus du premier élu gai et d’un prêtre défroqué devenu anticlérical, le parti a aussi permis l’arrivée au Parlement de la première transsexuelle du pays – et actuellement la seule en fonction dans le monde : Anna Grodzka. « J’ai décidé d’être candidate du Mouvement Palikot car je voulais que la voix des exclus et des discriminés du système politique polonais puisse être entendue », a réagi sur son blogue celle qui s’est sentie trahie sur le plan des mœurs par le SLD.

« La révolution Palikot », gros titre cette de semaine de l'hebdomadaire Wprost

Anna Grodzka entend ainsi faire reconnaître juridiquement les couples de même sexe et se battre contre les discriminations au travail. Fondatrice de la fondation Trans-fuzja, qui œuvre pour la visibilité des personnes transgenres et lutte contre la transphobie, elle revendique également le remboursement partiel des opérations de réassignation sexuelle par la sécurité sociale.

« Messie de la gauche »

Janusz Palikot,s’est qualifié, non sans provocation chez cet anticlérical, de « messie de la gauche » dans le magazine Newsweek Polska. L’homme d’affaires de 46 ans a par exemple brandi, lors d’une conférence de presse en 2007, un pistolet et un godemichet comme symboles de la police de Lublin (ville du sud-est), dont certains officiers étaient alors accusés de viol.

Ancien élu de la Plateforme civique, il a quitté le parti au pouvoir pour fonder son propre mouvement. Interrogé par Radio France Internationale, il a expliqué que le déclic lui est venu au moment de la catastrophe aérienne de Smolensk, au cours de laquelle le Président conservateur Lech Kaczyński ainsi que plus de 90 autres dignitaires polonais ont péri. Cette tragédie, qui a généré beaucoup d’émotion dans le pays, lui a fait prendre conscience que « pendant 1.000 ans, nous avons été les esclaves de l’Église catholique ».

Son programme aborde des sujets tabous dans une société polonaise à 95 % catholique : droit à l’avortement, dépénalisation des drogues douces, égalité des droits pour les couples homosexuels, emprisonnement des prêtres pédophiles… Sa première revendication, le décrochage de la croix du Parlement polonais, au nom du caractère laïc de l’État, a suscité de nombreuses réactions hostiles de la part des responsables politiques.

Crédits photo: DrabikPany