Image+nation 2011 : rencontre avec Charlie Boudreau

Par  |  Aucun commentaire

image + nation 2011 Montréal programme

Entre Elles. Pouvez-vous me parler des débuts d’image+nation ?

Charlie Boudreau. Le festival existe depuis 24 ans déjà. Le tout a commencé avec l’événement « Pop corn rose », dirigé par un collectif de bénévoles. Un peu comme tous les festivals LGBT, le projet est né d’un besoin de la communauté de se représenter elle-même : par les LGBT, pour les LGBT. Il faut se remettre en contexte, il y a environ 20 ans l’image des gais et des lesbiennes véhiculée par les médias et la société en général n’était pas très favorable.

Entre Elles. Comment le festival a-t-il évolué depuis 24 ans ?

C. B. Personnellement, je suis devenue programmatrice en 1993 et directrice générale en 1996. C’était la première fois qu’il y avait une permanence réelle dans l’équipe, ce qui a permis de prendre la relève. On a alors travaillé à en faire un événement moins local et plus international. Aussi, la collaboration et la communication se sont développées entre les différents festivals de films LGBT dans le monde, et cela nous a aidé à mettre image+nation « sur la map ».

Au fil du temps, on s’est distinguées des autres en privilégiant un filtre plus large pour la sélection des films. Cette ouverture d’esprit, qui nous permet d’aller vers ce qui est queer et non seulement gai ou lesbien, fait en sorte qu’on peut présenter le travail de cinéastes LGBT dont les œuvres ne traitent pas nécessairement de sujets spécifiquement LGBT. On introduit ainsi dans le circuit des festivals des films qui n’y avaient jamais été présentés. Katharine Seltzer et moi avons été les premières à adopter cette attitude et aujourd’hui image+nation est un festival très respecté pour cette raison.

Entre Elles. À quoi ressemble un emploi du temps lorsqu’on est, comme vous et Katharine Seltzer, à la barre d’un tel festival ?

C.B. C’est beaucoup moins excitant que ce que vous semblez croire [rires] ! Non, sérieusement, on doit d’abord faire beaucoup de collectes de fonds… Moi, je prends en charge l’administration et la recherche de commandites, Katharine rédige le catalogue, et on s’occupe toutes les deux de la programmation. Sinon, on participe à trois ou quatre festivals par année, dont les plus importants, comme celui de Berlin. Évidemment, on y présente beaucoup de films européens, ce qui nous permet d’avoir une bonne idée de ce qui circule ailleurs qu’en Amérique du Nord. Le festival de San Francisco est aussi un incontournable puisque la plupart de nos collègues programmateurs s’y retrouvent, tout comme les cinéastes et les acteurs. Ça nous permet de rester en contact avec le milieu. Ce sont des moments déterminants qui nous permettent d’offrir une programmation de qualité.

Entre Elles. Comment se positionne image+nation parmi les autres festivals de films LGBT dans le monde ?

C. B. Image+nation est le seul festival LGBT au monde à être officiellement bilingue. Le contexte nord-américain, où la culture québécoise est minoritaire, en fait un événement original et surtout plus flexible qu’à Paris, par exemple, où il faut absolument faire les choses d’une certaine façon… De plus, on agit un peu comme les ambassadrices de cette voix québécoise, qui a son identité propre, en faisant voyager les productions d’ici dans la francophonie. J’aimerais avoir la chance d’encourager davantage la culture LGBT québécoise, mais le fait est qu’il n’y a pas beaucoup de films LGBT québécois, qu’ils soient anglophones ou francophones.

[DDET Lire la suite…]
Entre Elles. Quelle est l’importance d’un festival comme image+nation pour la communauté LGBT ?

C. B. Le festival est important, et à divers niveaux. On vit à une époque où les gens sont rivés à leurs écrans, on a oublié que l’être humain est une bête sociale. Le festival est donc un lieu de rencontre et de rassemblement pour la communauté. Les gens qui ne sont pas totalement « out » peuvent se sentir à l’aise dans cet environnement LGBT. De plus, il y a tout l’aspect socio-éducationnel qui permet aux festivaliers d’en apprendre sur la condition des gais et des lesbiennes ailleurs dans le monde. Ça suscite la compassion et ça change du narcissisme ! Au-delà de tout cela, il y a aussi le plaisir d’aller voir des films pendant 10 jours qui parlent de ce que l’on est, tout simplement.

Entre Elles. Comment le cinéma contribue-t-il à faire avancer les droits des LGBT ?

C. B. Le cinéma est un art particulier où les spectateurs aperçoivent le reflet de leur propre existence. Grâce à un film, on arrive à dire à des groupes sociaux qui vivent de l’oppression qu’ils ont le droit d’exister, et à partir de ce point, il y a de l’espoir. Ça peut être aussi banal et simple que cela, tout comme ça peut devenir un outil politique puissant. Surtout avec Internet qui permet de diffuser largement et rapidement, tellement plus qu’avant. Et plus on fait voyager les images, plus il y a de l’espoir parce que les gens savent alors qu’ils ne sont plus seuls et ça améliore leur vie au quotidien.

Entre Elles. Que nous réserve l’édition 2011 d’image+nation ?

C. B. Ce qui est bien avec cette édition, c’est qu’il y aura une grande diversité dans les sujets traités. Trop souvent, les films LGBT ne se concentrent que sur la période du « coming out ». Pourtant, c’est très enrichissant de regarder des films qui présentent des personnages adultes ayant déjà un bagage et qui ne sont plus en train de se découvrir, mais qui font face à d’autres problèmes. Par exemple, on présentera Cloudburst, le dernier film du Canadien Thom Fitzgerald, qui raconte l’histoire de deux lesbiennes de 80 ans. On présentera aussi les films Tomboy et Robe du soir, qui traitent tous deux de la recherche identitaire chez les enfants. C’est plutôt rare qu’on ait l’occasion de regarder de tels films.

Entre Elles. Comment imaginez-vous l’avenir du festival ?

C. B. Je souhaite depuis déjà quelques années trouver le temps d’offrir une sélection de films en ligne pour les gens qui ne vivent pas nécessairement en ville ou qui n’affichent pas ouvertement leur orientation sexuelle. J’aimerais leur donner la possibilité de profiter quand même de tous ces films. Aussi, nous voulons sous-titrer les films internationaux qui ne sont pas traduits et qui se retrouvent en ligne pour permettre une plus grande accessibilité à ces histoires.

Image+nation, 24e édition
26 octobre au 6 novembre
image-nation.org

Crédits photo: César Ochoa
[/DDET]