Hausse des frais de scolarité : une université pour fils à papa ?

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L’aide financière est fournie de plus en plus sous la forme de prêts et de moins en moins en bourses, ce qui a fait grimper l’endettement étudiant. Les porte-parole étudiants arguent avec justesse que cette perspective aura le double effet de décourager la poursuite leurs études et de modifier les origines socio-économiques de la population étudiante au profit des classes plus aisées.

« Investir dans sa formation »

À l’aube du 3e millénaire, nous vivons dans une économie du savoir où le baccalauréat est aussi nécessaire que le DEC il y a vingt ans pour accéder au marché du travail. Il est temps de se demander, comme il avait été évoqué dans les années 1960 et comme l’ont fait plusieurs États, dont les pays scandinaves, s’il ne serait pas temps d’étendre la gratuité scolaire du cégep à l’université… comme le Québec s’était engagé à le faire en adhérant au Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels.

Les défenseurs de la hausse affirment que « les étudiants doivent faire leur juste part et investir dans leur formation », comme si le fait d’être pendant des années en dehors du marché du travail à temps plein, parfois pour trois, cinq ou huit ans (dans un parcours sans faille !) après le cégep, n’était pas, en soi, un investissement important. Il est assez paradoxal que les apôtres habituels du Time is money, ceux-là mêmes qui tiennent le discours de l’investissement dans son capital humain, ne reconnaissent pas ce fait.

Quand on les entend dire que l’obtention d’un diplôme est un investissement dans son capital humain, il suffit d’être allé demander un prêt dans une institution bancaire avec pour toute garantie son diplôme (et le passif de son endettement étudiant) pour savoir à quel point ils sont malhonnêtes intellectuellement !

Il est difficile de comprendre la logique qui veut que l’éducation soit gratuite jusqu’au cégep mais qu’au moment où l’étudiant devient adulte, commence habituellement une vie autonome hors du cocon familial et se prive de revenus d’emploi significatifs pendant des années, il lui faudrait en plus payer une partie des coûts reliés au fonctionnement des universités. En 2007, 37 % des Québécois détenaient un DEC, 32 % un baccalauréat. En viendra-t-on bientôt, dans la même logique, à faire reculer la gratuité scolaire à l’école secondaire ? Veut-on que l’université redevienne réservée aux fils à papa ?

Dans le cas des jeunes LGBT, trop d’entre nous savent comment, pour s’affirmer, il a fallu rompre avec sa famille et voler très tôt de ses propres ailes. Dans les conditions actuelles, cela précarise énormément la poursuite des études et ce, pour plusieurs années. L’abolition de la contribution parentale prévue dans le calcul de l’aide financière dès le départ du domicile familial, revendiquée par le mouvement étudiant depuis 1974, serait à cet égard un pas dans la bonne direction.

Une logique néolibérale

Les défenseurs de la hausse parlent de l’université comme si c’était encore en 2012 cette chasse gardée qui ne formait il y a cinquante ans que quelques professionnels de nos élites traditionnelles. Comme si un bachelier faisait partie d’une élite alors qu’en réalité, il ne gagnera probablement pas plus que beaucoup de travailleurs spécialisés.

Aussi, quand le ministre Bachand argue que les diplômés universitaires gagneront plus que la moyenne des contribuables pour justifier la hausse, on se demande s’il croit à l’équité de notre régime progressif d’imposition. Les plus fortunés ne paient-ils pas plus d’impôts ? N’est-ce pas le moyen par lequel chacun paie sa juste part, selon ses moyens, pour les services reçus de l’État ? Si vraiment les diplômés universitaires ont de meilleurs revenus (et paient plus d’impôts, on l’espère !), ne devrait-on pas chercher à avoir le plus grand nombre de diplômés possibles pour augmenter les revenus de l’État ? Pourquoi alors chercher à restreindre l’accès à l’université ?

Il semble bien que la seule réponse, ce soit la logique néolibérale. Un choix idéologique où on veut toujours réduire davantage le rôle redistributeur de l’État en réduisant nominalement les impôts tout en remettant de plus en plus de responsabilités à l’utilisateur-payeur. N’a-t-on à ce jour pas assez de preuves que ce credo ne fait qu’approfondir les écarts entre riches et pauvres ? Pourquoi vouloir nous aligner sur les pays avancés où l’université est le moins accessible ? Pourquoi faudrait-il continuer dans cette voie et ramener le Québec en arrière ? À cette époque très patriarcale où c’était la fortune des parents qui permettait à certains d’aller à l’université, réservée alors aux fils (et quelques filles) à papa ?

Crédit photo : La_Tru.