Itinérance : les politiques réagissent (3/3) – Martin Lemay

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Êtremag. Comment réagissez-vous à l’appel de certains habitants du Village pour accroître la sécurité dans le quartier gai ?

Martin Lemay. Il faut prendre un peu de hauteur sur le sujet pour savoir quels problèmes on affronte. Il y a l’itinérance disons classique, celle associée aux maladies mentales et le monde criminel qui est autour de cela sinon dedans. L’ensemble forme un cocktail explosif. Mais à part le nombre de nuitées d’itinérants dans les centres communautaires qui augmente, il n’y a pas de chiffres là-dessus.

Je comprends que les résidents, les commerçants, les travailleurs, les étudiants, laissés à eux-mêmes, demandent plus de policiers. Mais souvent, ces gens de bonne foi vont pointer du doigt ceux qui sont d’abord victimes de tout cela : les itinérants eux-mêmes.

Êtremag. Quelles solutions, selon vous, faut-il apporter ?

M.L. On est malheureusement en attente de solutions qui se basent sur du long terme. Un article dans la Presse m’a donné de l’espoir : le ministère de la santé autorise l’ouverture d’un institut de psychiatrie et le psychiatre en chef avoue pour la première fois depuis 50 ans que la désinstitutionalisation n’est peut-être pas la solution. C’est un pas dans la bonne direction, parce que, d’une part, il y a des gens qui ne peuvent pas vivre en communauté et que, d’autre part, il faut que les ressources à la communauté suivent.

Ce n’est pas juste un problème de quartier, c’est un problème national, on a aussi ce phénomène à Gatineau, à Trois-Rivières. La ville seule ne réglera jamais cela.

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Êtremag. Quel bilan tirez-vous du plan d’action interministériel en itinérance ?

M.L. On a beau avoir le plus beau plan, il faut le mettre à exécution et jusqu’à maintenant, je suis déçu. On en est au même point qu’il y a deux ans. La première fois que l’Assemblée Nationale se penchait sur ce sujet, c’était en 2008. Pendant la commission parlementaire, on s’est rendu compte de l’ignorance des ministères sur la problématique de l’itinérance.

Il y a eu des investissements pour les refuges et de l’argent, il en faut. Mais il faut aussi adapter localement les services publics à cette situation-là. Je ne demande pas à bouleverser toute la structure. Par exemple, beaucoup de gens ont mis en lumière le fait que des jeunes sous la responsabilité en centre de jeunesse en sortent dès 18 ans. Y a-t-il eu des avancements ? Pas à ma connaissance. Il va falloir mettre la pression sur le gouvernement et lui rappeler ses responsabilités, car c’est sa responsabilité et notre pression s’effiloche.

ÊtreMag. Faut-il davantage de policiers dans le quartier ?

M.L. S’il faut plus de policiers pour arrêter les criminels et les revendeurs de drogue qui profitent de cette situation complexe, j’en suis. J’aimerais que l’on intervienne massivement de telle sorte que les réseaux ne puissent pas se réorganiser à nouveau. Mais quand quelqu’un est en crise, en overdose, ce n’est pas un travail pour un policier. Il faut des interventions adaptées, des équipes de terrain pour intervenir dans les endroits chauds, pour s’occuper de ces gens-là.

Crédits photo: Antoine Aubert (photo du Village)