Image + nation : entrevue avec Andrew Haigh, réalisateur de Weekend

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weekend andrew haigh Image+nation Montréal

Êtremag. Dans Weekend, vous présentez le contraire de plusieurs clichés généralement vus dans les films romantiques gais, tant dans le fond que dans la forme. Le film devrait-il être interprété comme une critique de ces clichés ?

Andrew Haigh. Le film n’est pas censé être une critique même si j’ai toujours été un peu frustré par rapport au manque de réalisme dans le cinéma gai. Je ne dis pas qu’il n’existe pas d’autres films gais de qualité, mais je voulais faire quelque chose de plus authentique, de plus honnête.

Êtremag. Votre film porte sur l’histoire de deux personnages gais qui se croisent, et le projet artistique du personnage de Glen semble avoir des analogies avec le vôtre. Ce personnage est-il inspiré de vous ou êtes-vous davantage comme Russel ?

A.H. Je crois que je suis quelque part entre les deux. Parfois j’affiche ouvertement ma sexualité et je m’emporte contre tout le monde à propos de tout et d’autres fois je veux me fondre dans la masse. Je crois que c’est un comportement commun à plusieurs d’entre nous, soit les désirs contradictoires d’être un individu à part entière et en même temps d’être comme tout le monde.

Êtremag. L’histoire est davantage racontée à travers les yeux de Russel, joué par l’incroyablement sexy Tom Cullen. Qu’est-ce qui vous a poussé à faire ce choix alors que le choix le plus évident aurait été de la raconter à travers les yeux du personnage « artiste » ?

A.H. J’ai toujours été plus attiré par la bataille personnelle de Russel. En fait, je crois que les deux ont des problèmes similaires par rapport à leur volonté de se définir en tant qu’individu et de vivre authentiquement. Mais c’était plus facile de le faire comprendre au public à travers Russel. Je me suis toujours intéressé à l’homme ordinaire, celui qu’on croise sur la rue avec un emploi normal. Cet homme qui se fond dans le décor. C’est toujours ce genre de personnage qui me fascine au cinéma. Je crois aussi que Russel est celui qui vit les changements les plus dramatiques émotionnellement.

Êtremag. L’utilisation du style cinéma vérité est une innovation dans le cinéma gai. Est-ce un style qui vous caractérise où vous l’avez utilisé spécialement pour Weekend ?

A.H. C’est certainement un style que j’apprécie beaucoup et vous avez raison en disant qu’on l’emprunte rarement dans le cinéma gai. Dans mon cas, je voulais que les personnages et l’histoire soient les plus réalistes possibles. Au cinéma, je veux voir la vie telle qu’elle est vécue. Je veux me sentir comme un voyeur. J’aime avoir l’impression que ce qui est à l’écran est la réalité.

Êtremag. Pourquoi avoir tourné ce film à Nottingham plutôt qu’à Londres ?

A.H. Je tenais à donner l’impression que ça puisse être n’importe quelle ville. Contrairement à ce que plusieurs personnes pensent, les gais habitent dans d’autres villes que Londres et c’était vraiment important pour moi de le montrer. Par ailleurs, le fait d’être ouvert à propos de sa sexualité n’est pas nécessairement accepté dans de telles villes et je crois qu’il est parfois important de l’indiquer.

Êtremag. Pouvez-vous nous parler de cette dichotomie entre le gai dans le placard de la classe ouvrière (Russell) et le gai urbain totalement ouvert (Glen) que vous explorez dans le film ?

A.H. Voici une question plutôt complexe. Je crois que c’est plus facile pour Glen d’être ouvert à propos de sa sexualité dans sa vie. Ses amis travaillent dans des galeries et sa famille fait partie de la classe moyenne, contrairement à Russel. Je ne veux pas dire que les gens de la classe moyenne sont moins homophobes mais je pense que Russel trouve qu’il est plus difficile d’afficher sa sexualité dans son propre environnement. Je crois qu’il y a un peu de Russel dans la majorité des hommes gais. Ce réflexe de cacher la vérité dans certaines situations. Nous pouvons être très à l’aise quand nous sommes entourés de gais mais c’est plus difficile quand nous sommes le seul du groupe. Ça prend toujours une certaine force pour ne pas retourner en partie dans le placard.

Weekend
À image + nation le 27 novembre à 19h
Au Theatre Hall Concordia de Montréal
http://www.image-nation.org/

(Traduction : Matthieu Lévesque)