Image+Nation 2010 : un grand cru

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Le FilAmérique du sud, Maghreb, Europe, Israël, quatre réalités LGBT

Contracorriente, le premier film de Javier Fuentes-Leon qui représentera le Pérou dans la prochaine course aux Oscars, a remporté le Prix du Festival Image et Nation. Programmé en ouverture , il  raconte l’histoire de Miguel qui aime sa femme mais a aussi un amant. Tout cela se passe dans un village côtier du Pérou. Miguel doit composer avec les traditions et le poids de la religion. Toutes les parties sont subtilement présentées, sans naïveté mais sans exagération. Un grand film.
Le Fil, autre premier film d’une histoire homosexuelle en Tunisie de Mehdi Ben Attia, est une comédie dramatique qui clôturait magnifiquement le Festival. En effet, outre un couple gai et un couple lesbien, tous très bien joués, on retrouve une Claudia Cardinale flamboyante en mère italienne protectrice mais compréhensive assez vite. Si le film a parfois été présenté comme le premier film maghrébien homosexuel, on reste dans la classe aisée et les discours sur le développement de la Tunisie montre même une certaine complaisance. Au-delà, le public (surtout masculin malgré un film très LGB) a beaucoup ri et c’est un beau cadeau à faire pour les fêtes.
Mine Vaganti,de l’italien Ferzan Ozpetek, raconte pour sa part les méandres d’une famille d’industriels quand l’un des fils, Antonio, annonce son homosexualité. Le quiproquo du film c’est que Tommaso, l’autre fils, est aussi gai mais n’ose pas sortir du placard en même temps- le père ayant fait un malaise! Alors quand les amis de Tommaso viennent lui rendre visite à l’improviste, dans la maison familiale, on tombe dans une commedia dell’arte magique, le rire est toujours là, la critique de l’homophobie aussi. À voir en « famille », avec ou sans sapin, succès garanti.
Einayim Petukhot de Haim Tabakman raconte l’amour quasi-impossible de deux israéliens religieux à Jérusalem. Confrontés en permanence à leurs propres limites, au regard de plus en plus inquisiteur de leur entourage, Aaron et Ezri se débattent comme ils peuvent. Un film d’une grande maîtrise sur l’irruption du désir homosexuel chez des personnes croyantes, et leur gestion de celui-ci avec leur foi.

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Trois fresques historiques

Howl, de Rob Epstein et Jeffrey Friedman (auteurs du fameux Celluloid Closet) se veut le portrait d’Allen Ginsberg, le père de la Beat culture, et plus précisément de son premier et célèbre premier poème (Howl). Grâce à une mise en scène ciselée et un scénario audacieux, grâce aussi à un jeu incroyable de James Franco, les auteurs arrivent à montrer la force du poème dans ces années, la critique radicale de la société de consommation en construction et des normes sociales toujours plus liberticides. Un film très original, qui donne tout de suite envie d’aller lire ce poème culte.
Little Ashes, de Paul Morrison, se veut le portrait de la jeunesse de Federico Garcia Lorca, et surtout de sa passion pour Salvador Dali, complètement dépassé. On est alors dans les années 20, quand tout artiste espagnol est engagé politiquement, souvent républicain et part à Paris. Luis Bunuel et Dali aussi, qui en reviendra avec la femme de sa vie Gala. Selon ce que l’on pense du jeu de Robert Pattinson (un des acteurs de la série Twilight qui joue Dali), on aimera plus ou moins le film. Ceci dit l’insertion d’images d’archives et surtout l’histoire centrée sur Garcia Lorca fait découvrir un aspect longtemps méconnu de sa relation avec Dali. À voir pour l’histoire.
Taxi zum klo, de Frank Ripploh, film allemand de 1980, au plus haut de la libération sexuelle en Europe occidentale, dans un Berlin-ouest où se retrouvent toute la contre-culture, de Bowie à Nina Haggen, mais aussi le Mur. C’est dans ce contexte que l’on découvre Frank, jeune célibataire libertin. Il emménage bientôt avec Berd mais leur conception du couple et leur rapport au désir n’est pas identique. Ce film retrace vraiment une tranche de vie. Le portrait de Frank, interprété par Frank Ripploh lui-même, présente pour une fois- c’est trop rare pour ne pas le souligner, quelqu’un qui a un métier traditionnel (instituteur, un modèle de pédagogie et de professionnalisme) et une vie sexuelle très active. La vie d’une communauté gaie dans une grande ville, juste avant le sida. Une perle à trouver si possible… Mon coup de cœur.

La Scandinavie à l’avant-garde

Oh my God!,de la Norvégienne Anne Sewitsky, nous offre un petit joyau. Comment aborder la question de l’orgasme chez des jeunes adolescentes… Avec le jeu éblouissant des trois jeunes interprètes. Instructif et hilarant. À montrer dans toutes les écoles. Autre coup de cœur.
Awakening, couronné au Festival, du Danois Christian Tafdrup aborde ici un délicat sujet… Carsten a 16 ans et découvre subitement une attirance inexplicable pour le père de sa petite amie… Là où ça se corse, c’est lorsque le père n’y est pas indifférent. Le quiproquo des émotions chez tous, l’envie de ne froisser personne mais l’envie de s’abandonner aussi complètement. Une maîtrise de bout en bout.
The Samaritan, autre œuvre de la Norvège, interroge sur les notions d’accueil et les abus possibles- sous couvert d’objectifs humanitaires. Le film montre combien la réponse n’est pas simple et que la rencontre de deux solitudes n’aboutit pas forcément à une relation harmonieuse. Un film social et LGBT. Rare.

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