Iran : un jeune de 18 ans condamné à mort pour homosexualité

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Manifestation contre l'exécution de personnes gaies en Iran

« En Iran, il n’y a pas d’homosexuels. Ce phénomène n’existe pas », affirmait avec provocation le président Mahmoud Ahmdinejad, en 2007, à l’occasion d’un voyage aux États-Unis. L’homophobie absolue du régime islamiste se confirme en 2010 avec le cas d’Ebrahim Hamidi. Âgé d’à peine 18 ans, ce jeune – pourtant probablement hétérosexuel – a été condamné à mort, le 21 juin dernier, pour homosexualité et sodomie. Son exécution pourrait intervenir très prochainement alors que les nouvelles arrivent hélas au compte-goutte depuis le début de l’affaire.

« Battu, frappé à coup de trique et pendu par les pieds »

Les faits remonteraient à deux ans et concerneraient une banale histoire de rivalité entre deux bandes de jeunes à Tabriz, dans le nord-ouest du pays. Ebrahim Hamidi et trois de ses amis auraient été impliqués dans une bagarre avec d’autres garçons qui se seraient attaqués aux terres du père du jeune homme. Ce groupe se serait rendu à la police, l’un d’entre eux déclarant avoir été victime d’une agression sexuelle. Les autorités auraient alors arrêté, interrogé et torturé Ebrahim et ses amis. Pendant deux mois, aucun des quatre jeunes n’aurait pu voir sa famille ou un avocat.
Selon le journal britannique The Guardian, Ebrahim Hamidi a avoué le crime au bout de trois jours de détention. Il a été « battu, frappé à coup de trique et pendu par les pieds » avant d’être obligé de signer des aveux, a déclaré au journal français Libération Saghi Ghahraman, présidente de l’Iranian Queer Organization. Les trois amis du jeune homme ont refusé de l’accuser malgré les pressions. Ils ont ensuite été libérés. De son côté, la personne qui avait accusé Ebrahim Hamidi s’est même rétractée.

30 à 40 arrestations par an

Oui mais voilà, la justice iranienne ne l’entend pas de cette oreille. Comme le souligne Saghi Ghahraman, « la « conviction du juge » suffit pour condamner quelqu’un à mort pour adultère, sodomie ou actes homosexuels. (…) Quand vous êtes arrêté, il faut nier être homo, sinon vous avez 100% de chances d’être exécuté ».
Plusieurs dizaines de personnes présumées gaies seraient ainsi arrêtées chaque année. En Iran, la loi prévoit différentes peines – coups de fouet, pendaison, lapidation à mort – pour les personnes reconnues coupables de sodomie. Face à cette chasse aux sorcières, une centaine de jeunes fuiraient le pays tous les ans vers la Turquie. D’autres optent pour l’Europe et l’Amérique du Nord.

Paris et Washington condamnent

La condamnation d’Ebrahim Hamidi a en tout cas provoqué l’émoi de la communauté internationale. Une pétition est ouverte sur internet pour tenter d’empêcher son exécution. Sur le plan diplomatique, la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a fait part de son « inquiétude ».
Pour Paris, le cas Hamidi « révolte les consciences et justifie la mobilisation internationale contre les violations graves des droits de l’Homme fondées sur l’orientation sexuelle en Iran comme partout ailleurs ». Un rassemblement s’est même tenu, début septembre, dans la capitale française. Si Ottawa ne s’est pas pour l’instant prononcé sur ce cas précis, le ministre de l’Immigration Jason Kenney a cependant décidé, fin juin, de faciliter la venue des LGBT iraniens sur le territoire canadien.
Reste que la situation du jeune Ebrahim semble très critique. Le jeune homme n’a en effet plus d’avocat. Mohammad Mostafael, qui défendait également Sakineh Mohammadi Ashtani, a été obligé de fuir en Norvège après l’arrestation de son épouse par les autorités iraniennes. Le sort d’Ebrahim Hamidi, actuellement emprisonné – semble-t-il – à Téhéran, dépend désormais de la décision de la Cour suprême dont la décision n’est pas encore connue au moment où nous écrivons ces lignes.
Crédits photo : Jaume d’Urgell