Homophobie scolaire : une étude très inquiétante

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Line Chamberland

La salle de conférence de l’hôtel PUR réservée pour l’occasion était bondée. Une preuve de l’importance de l’étude rendue publique le 3 septembre à Québec, lors de la fête Arc-en-Ciel, par Line Chamberland, chercheuse spécialiste de la diversité sexuelle à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Une étude unique en son genre même si des données étaient déjà disponibles grâce au travail des Groupes de Recherche et d’Intervention Sociale (GRIS).
Financé par le gouvernement québécois, ce travail a débuté en 2007. Il concerne près de 2800 jeunes du secondaire (du secondaire 3 au secondaire 5) dans quelque 30 établissements publics dans tout le Québec. Tous ont répondu à un questionnaire. Une soixantaine a également été interrogée directement par les chercheurs.

74% des jeunes ont été témoins d’un acte homophobe

L’accumulation de chiffres détaillés Line Chamberland pourra en rebuter certains. Ils sont pourtant parfaitement représentatifs de la situation. Une situation pour le moins critique qui concerne tant les grands centres que les plus petites villes.
Environ deux tiers de ces jeunes entendent souvent des remarques comme « c’est tapette », « c’est fif », « c’est gai », à propos de tout et  de n’importe quoi. « On peut avoir l’impression que dire que l’on a un « horaire gai » à propos de son emploi du temps n’est pas de l’homophobie. Mais cela en est bel et bien puisque l’expression est employée dans un but négatif », explique Line Chamberland. En clair, ce genre d’habitude ne fait qu’entériner la tendance à la discrimination. Pas étonnant que – là encore – deux tiers des garçons et filles interrogés disent avoir déjà reçus une insulte homophobe.
Mais il y a plus grave. 74% affirment avoir été témoins, directement ou non, d’un acte homophobe. Près de 39% se disent eux-mêmes victimes d’homophobie, sous forme d’insultes, de harcèlement de violences ou même d’agressions sexuelles.
Les jeunes se définissant comme lesbiennes, gais, bisexuels ou en questionnement sont ici davantage représentés (69%). Néanmoins, ceux se désignant comme hétérosexuels sont également nombreux à être concernés : 35% sont eux aussi pris à partie. « Cela prouve que c’est avant tout la non conformité du genre qui amène les problèmes, c’est-à-dire des filles pas assez filles et des gars pas assez gars », précise Line Chamberland. Certains gais et lesbiennes déclarent du reste avoir eux-mêmes posé un geste homophobe, afin de ne pas éveiller les soupçons sur leur préférence.

Absentéisme, stress et idées noires

Les conséquences de ces pratiques sur le parcours scolaire se révèlent importantes. Le changement d’établissement, l’absentéisme et des notes en berne sont des dangers permanents.  Sans parler du stress, des problèmes de concentration, des états dépressifs et des pensées noires : sur la soixantaine de jeunes interrogés par les chercheurs, 15 ont eu des idées suicidaires. En 2003, une étude montrait déjà que les jeunes homosexuels étaient six fois plus nombreux à mettre fin à leurs jours.
Devant cette réalité qui peut tourner au drame, que faire ? Line Chamberland prône pour que « le problème de l’homophobie scolaire soit pris en compte de manière global par les personnes chargées de mener ce combat ». Autre idée : une tolérance zéro contre tout insulte à caractère homophobe.
Le manque d’engagement des directeurs d’école et des parents a été pointé du doigt par certaines personnes présentes à la conférence. L’étude – dont certains aspects vont encore faire l’objet de recherches dans les prochains mois – montre clairement que les victimes évoquent peu leur calvaire car elles ont souvent le sentiment que rien ne sera fait pour leur venir en aide.

Crédits photo : Arnaud Baty